Trois camps à Washington face à une éventuelle reprise de la guerre
Dans un entretien téléphonique à Axios, Donald Trump affirme que les discussions avec les Iraniens se déroulent bien et que Téhéran souhaite plus que jamais parvenir à un accord. Il l’accuse néanmoins de temporiser et de prolonger les négociations.
Le président américain Donald Trump n’a pas exclu, lors d’un entretien téléphonique lundi, une reprise des opérations militaires contre l’Iran. Il a toutefois assuré ne pas être pressé de prendre une décision, alors que les contacts diplomatiques s’intensifient pour parvenir à un accord. Son administration reste divisée sur la prochaine étape, tandis qu’Israël pousse à une reprise des bombardements après les élections américaines de mi-mandat.
Interrogé par Axios, Trump a déclaré que les États-Unis échangeaient avec les Iraniens et que les discussions se déroulaient bien. Selon lui, Téhéran est plus disposé que jamais à conclure un accord.
Il a néanmoins accusé la partie iranienne de temporiser et de faire durer les négociations. Washington finira par agir, avec ou sans accord, a-t-il affirmé, sans fixer de date limite pour sa décision.
Le président américain a estimé que les pressions économiques et le blocus maritime avaient considérablement affaibli l’Iran. Il a affirmé que le pays manquait d’argent et d’essence et que sa population commençait à s’épuiser face à la situation.
Cette position traduit sa volonté d’accorder davantage de temps à la diplomatie tout en conservant l’option militaire, d’autant que son administration n’est pas parvenue à un consensus sur la manière de traiter avec Téhéran.
Axios fait état de trois orientations au sein de l’administration américaine.
Le vice-président J. D. Vance et l’émissaire Steve Witkoff plaident pour un accord, avertissant qu’une reprise de la guerre pourrait ne pas modifier la situation actuelle. Cette approche bénéficie du soutien de la plupart des pays du Golfe, qui ont fait savoir à Trump qu’ils privilégiaient une solution diplomatique.
À l’inverse, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth préconisent une reprise des opérations militaires. Ils estiment que l’Iran n’est pas digne de confiance et que la poursuite des négociations pourrait lui permettre de reconstituer ses capacités.
Axios cite également une source informée selon laquelle le directeur de la CIA, John Ratcliffe, aurait expliqué à Trump que le maintien de la pression pourrait pousser l’Iran à de nouvelles concessions ou provoquer des troubles intérieurs.
Ces positions se dessinent alors que le Qatar intensifie sa médiation pour relancer des négociations directes entre Washington et Téhéran. Selon Axios, les médiateurs qataris ont préparé un projet d’accord prévoyant des mesures de confiance sur trois jours et attendent la réponse des deux parties.
Dans ce cadre, le médiateur qatari Ali al-Thawadi s’est rendu lundi à Téhéran pour poursuivre les discussions. Un diplomate informé estime que les perspectives de progrès augmentent. Axios n’a toutefois révélé ni le détail des mesures proposées ni le texte intégral du projet.
La Russie et la Chine participent également aux démarches diplomatiques. Le président russe Vladimir Poutine s’est entretenu par téléphone avec Mohsen Rezaï, responsable au Conseil suprême de sécurité nationale iranien, au sujet des efforts de règlement. Rezaï a par ailleurs reçu un message de J. D. Vance concernant une éventuelle reprise des négociations.
Moscou a proposé de participer à tout éventuel accord nucléaire, notamment en accueillant le stock iranien d’uranium enrichi. Dans le même temps, l’adjoint de Rezaï s’est rendu à Pékin, où il a rencontré le ministre chinois des Affaires étrangères, dans le cadre des efforts chinois pour encourager les deux parties à renouer le dialogue.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a, de son côté, déclaré que le guide suprême Mojtaba Khamenei avait accordé au gouvernement des prérogatives pour tenter de parvenir à un accord par la diplomatie.
Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a confirmé l’intensification des échanges diplomatiques et le rôle actif du Qatar et du Pakistan dans la médiation. Il a ajouté que Téhéran avait présenté ses propositions et que la balle était désormais dans le camp de Washington.
Araghchi a averti que l’Iran était prêt à négocier si les États-Unis choisissaient une diplomatie véritable. Il a toutefois promis une riposte plus douloureuse si les contacts visaient à gagner du temps pour préparer de nouvelles opérations militaires. Il a également conditionné la reprise des négociations à l’acceptation des exigences iraniennes concernant le détroit d’Ormuz.
Le dossier nucléaire reste l’un des principaux obstacles à un règlement. Vance a déclaré que l’administration américaine était optimiste quant à la possibilité d’un accord, tout en soulignant la nécessité de garanties empêchant l’Iran de reconstituer son programme nucléaire, au moyen d’engagements clairs et vérifiables.
Parallèlement, Axios a révélé qu’un entretien téléphonique difficile avait opposé Trump et Netanyahu samedi. Le Premier ministre israélien aurait insisté pour que les frappes reprennent dès la fin des élections de mi-mandat du 3 novembre. Trump aurait souhaité accorder une chance supplémentaire aux négociations, suscitant des inquiétudes israéliennes sur la prolongation de la voie diplomatique.
Trump avait également évoqué une installation nucléaire iranienne connue sous le nom de « Pickaxe Mountain ». Il avait affirmé que les États-Unis disposaient d’un plan pour s’en occuper et que l’opération pourrait prendre dix minutes, sans annoncer de décision définitive de frapper le site.
Ces développements ont coïncidé avec des frappes américaines contre des cibles iraniennes dans la zone du détroit d’Ormuz, présentées par Washington comme défensives. Un responsable américain a déclaré à Associated Press qu’elles visaient des Iraniens utilisant des missiles sol-air contre des moyens américains. La télévision iranienne a, pour sa part, signalé des explosions sur l’île de Qeshm. Washington n’a pas présenté ces opérations comme une reprise d’une vaste campagne militaire.
Associated Press avait rapporté mercredi dernier que des responsables américains avaient demandé à des pays du Moyen-Orient de se préparer à une éventuelle reprise des attaques après les élections. Ils avaient averti que des représailles iraniennes pourraient viser des installations énergétiques et des infrastructures régionales. Le reportage évoquait également des préparatifs américains comprenant un renforcement des moyens navals et aériens dans la région.
Les pays du Golfe craignent qu’une nouvelle confrontation ne conduise à des attaques contre les ports, les installations énergétiques et les routes maritimes, ainsi qu’à un élargissement du conflit à des groupes alliés à l’Iran en Irak et au Yémen. Des responsables régionaux ont ainsi averti qu’une escalade pourrait avoir de lourdes conséquences sur la sécurité et l’économie de la région.
