Politique

Le coût de la dépendance à l’Iran : comment le discours du Hezbollah est-il devenu un fardeau pour le Liban ?


Par la voix de son secrétaire général, Naïm Qassem, la milice du Hezbollah poursuit son escalade verbale contre l’État libanais, malgré les pertes subies : mort de dirigeants, affaiblissement de ses capacités militaires et tarissement de ses sources de revenus. Cette posture traduit un décalage croissant entre le discours et la réalité du terrain, alors que le mouvement continue de suivre les ordres du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran, sans tenir compte des souffrances que cette ligne a infligées au Liban.

Selon des experts, la milice se retrouve désormais acculée sur les plans intérieur et extérieur. Le discours de Naïm Qassem ignorerait l’évolution du rapport de force, tandis qu’il persiste à ne pas reconnaître la défaite militaire du Hezbollah. Parallèlement, les tensions croissantes avec Nabih Berri et le rejet des décisions de l’État révèlent une crise qui dépasse la confrontation avec Israël.

La situation actuelle laisse entrevoir un rétrécissement des options du mouvement : accepter un règlement mettant fin à la conservation de son arsenal, ou poursuivre une escalade susceptible d’aggraver ses pertes et d’exposer le Liban à davantage de destructions et d’effondrement.

Acculé sur les plans intérieur et extérieur

Charles Jabbour, responsable du département des médias et de la communication du parti des Forces libanaises, estime que l’État libanais ne souhaite toujours pas faire appliquer ses décisions par la force. Selon lui, les autorités continuent de considérer que la confrontation oppose l’Iran, par l’intermédiaire de son relais au Liban, le Hezbollah, à Israël.

Jabbour affirme que l’État libanais envisage deux issues à cette confrontation : une guerre dévastatrice qui mettrait fin à la puissance militaire du Hezbollah, ou une capitulation du mouvement à la suite d’un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran.

Il ajoute que si le Hezbollah ne comprend pas qu’il se trouve désormais dans une position d’extrême faiblesse et de défaite, et que remettre ses armes permettrait de limiter ses pertes, il devra en assumer la responsabilité devant sa base, confrontée à des déplacements répétés du fait de la poursuite de la guerre. Selon Jabbour, l’État libanais considère que le mouvement devra répondre de cette situation s’il refuse de remettre son arsenal.

Il souligne que l’État doit exercer pleinement sa souveraineté, faire appliquer ses décisions et respecter sa Constitution. À ses yeux, faire exécuter ces décisions par la force ou laisser Israël mettre fin à la puissance du Hezbollah serait moins coûteux que la poursuite de la guerre, qui demeure l’option la plus lourde de conséquences pour tous.

Jabbour estime que le Hezbollah doit prendre conscience de son isolement intérieur et extérieur et de sa défaite militaire. Selon lui, la nouvelle doctrine militaire israélienne ne reculera pas avant d’avoir mis fin au statut militaire particulier du mouvement. Il considère que l’époque des règles d’engagement est révolue, tout comme celle des compromis permettant au Hezbollah de conserver ses armes. Le mouvement, ajoute-t-il, refuse de prendre la mesure de ces changements et cherche au contraire à entraîner l’ensemble du Liban dans le conflit.

Il accuse également Naïm Qassem de tenir un discours déconnecté de la réalité et de s’exprimer, selon ses termes, dans « le mensonge, la falsification et l’hypocrisie ». Il conteste notamment l’affirmation selon laquelle ce que Qassem appelle la « résistance » serait légitimé par l’accord de Taëf. Jabbour estime que le Hezbollah reste attaché à un arsenal qui n’a apporté que la destruction, et que cette obstination s’explique par le fait que ses décisions sont prises en Iran.

En conclusion, il affirme que le maintien de cet arsenal fait payer à la base du Hezbollah et à l’ensemble du Liban le prix de ce choix. Il considère que le pays aborde des semaines décisives : soit Israël tranche prochainement la situation, dans un calendrier où les élections israéliennes sont terminées et où les élections américaines de mi-mandat doivent suivre, soit l’attente se prolonge encore de quelques semaines.

Une rébellion contre l’État

De son côté, l’analyste politique Hadi Mourad estime que les efforts de l’État libanais ne suffiront pas à mettre fin à la défiance du Hezbollah, car les autorités ne souhaitent pas rompre leurs relations avec le mouvement. Cette attitude expliquerait, selon lui, le ton régulièrement adopté par son secrétaire général.

Mourad rappelle que le président du Parlement, Nabih Berri, a récemment décrit ses rapports avec le Hezbollah comme une relation marquée par les reproches et la prise de distance, bien différente de ce qu’elle était auparavant. Selon l’analyste, les messages contenus dans le communiqué de Naïm Qassem visaient davantage Berri que l’État.

Mourad affirme que Berri avait proposé à la communauté internationale une forme de solution concernant la « communauté chiite », mais que Qassem s’était opposé à lui la veille. Il y voit la confirmation que le Hezbollah ne peut suivre d’autre voie que celle « des guerres, du sang et de la mort ».

Il estime que seule une pression exercée sur l’Iran pourrait infléchir la ligne de Naïm Qassem et du Hezbollah, qu’il décrit comme le relais des Gardiens de la révolution au Liban. Selon lui, le communiqué de Qassem constitue une rébellion et un acte d’insoumission envers l’État, mais aussi une contestation de la décision du Conseil de justice et de celle du gouvernement de saisir cette juridiction du dossier d’une cargaison d’explosifs, malgré l’ensemble des pertes et des dommages subis par le mouvement.

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