Du pétrole aux banques : Washington et l’Europe ouvrent un nouveau front de pression financière contre l’Iran
Des sources politiques américaines informées, proches de responsables du département du Trésor, ont révélé que Washington et l’Union européenne préparaient un nouveau train de sanctions renforcées contre l’Iran. Ces mesures viseraient à resserrer l’étau autour de son système bancaire et des réseaux de financement liés aux Gardiens de la révolution.
Les mesures envisagées prévoient de passer de décisions de gel essentiellement nominales à un blocage effectif et applicable des avoirs de la Banque centrale d’Iran et de plusieurs grandes banques iraniennes. Seraient notamment concernés des obligations, des titres financiers et des comptes détenus auprès de banques et d’institutions financières européennes.
Les sources indiquent que le département américain du Trésor a discuté avec des responsables du Conseil de l’Union européenne d’un élargissement des restrictions visant les circuits financiers utilisés par Téhéran. L’attention porte particulièrement sur les réseaux liés aux Gardiens de la révolution et sur les intermédiaires commerciaux et financiers participant à la vente du pétrole iranien et au transfert de ses recettes par des comptes et des sociétés-écrans à l’étranger.
Selon ces informations, la coordination actuelle concerne notamment des sociétés commerciales établies dans des pays européens, que Washington soupçonne d’effectuer des transactions avec des entités pétrolières et économiques iraniennes sanctionnées, ou avec des structures qui leur sont liées.
Du gel annoncé à son application effective
En septembre 2025, l’Union européenne avait rétabli des restrictions comprenant le gel des avoirs de la Banque centrale d’Iran et de plusieurs banques commerciales, dans le cadre des sanctions liées au dossier nucléaire.
Des sources américaines estiment toutefois que certaines de ces mesures n’ont pas atteint, ces derniers mois, le niveau d’application financière souhaité par Washington. Cette situation a conduit à rechercher des mécanismes juridiques et de contrôle plus stricts afin d’empêcher effectivement l’utilisation des avoirs et des comptes concernés.
Un responsable politique républicain proche de responsables du Trésor américain a déclaré que Washington travaillait avec des institutions financières européennes sur des mesures visant les réseaux de sociétés-écrans utilisés pour transférer les recettes des ventes de pétrole iranien à travers des circuits financiers et commerciaux imbriqués.
Il a ajouté que l’objectif était d’identifier les bénéficiaires effectifs de ces opérations et de s’assurer que les fonds ne parviennent pas, en dernier ressort, à des entités iraniennes sous sanctions.
« Connaître son client »
Selon cette source, Washington cherche à encourager les établissements bancaires européens à appliquer plus rigoureusement le principe de connaissance du client, afin d’identifier les entreprises, les bureaux commerciaux et les bénéficiaires effectifs des transferts.
Les mesures envisagées comprennent également un contrôle renforcé au regard des listes américaines et européennes de personnes et d’entités sanctionnées, ainsi que l’arrêt immédiat de toute transaction financière qui leur serait liée.
La source précise que les dispositions discutées avec le Conseil de l’Union européenne visent à garantir que toute nouvelle décision de gel des comptes et des avoirs des banques iraniennes soit juridiquement applicable et effectivement mise en œuvre, plutôt qu’une simple mesure politique difficile à exécuter.
Les exceptions pour l’alimentation et les médicaments
La source américaine indique qu’une partie des fonds iraniens détenus dans des banques européennes bénéficie d’exceptions permettant de financer des échanges commerciaux portant sur l’alimentation et les médicaments.
Elle ajoute cependant que Washington soupçonne certains de ces circuits de financer d’autres achats ou activités, notamment dans l’industrie et la modernisation des installations énergétiques, ainsi que dans des domaines potentiellement liés au secteur militaire. Ces soupçons motivent des demandes de gel ou de surveillance renforcée.
La semaine dernière, le département américain du Trésor avait averti les institutions financières étrangères poursuivant leurs relations avec l’Iran ou son secteur financier qu’elles pourraient faire l’objet de sanctions américaines sans préavis.
Dans cet avertissement, le département indiquait que les établissements continuant à effectuer des transactions avec des entités financières iraniennes sanctionnées pourraient eux-mêmes être visés par des mesures punitives. Il les appelait à mettre immédiatement fin à ces activités et à ces relations.
Des divergences entre Washington et l’Europe
Le chercheur en relations internationales Mohamed Abou al-Enein estime, de son côté, que le renforcement de la coopération entre Washington et l’Union européenne sur les sanctions iraniennes ne signifie pas que leurs objectifs coïncident entièrement.
Il explique que les États-Unis ont récemment élargi la portée des sanctions. Celles-ci ne visent plus uniquement les entités iraniennes directement, mais également leurs filiales, les tiers et les réseaux d’intermédiaires qui aident Téhéran à contourner les restrictions.
