Le terrorisme s’étend au Burkina Faso : les bases isolées deviennent une nouvelle cible
Le spectre d’Al-Qaïda réapparaît au Burkina Faso, assiégeant cette fois une base isolée et ravivant les appels à une révision de la carte des implantations militaires ainsi qu’au renforcement de leur protection.
Selon Radio France Internationale, une attaque visant la base militaire de Bagmoussa, située dans le centre-est du pays, a fait au moins 28 morts parmi les forces de défense et de sécurité, d’après un premier bilan communiqué à l’issue de l’assaut mené par des hommes armés.
Plusieurs soldats et membres des Volontaires pour la défense de la patrie sont également portés disparus, tandis que les opérations de recherche se poursuivent dans cette zone soumise depuis des mois à une pression terroriste intense.
Cette attaque figure parmi les plus violentes menées cette année par des groupes terroristes contre une base militaire burkinabè, selon la même source.
Le sang à l’aube
Les assaillants ont lancé l’attaque aux premières heures du matin, profitant de la faible visibilité et de l’épuisement des gardes.
Des hommes lourdement armés, arrivés à moto en formation serrée, ont pris pour cible plusieurs positions clés à l’intérieur de la base de Bagmoussa, située dans la partie centre-est du pays.
La base se trouve précisément en bordure de zones d’activité de groupes affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, branche d’Al-Qaïda. Les combats ont duré plusieurs heures avant que des renforts ne parviennent à reprendre le contrôle du site.
Le bilan officiel provisoire des affrontements s’élève à 28 morts, parmi lesquels des soldats et des civils volontaires intégrés aux Forces de défense de la patrie, constituées depuis 2020 pour renforcer le maillage régional face à la menace armée.
Par ailleurs, plusieurs combattants restent portés disparus, ce qui pourrait alourdir le bilan dans les heures à venir. Les assaillants ont également saisi des véhicules, des armes et des munitions lors de leur repli, selon des sources sécuritaires locales citées par la radio française.
Le terrorisme progresse
La région du centre-est du Burkina Faso a longtemps été considérée comme moins exposée que la zone sahélienne ou le bassin du fleuve Mouhoun. Elle s’est toutefois progressivement retrouvée prise dans la spirale d’attaques que connaît le pays depuis 2015.
La proximité de cette région avec les frontières du Togo et du Bénin constitue un facteur déterminant, en faisant un couloir stratégique pour les groupes terroristes actifs dans le nord du Bénin, qui peuvent ainsi étendre leur action vers le Burkina Faso.
La base de Bagmoussa, à l’instar d’autres bases avancées, représente un bastion symbolique le long des axes que les autorités s’efforcent de sécuriser durablement.
Des observateurs estiment que les terroristes adoptent désormais une nouvelle stratégie consistant à cibler les bases militaires isolées, soulevant des interrogations sur la stratégie de déploiement adoptée par le commandement militaire.
Les positions avancées de petite taille, disposant d’effectifs limités et de faibles capacités de réaction, sont devenues des cibles privilégiées pour les assaillants, qui exploitent leur mobilité et leur connaissance fine du terrain.
Depuis des mois, de nombreux analystes du pays appellent à une révision de la carte des implantations, au profit de bases moins nombreuses mais mieux fortifiées, soutenues de manière plus efficace par les moyens aériens et le renseignement.
Pression et coût
Les analystes estiment que chaque revers de l’ampleur de l’attaque de la base de Bagmoussa représente à la fois un défi politique et militaire. Le gouvernement, arrivé au pouvoir en septembre 2022 avec la promesse de restaurer l’intégrité territoriale, a accru ses demandes d’équipements et renforcé le recrutement des Volontaires pour la défense de la patrie.
Il a également intensifié son rapprochement diplomatique avec Moscou et ses partenaires de l’Alliance des États du Sahel, aux côtés du Mali et du Niger. Toutefois, les pertes répétées dans les rangs des forces armées rendent plus difficile la communication officielle sur les progrès opérationnels annoncés.
Sur le plan humanitaire, l’insécurité dans le centre-est du pays aggrave les déplacements internes et freine l’économie agricole d’une région densément peuplée.
Le pays compte toujours plus de deux millions de déplacés internes, selon les dernières estimations des Nations unies, tandis que l’accès de l’aide humanitaire reste limité dans de nombreuses communes sous contrôle de groupes armés.
Les attaques contre les sites militaires alimentent un sentiment d’isolement chez les populations rurales, dont beaucoup considèrent les Volontaires pour la défense de la patrie comme leur dernier rempart.
Cependant, l’opération de reprise du contrôle militaire annoncée à Ouagadougou se heurte à des adversaires dispersés mais flexibles, capables de concentrer des forces importantes contre des cibles choisies au moment opportun.
Selon la radio française, l’attaque de Bagmoussa rappelle que la stabilité du Burkina Faso dépend autant des réformes opérationnelles que de la capacité du gouvernement à préserver le moral de troupes épuisées par près d’une décennie de guerre asymétrique.
Depuis plus de dix ans, le Burkina Faso subit les violences de groupes extrémistes liés à l’État islamique et à Al-Qaïda sur une partie de son territoire.
Malgré la prise de pouvoir de l’armée par un coup d’État en 2022 et la promesse de rétablir la sécurité en quelques mois, le pays demeure pris dans une spirale terroriste.
Les attaques terroristes ont fait des dizaines de milliers de victimes civiles et militaires depuis 2015, dont plus de la moitié au cours des trois dernières années, selon l’organisation non gouvernementale ACLED, qui recense les victimes des conflits.
