Les islamistes tunisiens à l’étranger : des campagnes désespérées révélatrices de l’impasse du mouvement
Les dirigeants du mouvement islamiste tunisien établis à l’étranger multiplient les initiatives pour obtenir un allègement des poursuites judiciaires et la libération de leurs responsables. Ces démarches témoigneraient cependant de leur faible capacité d’influence et des difficultés auxquelles ils sont confrontés sur fond de rejet populaire croissant.
Selon plusieurs observateurs, Ennahdha, considérée comme la branche politique des Frères musulmans en Tunisie, poursuit ses activités à l’étranger malgré son passage dans la clandestinité après la fermeture de ses locaux et l’interdiction de tenir des réunions. Le mouvement chercherait notamment à diffuser une lecture négative et jugée trompeuse de la situation tunisienne.
La famille de Rached Ghannouchi, dirigeant historique du mouvement islamiste tunisien, demeure particulièrement active à l’étranger. Son fils Mouadh Ghannouchi, ses filles et son gendre Rafik Abdessalem participent à ces initiatives aux côtés de leurs alliés, parmi lesquels Moncef Marzouki et Imed Daïmi.
Leurs activités comprennent l’organisation de rassemblements, des interventions sur les réseaux sociaux ainsi que la diffusion d’informations que leurs détracteurs qualifient de trompeuses ou de mensongères.
Les autorités tunisiennes avaient déjà inscrit plusieurs de ces personnalités sur des listes de personnes faisant l’objet de poursuites judiciaires internationales. Certaines ont également été visées par des mesures de gel des avoirs dans le cadre d’affaires portant notamment sur des accusations de complot contre la sûreté de l’État et de corruption financière.
Les dirigeants établis dans des capitales européennes, notamment Paris et Londres, ainsi qu’aux États-Unis, tentent de nouer des contacts avec des Parlements occidentaux, des organisations internationales et des gouvernements étrangers afin de les inciter à exercer des pressions économiques et politiques sur le gouvernement tunisien.
Emprisonné depuis le 19 avril 2023, Rached Ghannouchi est poursuivi dans dix affaires. Celles-ci portent notamment sur des accusations de complot contre la sûreté de l’État, de renseignement au profit de parties étrangères, d’implication dans des assassinats politiques, de participation à l’appareil clandestin des Frères musulmans, d’envoi de combattants vers des zones de conflit et de blanchiment d’argent.
Des campagnes jugées malveillantes
Selon Khaled Baltaher, militant et analyste politique, l’activité des Frères musulmans à l’étranger repose principalement sur des campagnes internationales réclamant la libération de Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha, et des autres dirigeants emprisonnés.
Il a déclaré que les membres du mouvement « soumettent des mémorandums et des rapports au Conseil des droits de l’homme des Nations unies ainsi qu’à des organisations internationales telles qu’Amnesty International, afin de faire présenter les poursuites judiciaires engagées en Tunisie comme des procès politiques motivés par la vengeance, bien que tous leurs crimes soient documentés par des preuves ».
Baltaher estime que les islamistes agissent uniquement dans leur propre intérêt. Il rappelle qu’en 2021, alors que la Tunisie affrontait la pandémie de Covid-19, certains dirigeants du mouvement avaient, après leur éviction du pouvoir, demandé à des acteurs internationaux de suspendre les aides destinées au pays afin d’en faire un instrument de pression politique.
L’analyste considère également que cette opposition est profondément déconnectée du quotidien et des préoccupations des Tunisiens. Il lui reproche par ailleurs de ne proposer aucune alternative économique et sociale cohérente.
Une machine à rumeurs
De son côté, le militant et analyste politique Omar Yefreni affirme que les Frères musulmans établis à l’étranger administrent des chaînes de télévision, des sites d’information et des pages très actives sur les réseaux sociaux afin de diffuser des messages hostiles aux orientations des autorités actuelles et de mobiliser l’opinion publique contre elles.
Selon lui, ces réseaux concentrent leurs efforts sur la publication de tribunes trompeuses et sur la participation à des émissions-débats occidentales. Leur objectif serait de présenter une image négative de la situation en Tunisie et d’influencer les centres internationaux de décision.
Yefreni souligne enfin l’écart grandissant entre le discours tenu par les islamistes depuis l’étranger et la population tunisienne, qui les aurait rejetés.
Il estime que les Tunisiens peuvent difficilement oublier l’image laissée par le mouvement durant sa participation au pouvoir, entre 2011 et son éviction le 25 juillet 2021. Selon lui, cette période aurait plongé le pays dans une spirale terroriste et contribué à l’épuisement des finances publiques.
