Bastions républicains en péril : les sondages sonnent l’alarme dans les terres de Trump
Des sources américaines font état d’une crise et de divisions au sein du Parti républicain, sur fond de désaccords concernant la manière dont le président Donald Trump conduit la campagne électorale. Elles lui reprochent de privilégier la mise en valeur de son bilan à la Maison-Blanche, au détriment des difficultés économiques auxquelles les Américains sont confrontés.
Les projections et les sondages indiquent que le parti aurait dû concentrer ses efforts sur la défense de ses positions dans les États qui lui sont traditionnellement acquis. Dans certains d’entre eux, Trump s’était imposé lors des trois élections présidentielles auxquelles il a participé depuis son entrée sur la scène politique, il y a dix ans.
Des débats houleux
En coulisses, les discussions s’enveniment sur les responsabilités de ce net recul. Deux ans auparavant, le parti remportait pourtant une victoire écrasante aux élections présidentielles et législatives, tout en décrochant la majorité des postes de gouverneur.
Des responsables républicains ont expliqué que l’heure n’était ni aux justifications ni aux accusations réciproques. Selon eux, le temps restant avant le scrutin ne permet pas d’évaluer le rôle joué par chacun au cours de la période écoulée.
Ils estiment toutefois que, malgré ce calendrier serré, une équipe d’experts pourra encore apporter les dernières retouches au message adressé aux électeurs avant la fin de la campagne de Trump, de son vice-président J. D. Vance et des candidats du parti.
Le président et plusieurs dirigeants républicains se voient ainsi contraints de retourner en Caroline du Sud pour soutenir Danielle Graham, présentée comme l’actuelle sénatrice républicaine de l’État et candidate à la succession de son frère défunt, le sénateur Lindsey Graham, qui aurait représenté cet État au Congrès pendant plusieurs décennies. Ses chances de conserver le siège de son frère paraissent néanmoins menacées.
Lors de ce nouveau déplacement dans cet État républicain, Trump doit mobiliser les électeurs du parti en faveur de Danielle Graham dans un contexte différent : l’enjeu dépasse désormais la seule mobilisation de la base républicaine et concerne également les adversaires démocrates.
Ces déplacements répétés ne sont toutefois qu’un aspect du problème. La dernière semaine de campagne a surtout mis en évidence un décalage entre le message des candidats sur le terrain et celui que Trump et Vance portent dans les États où ils se rendent.
Graham fait ainsi l’objet de critiques après avoir déclaré, à ce moment décisif de la campagne, que les questions de sécurité nationale ne figuraient pas parmi ses priorités. Pour justifier sa position, elle a expliqué qu’il était plus utile de parler aux habitants de son État de la flambée des prix et du coût de la vie, qui pèsent lourdement sur le budget des familles.
À première vue, ce discours peut surprendre de la part d’une candidate républicaine. Le texte source le présente néanmoins comme très différent de celui des candidats démocrates.
Le message de Trump
Parallèlement, Trump maintient un discours clair et constant, en décalage avec le quotidien des Américains : selon lui, l’économie traverse l’une des périodes les plus prospères de son histoire.
Le président défend cette ligne et rejette la responsabilité de la situation sur les entreprises américaines du secteur de l’énergie. Il les accuse de profiter du contexte actuel pour engranger des milliards de dollars supplémentaires grâce à la hausse record des prix des carburants.
De son côté, Vance affirme que, malgré leur niveau élevé, les prix à la pompe restent inférieurs aux sommets atteints sous la précédente administration démocrate, dans le sillage du déclenchement de la guerre en Ukraine.
Un responsable républicain a souligné l’écart considérable entre ces discours. Alors que les candidats sur le terrain cherchent à montrer qu’ils comprennent les difficultés quotidiennes des électeurs face à la hausse des prix, l’administration s’emploie, selon lui, à justifier la situation actuelle sans répondre aux causes que les électeurs jugent déterminantes.
Ce responsable estime que le débat a encore gagné en ampleur et en intensité avec l’entrée en scène de l’ancien président Barack Obama, apparu successivement dans l’Ohio et le Michigan au cours du week-end.
Selon lui, Obama a accusé l’administration Trump et les élus de la majorité républicaine au Congrès de n’avoir présenté aucune proposition de loi pour aider les Américains à faire face à la crise du coût de la vie.
L’ancien président aurait également vivement critiqué les priorités de l’administration, lui reprochant de se consacrer aux travaux de réaménagement de la Maison-Blanche, à la construction d’une salle de réception plus grande que le bâtiment lui-même, ainsi qu’à des travaux de décoration et de peinture dorée.
Une offensive démocrate virulente
Le responsable républicain reconnaît la virulence du discours démocrate, qu’il juge prévisible dans les circonstances actuelles. Cette offensive a néanmoins relancé le débat sur la réponse de l’administration à la crise, en particulier sur ses causes et sur la guerre en Iran.
Il décrit de profondes divergences au sein du parti. Certains candidats républicains ont choisi de répondre de manière autonome aux priorités de leurs électeurs locaux, plutôt que de défendre le bilan des deux dernières années de l’administration Trump.
D’autres ont pris leurs distances avec le discours de la Maison-Blanche, mais aussi avec les réseaux de financement qui lui sont liés et avec les grands hommes d’affaires proches du président.
Selon ce responsable, cette prise de distance s’explique par la multiplication des accusations selon lesquelles les hommes d’affaires de l’entourage de Trump auraient accru leur fortune de manière sans précédent en deux ans. Les démocrates accusent également le président d’avoir accordé de nouveaux allègements fiscaux aux plus grandes fortunes à travers sa loi de réforme budgétaire et fiscale, adoptée par le Congrès.
« Tout cela, bien entendu, au détriment des travailleurs et des contribuables américains », affirme le responsable républicain.
Il ajoute que d’autres candidats ont demandé à la Maison-Blanche de ne pas organiser de déplacement de Trump dans leur État. Selon eux, son absence leur permettrait de mieux répondre aux attentes des électeurs et de se concentrer sur leurs préoccupations quotidiennes, plutôt que de vanter des réussites économiques historiques dont la population ne perçoit pas les effets dans sa vie de tous les jours.
De profondes divisions internes
Le responsable décrit des échanges internes particulièrement tendus. Les discussions portent notamment sur l’absence de coordination suffisamment précoce entre la Maison-Blanche, les dirigeants locaux et les élus du Congrès pour préparer l’échéance électorale.
Les candidats attribuent ces divisions au manque d’attention que Trump aurait accordé, au début de la campagne, au scrutin et à leur avenir politique. Ils lui reprochent d’avoir privilégié ses candidats favoris dans certains États, avec des écarts marqués dans les moyens financiers et le soutien politique apportés aux uns et aux autres.
Selon ce responsable, la stratégie de la Maison-Blanche consistait, dès le départ, à faire élire au Congrès certaines personnalités au mépris des choix défendus par les dirigeants locaux. Dans plusieurs États, Trump aurait même insisté pour soutenir des candidats visés par des enquêtes internes menées par des élus républicains au sein des assemblées locales.
Il cite le soutien de Trump à la candidature du procureur général du Texas, nommé « Ban Paxton » dans le texte source. Celui-ci ferait l’objet d’une enquête menée par des élus de son propre parti, ce qui aurait suscité une forte opposition à sa candidature dans les rangs républicains.
Le responsable évoque également les critiques qui circulent à voix basse au sein de la base du parti. Certains militants estiment que la Maison-Blanche néglige le scrutin au profit de ses priorités internationales, au détriment des enjeux intérieurs, mais aussi parce que Trump lui-même n’est pas candidat à cette élection.
Il conclut que la volonté du président de transformer le scrutin en un jugement sur l’action de son administration s’écarte de l’approche défendue par les dirigeants locaux. Ces derniers considèrent que la Maison-Blanche s’est éloignée des attentes de ses électeurs. Au lieu d’aider les candidats à y répondre, Trump aurait une nouvelle fois voulu placer son propre bilan au cœur de la campagne.
