De l’Iran à la mer de Chine : un rapport remis à Trump alerte sur une catastrophe en matière de défense en 2027
Des sources diplomatiques américaines proches de responsables du Conseil de sécurité nationale ont révélé que le département d’État avait remis au président Donald Trump un rapport consacré aux évaluations chinoises de l’avenir de la présence militaire américaine en mer de Chine méridionale, dans le Pacifique occidental et dans l’océan Indien. Ces évaluations examinent les conséquences d’une poursuite de l’engagement de Washington dans l’escalade militaire au Moyen-Orient et des redéploiements de forces et de moyens qui l’accompagnent.
Selon ces analyses chinoises, l’année 2027 pourrait connaître des évolutions importantes dans l’équilibre de la dissuasion entre Washington et Pékin, particulièrement en mer de Chine méridionale.
Les sources précisent que ces évaluations, suivies par Washington et dont certains éléments ont été évoqués lors de rencontres officielles entre des responsables chinois et leurs homologues de plusieurs pays, soulignent les contraintes croissantes imposées aux institutions militaires et sécuritaires américaines. Les mouvements militaires répétés, les repositionnements de forces et les modifications ou suspensions de décisions opérationnelles limiteraient leur capacité à se concentrer simultanément sur plusieurs fronts stratégiques.
Selon ces évaluations, une diminution persistante des moyens militaires américains en mer de Chine méridionale et dans les zones environnantes pourrait affecter la capacité de Washington à dissuader Pékin et à projeter sa puissance. Elle pourrait également ébranler la confiance de ses alliés asiatiques, notamment le Japon, la Corée du Sud, les Philippines et l’Australie, dans sa capacité à honorer ses engagements de défense.
À l’inverse, cette réduction pourrait offrir à la Chine une plus grande latitude pour renforcer son influence régionale et élargir le cercle des pays se rapprochant d’elle, en tirant parti de la mobilisation américaine au Moyen-Orient.
Une pression sur les moyens militaires et des chiffres préoccupants
Ces inquiétudes font suite au transfert, cette année, de plusieurs moyens militaires américains déployés en mer de Chine méridionale et dans le Pacifique occidental vers le théâtre d’opérations lié à l’Iran.
Ces mouvements ont notamment concerné le porte-avions Abraham Lincoln, engagé dans les opérations avant de rejoindre San Diego, en Californie, pour des travaux de maintenance début octobre. Ils ont également porté sur des destroyers lance-missiles, des unités de Marines et des bâtiments d’assaut amphibie, dont le Tripoli, capable de mettre en œuvre des chasseurs F-35B, ainsi que sur des systèmes de défense antimissile THAAD.
Un diplomate américain proche de responsables du Conseil de sécurité nationale a déclaré que les évaluations chinoises dépassaient le seul cas de la mer de Chine méridionale. Elles envisagent une diminution de plus de 50 % des moyens militaires sur certains autres sites de déploiement si Washington continue de renforcer ses préparatifs militaires liés à l’Iran.
Selon cette source, un tel scénario constituerait une menace directe pour les intérêts de sécurité nationale américains. Elle affirme que certains sites de déploiement dans l’océan Indien et le Pacifique occidental ont déjà enregistré une baisse de plus de 60 % de leurs activités militaires, notamment des sorties aériennes, des manœuvres et des entraînements.
Parallèlement, les institutions militaires et sécuritaires américaines examinent les conséquences de la consommation des stocks de missiles intercepteurs et de missiles à longue portée pendant la guerre contre l’Iran. Selon certaines estimations, reconstituer les réserves de certaines de ces munitions pourrait prendre deux ans.
La poursuite des opérations fait notamment craindre un épuisement des stocks destinés à d’autres théâtres. Cette situation pousse à envisager l’affectation de capacités de production supplémentaires aux besoins de la confrontation avec l’Iran, sans entamer les réserves indispensables au maintien de la préparation militaire américaine dans les autres zones de déploiement.
Ces évolutions relancent les interrogations sur l’avenir de la présence américaine en mer de Chine méridionale, l’un des principaux théâtres de rivalité stratégique entre Washington et Pékin, étroitement lié à la sécurité des alliés asiatiques et aux tensions autour de Taïwan.
La Chine met les capacités de Washington à l’épreuve
Pour Mohamed Bayram, spécialiste des relations américano-chinoises, Pékin ne cherche pas nécessairement à contraindre les États-Unis à quitter la mer de Chine méridionale. Son objectif serait plutôt de tirer parti de l’obligation américaine de répartir ses ressources militaires entre le Moyen-Orient et l’Indopacifique.
Bayram explique que la guerre contre l’Iran ne consomme pas uniquement des missiles et des munitions de précision. Elle exerce également une pression sur les systèmes de défense aérienne, les forces navales et les chaînes d’approvisionnement militaires, compliquant le maintien de niveaux de préparation identiques dans toutes les zones de déploiement américaines.
Selon lui, l’objectif chinois à ce stade n’est pas nécessairement d’évincer les forces américaines de la région, mais de tester la volonté et la capacité de Washington à respecter ses engagements de sécurité. Cette démarche intervient alors que les interrogations se multiplient sur le niveau des stocks de munitions américains et la capacité des États-Unis à réagir rapidement à une éventuelle crise dans le Pacifique occidental.
Bayram souligne toutefois la nécessité de distinguer une diminution de la capacité américaine à soutenir une guerre prolongée d’une perte de capacité de déploiement. Les États-Unis conservent, rappelle-t-il, un vaste réseau de bases, de forces et d’alliances dans l’Indo-Pacifique.
L’épuisement de certaines catégories de munitions ne signifie donc ni l’effondrement de la présence militaire américaine ni la capacité de la Chine à imposer sa volonté dans la région. Il pourrait néanmoins contraindre Washington à des arbitrages plus complexes face à des crises simultanées.
Le scénario de deux fronts : une occasion pour Pékin
Selon Bayram, la vulnérabilité la plus sensible réside dans le déclenchement simultané de deux crises, l’une au Moyen-Orient et l’autre en mer de Chine méridionale ou dans le détroit de Taïwan. L’administration américaine devrait alors faire des choix difficiles concernant ses priorités d’intervention et la répartition de ses moyens militaires.
Un tel scénario pourrait offrir à Pékin une occasion stratégique de renforcer sa position sans confrontation militaire directe. La Chine pourrait intensifier ses manœuvres navales, accentuer les pressions sur le terrain et tester la rapidité de la réaction américaine, tout en évaluant la cohésion des alliances de défense dirigées par Washington en Asie.
Bayram estime que les mouvements chinois en mer de Chine méridionale traduisent une volonté croissante d’imposer des faits accomplis. Il cite le déploiement de frégates et d’autres bâtiments chinois, ainsi que la répétition d’incidents et de menaces visant des navires militaires américains et ceux d’autres pays.
Il souligne que Pékin agit selon ses propres calculs stratégiques, sans accorder aux positions américaines le poids que Washington souhaiterait leur donner. Toute réduction de la présence militaire américaine pourrait ainsi constituer un facteur supplémentaire encourageant la Chine à élargir sa marge de manœuvre.
Bayram conclut que la guerre contre l’Iran pourrait ouvrir une fenêtre stratégique à la Chine, sans lui conférer automatiquement la supériorité en mer de Chine méridionale. L’enjeu central de la rivalité dépasse le contrôle des voies maritimes : il porte aussi sur la capacité des États-Unis à exercer leur dissuasion sur plusieurs fronts.
