Terrorisme au Sahel : les mines ouvrent la voie au financement et à la conquête territoriale
Les sites miniers jouent un rôle multidimensionnel dans la stratégie des groupes terroristes au Sahel : ils leur permettent de générer des revenus, de défier l’autorité des États et d’étendre leur emprise territoriale.
Une nouvelle étude publiée par le Counter Extremism Project analyse l’évolution probable des conflits autour des zones minières dans les pays du Sahel. Elle estime que ces territoires pourraient prochainement servir de points d’appui aux organisations terroristes désireuses d’élargir leur contrôle et leur influence dans la région.
Les activités du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et de la Province du Sahel de l’organisation État islamique ne se limitent désormais plus aux opérations d’extorsion locales et aux attaques contre des mines d’or artisanales au Burkina Faso.
Ces deux organisations sont progressivement parvenues à exercer un contrôle durable sur des communautés minières, leurs sources de revenus et leurs chaînes d’approvisionnement dans l’ensemble de la région sahélienne.
Les deux groupes se sont initialement disputé les zones minières en lançant des attaques contre les forces gouvernementales et les groupes locaux d’autodéfense. Le GSIM et la Province du Sahel de l’État islamique devraient désormais intensifier leurs efforts pour renforcer leur emprise sur les régions minières du Burkina Faso, du Mali et du Niger.
Selon l’étude, les capacités de réaction limitées des forces de sécurité et la faible présence de l’État en dehors de la capitale burkinabè pourraient permettre aux deux organisations de passer d’une logique de compétition pour le contrôle des mines à une position dominante dans l’économie régionale.
Un défi croissant pour l’autorité de l’État
L’étude estime également qu’une extension du contrôle des mines offrirait au GSIM et à la Province du Sahel de l’État islamique une source de revenus à court terme. Ces ressources proviendraient notamment de l’extorsion et du commerce transfrontalier illicite de l’or, dont les bénéfices serviraient à financer l’achat d’armes.
La capacité de ces organisations à défier l’autorité publique au Burkina Faso, au Mali et au Niger pourrait ainsi se renforcer. Leur présence risquerait également d’affaiblir la légitimité des États dans les zones minières du Sahel et de réduire la capacité des gouvernements à maintenir leur contrôle sur ces territoires.
Au cours des 30 à 90 prochains jours, l’intensification des actions du GSIM contre l’autorité de l’État sur les sites miniers industriels pourrait limiter davantage la capacité des gouvernements concernés à exercer un pouvoir stable dans les régions d’extraction.
Cette évolution risquerait d’éroder le contrôle quotidien des autorités sur les sites appartenant à l’État et de créer un espace durable dans lequel le GSIM pourrait mener ses activités, selon l’étude.
Des attaques de plus en plus fréquentes
En août dernier, un rapport publié par l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) a révélé que les groupes terroristes intensifiaient leurs attaques contre les routes, les communautés et les centres commerciaux situés dans un rayon de dix kilomètres autour des mines réparties dans la région du Sahel.
Le GSIM, coalition de groupes extrémistes affiliés à Al-Qaïda, occupe une position dominante dans le secteur minier sahélien.
Selon le rapport, l’organisation rivalise avec l’État islamique, les gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger, ainsi qu’avec leurs partenaires russes de l’Africa Corps, pour accéder aux mines et en prendre le contrôle.
Le Burkina Faso est le pays du Sahel qui enregistre le plus grand nombre d’incidents violents liés à l’activité minière. Il concentre 75 % des incidents recensés par ACLED entre janvier 2015 et juin 2026, contre 15 % au Mali et 10 % au Niger.
D’après le rapport, la hausse mondiale des prix de l’or a intensifié la ruée vers ce métal précieux au Sahel, faisant du secteur minier un facteur supplémentaire d’alimentation du terrorisme.
Le contrôle des zones minières permet aux groupes terroristes de percevoir des revenus grâce aux taxes imposées aux populations et aux paiements exigés en échange d’une protection. Ces territoires leur offrent également des possibilités de recrutement, de collecte de renseignements et d’extension de leur influence.
