Politique

Le drapeau des Nations unies : l’histoire d’un emblème vieux de 80 ans


Sous le drapeau bleu ciel orné de deux branches d’olivier entourant une carte du monde, la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies se tient au siège de l’organisation à New York.

Dans un contexte international particulièrement complexe, l’ONU poursuit son chemin sur un terrain semé d’embûches, marqué par des conflits armés s’étendant de l’Europe à l’Asie en passant par l’Afrique, ainsi que par des enjeux existentiels qui s’imposent avec force sur la scène mondiale, au premier rang desquels figurent l’intelligence artificielle et la crise climatique.

Alors que les participants débattent de ces questions, l’emblème des Nations unies conserve une portée symbolique majeure. Une symbolique qu’ils sont invités à méditer de nouveau afin de se rappeler la raison d’être de cette institution et les valeurs qu’elle a été créée pour défendre.

Quelle est donc l’histoire de cet emblème et du drapeau qui le porte ?

L’idée de créer une institution internationale réunissant les nations du monde était déjà à l’étude pendant la Seconde Guerre mondiale, peut-être même en raison du conflit, tandis que le souvenir de la Société des Nations demeurait encore très présent.

En janvier 1942, le président américain Franklin D. Roosevelt employa pour la première fois l’expression « Nations unies ». La « Déclaration des Nations unies » fut alors signée à Washington par 26 pays constituant une alliance militaire et politique contre les puissances de l’Axe.

En octobre 1942, dix mois après l’émergence de cette idée, le militant américain Brooks Harding conçut un drapeau destiné à représenter les principes portés par la nouvelle organisation. Celui-ci se composait d’un fond blanc traversé par quatre bandes verticales rouges.

Cette création visait à illustrer le célèbre discours de Roosevelt sur les « quatre libertés » : la liberté d’expression, la liberté de religion, le droit de vivre à l’abri de la peur et le droit de vivre à l’abri du besoin. Chaque bande représentait l’une de ces libertés fondamentales autour desquelles l’alliance s’était constituée.

Le drapeau aux bandes rouges fut hissé pour la première fois en juin 1943 dans l’enceinte de Dumbarton Oaks, à Washington. Il fut ensuite utilisé de manière secondaire aux côtés des drapeaux nationaux des États membres, comme symbole de solidarité et de volonté de promouvoir la paix mondiale.

Cet emblème ne fut cependant pas officiellement adopté. En 1945, les délégations de 50 pays se réunirent à la conférence de San Francisco afin de rédiger officiellement la Charte des Nations unies. Les participants considéraient que la nouvelle institution, qu’ils souhaitaient permanente et investie d’une autorité officielle, ne devait pas être perçue comme une simple alliance militaire. Ils convinrent donc de la nécessité de créer un nouveau drapeau représentant la géographie mondiale et la neutralité politique.

La première version de l’emblème

Les organisateurs de la conférence de San Francisco proposèrent de créer un insigne permettant d’identifier les délégations participantes, tout en célébrant symboliquement la naissance d’une nouvelle organisation internationale. La conception de l’emblème de la conférence fut confiée au graphiste Donal McLaughlin.

La première version représentait une carte du monde vue depuis le pôle Nord. Cette projection permettait de faire apparaître l’ensemble des continents autour d’un même centre, sans privilégier l’un d’entre eux ni placer un pays particulier au cœur de la composition.

Deux branches d’olivier furent ajoutées autour de la carte. Héritées de la Grèce antique, elles constituent un symbole historique de paix et de concorde. Un bleu foncé fut initialement retenu pour le fond.

Modification de l’emblème

Dans la version originale de 1945, l’Amérique du Nord occupait le centre de la carte, la conférence s’étant tenue aux États-Unis. Lors de l’adoption officielle de l’emblème par l’Assemblée générale des Nations unies, le 7 décembre 1946, la carte fut modifiée et réorientée afin que les méridiens soient répartis de manière équilibrée et qu’aucun continent ne se trouve au centre du dessin.

Il fut alors décidé de faire pivoter la carte d’environ 90 degrés vers la gauche, c’est-à-dire vers l’ouest. Cette rotation permit d’établir un équilibre entre l’Est et l’Ouest, sans accorder de prééminence à un continent en particulier.

Une autre modification concerna les lignes de latitude. La première version s’arrêtait au 40e parallèle sud, ce qui amputait une partie de l’hémisphère austral. Les extrémités méridionales des continents n’apparaissaient donc pas entièrement sur l’emblème, tandis que l’Argentine, le Chili et la Nouvelle-Zélande en étaient absents.

Les concepteurs corrigèrent ce problème lors de la révision de 1946 afin que ces territoires apparaissent intégralement sur le drapeau. La couleur du fond fut également modifiée, passant du bleu foncé au bleu ciel.

Une proposition restée sans suite

En janvier 1947, environ un mois après l’adoption de l’emblème officiel, une proposition fut formellement soumise à l’Assemblée générale des Nations unies. Elle prévoyait de réunir sur un même drapeau les quatre bandes rouges du « drapeau d’honneur » et l’emblème représentant la carte du monde.

Cette idée resta à l’étude et fit l’objet de discussions pendant plusieurs mois avant d’être officiellement retirée en août de la même année.

En octobre 1947, l’Assemblée générale décida finalement d’adopter le drapeau actuel, composé de l’emblème blanc des Nations unies sur un fond bleu clair, sans aucune bande supplémentaire.

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