Etats-Unis

Harris et l’occasion manquée : des perspectives en recul et un soutien financier limité à l’approche de 2028


Kamala Harris n’a guère expliqué aux électeurs américains comment elle entendait refonder le Parti démocrate, laissant passer une année entière dans l’attente d’une nouvelle candidature présidentielle.

L’ancienne vice-présidente des États-Unis n’a pas fermé la porte à une nouvelle candidature en 2028. Elle n’a toutefois pas réussi à donner aux électeurs une raison de reconsidérer leur jugement à son égard si elle décidait de se lancer.

Harris aurait ainsi laissé passer une année entière et une occasion précieuse de se présenter sous un nouveau jour, selon des entretiens menés par le média américain Politico auprès d’une vingtaine de donateurs et de stratèges démocrates en Californie et dans le reste du pays.

« Elle a complètement laissé passer sa chance. Elle ne s’est pas engagée dans les débats et la dynamique politique », a déclaré Doug Herman, qui fut l’un des principaux stratèges des campagnes de communication par courrier de l’ancien président Barack Obama en 2008 et en 2012.

Harris n’a donné aux électeurs que très peu d’indications sur la manière dont elle entendait transformer un Parti démocrate avide de changement à l’issue du second mandat du président républicain Donald Trump.

Elle n’a pas davantage expliqué comment elle comptait élargir son audience auprès des électeurs qui avaient précédemment refusé de voter pour elle. Fidèle à ses habitudes, elle demeure réservée dans ses rapports avec les médias, privilégiant les apparitions devant des publics acquis à sa cause. Elle essuie parfois de vives critiques pour avoir totalement tenu les organes de presse à l’écart.

Selon les mêmes sources, Harris s’est soigneusement tenue à distance de la lutte idéologique interne qui déchire le Parti démocrate. Elle a adopté une posture de figure chevronnée de la vieille garde, à un moment où électeurs et donateurs réclament une rupture avec le passé.

« Je ne vois aucune différence. J’ai l’impression d’assister à une reconduction du statu quo », a déclaré Jim Hodges, ancien gouverneur de Caroline du Sud.

« À l’heure actuelle, les électeurs des primaires démocrates s’inquiètent de la possibilité de voir une personnalité fidèle à Trump à la Maison-Blanche en 2028. Ils veulent choisir le candidat ayant les meilleures chances de l’emporter, à condition qu’il réponde à certains critères : être un nouveau visage et ne pas être politiquement usé », a-t-il ajouté.

De nombreux soutiens de Harris sont parvenus à la même conclusion, y compris dans son État, la Californie.

Plusieurs donateurs ont déclaré à Politico qu’ils recherchaient activement d’autres candidats à soutenir et ne souhaitaient nullement voir Harris se présenter de nouveau.

Même parmi ceux qui lui restent favorables, des doutes subsistent quant à sa capacité à s’imposer.

« J’examine différentes options parmi les candidats potentiels pour 2028, et elle n’en fait pas nécessairement partie », a déclaré Laurie Black, une donatrice de San Diego qui soutient Harris de longue date.

« Cela ne veut pas dire que je ne la considère pas comme qualifiée. Mais je veux soutenir quelqu’un capable de gagner en 2028, et je ne suis pas certaine qu’elle dispose, cette fois, de l’élan nécessaire », a-t-elle ajouté.

Un autre collecteur de fonds en Californie a indiqué ne pouvoir citer personne, dans son entourage, qui souhaite une nouvelle candidature de Harris.

« Elle pourrait peut-être recueillir des dons auprès des sympathisants, car elle dispose d’excellents fichiers de donateurs. Mais aucun grand donateur de premier plan n’a manifesté le souhait de la soutenir », a-t-il affirmé.

Pour Harris, le plus préoccupant n’est pourtant pas que les stratèges et les donateurs doutent de ses chances en 2028, mais qu’ils ne parlent tout simplement plus d’elle. Son nom est pratiquement absent des discussions entre les autres prétendants à l’investiture, ce qui laisse penser que très peu d’entre eux croient à son entrée effective dans la course ou la considèrent comme une véritable menace.

Harris n’a pas encore arrêté sa décision.

Si elle choisit de se présenter, elle bénéficiera d’un atout : sa notoriété auprès du grand public. Elle reste d’ailleurs en tête des premiers sondages.

Le succès de ses mémoires de campagne témoigne également de la sympathie et du soutien dont elle bénéficie auprès de larges pans de la base démocrate.

Son livre, « 107 jours », aurait pu constituer un tournant. Il lui offrait l’occasion de rappeler aux lecteurs à quel point sa candidature avait été entravée par la brièveté de la campagne héritée de l’ancien président Joe Biden, et de souligner qu’elle ne serait pas soumise aux mêmes contraintes si elle se présentait de nouveau.

L’ouvrage lui donnait aussi la possibilité de redéfinir son image politique.

Mais si Harris a manifesté le souhait de réévaluer son parcours après son départ du pouvoir, cette volonté ne s’est pas traduite par des initiatives concrètes. Sur le fond, elle est restée en terrain connu, mettant l’accent sur le coût de la vie, l’intelligence artificielle et le droit de vote, autant de sujets qu’elle défend depuis longtemps.

Les rares précisions qu’elle a apportées ont néanmoins parfois produit l’effet inverse de celui recherché. Ses éloges à l’égard d’une nouvelle initiative consacrée à l’élaboration de politiques sur l’intelligence artificielle ont ainsi suscité de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux. Beaucoup y ont vu une position déconnectée des inquiétudes des Américains face à cette technologie.

L’exposé des politiques publiques n’a, du reste, jamais été l’un des points forts de Harris. Déjà accusée lors de précédentes campagnes de tenir des propos confus et peu intelligibles, elle continue généralement de privilégier les déclarations convenues sur les valeurs et les appels au « dialogue » sur les sujets controversés, plutôt que d’y prendre clairement position.

Harris reste également réservée à l’égard des médias traditionnels, même si elle s’est montrée plus ouverte aux entretiens de longue durée dans des podcasts. Elle continue par ailleurs de s’appuyer sur des anecdotes maintes fois reprises dans ses précédents discours de campagne.

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