Washington consolide sa présence militaire en Afrique en s’appuyant sur le Maroc
La création au Maroc d’un Centre africain d’entraînement et d’expérimentation multidomaines offrira une plateforme plus stable pour la formation, l’essai de systèmes militaires et le développement de partenariats régionaux.
Washington s’oriente vers une approche plus souple des accords d’Abraham, destinée à favoriser une coopération multilatérale dans les domaines où les intérêts convergent, au premier rang desquels figurent la sécurité, la défense et la technologie.
Selon un rapport du magazine français Jeune Afrique, le Maroc occupe une place particulière dans cette stratégie, en raison du développement de ses relations militaires avec ses partenaires, mais aussi de sa position géographique reliant l’Afrique du Nord au Sahel, à l’Afrique de l’Ouest et à l’espace atlantique.
Le Royaume acquiert ainsi une importance croissante dans les calculs stratégiques américains. Il est désormais considéré comme une plateforme à partir de laquelle peuvent être développées des capacités militaires et technologiques dont les retombées ne se limiteraient pas aux deux pays, mais pourraient également bénéficier à d’autres partenaires africains.
La création au Maroc du Centre africain d’entraînement et d’expérimentation multidomaines constitue l’un des principaux signes de cette évolution. En juillet 2026, le Commandement des États-Unis pour l’Afrique, l’AFRICOM, et les Forces armées royales marocaines ont signé un protocole d’accord prévoyant la mise en place de ce centre dans la région de Tan-Tan d’ici à 2030.
Le projet comprend trois composantes principales : une zone d’entraînement multidomaine, une académie consacrée aux drones et un centre d’innovation et d’expérimentation.
Selon l’AFRICOM, l’objectif consiste à stimuler l’innovation et l’entraînement militaires en permettant l’expérimentation de nouvelles technologies et capacités, tout en renforçant la coopération entre les forces américaines, marocaines et celles d’autres partenaires africains.
Cette initiative témoigne d’une évolution majeure du rôle du Maroc. Le Royaume ne se contente plus d’accueillir des exercices militaires américains, mais se transforme progressivement en un pôle d’entraînement et d’expérimentation militaire susceptible de bénéficier à d’autres pays africains.
Cette évolution correspond à la vision exposée par l’AFRICOM dans sa déclaration de posture pour 2026, qui souligne la nécessité de transférer une plus grande part de la responsabilité sécuritaire aux partenaires africains et de renforcer leurs capacités propres, plutôt que de s’appuyer sur une présence américaine massive sur le terrain.
Le commandement américain présente le Maroc comme un partenaire essentiel. Il rappelle que le pays accueille depuis 21 ans les exercices African Lion et qu’il investit dans des centres d’excellence attirant des partenaires africains venus y suivre des formations.
La coopération militaire entre les États-Unis et le Maroc s’est considérablement développée au cours des dernières années. Un récent rapport du journal Le Monde indique que le Maroc est devenu le premier acheteur d’équipements militaires américains en Afrique, avec des contrats de ventes intergouvernementales américaines en cours d’une valeur de 8,5 milliards de dollars en 2025.
Le pays accueille également chaque année l’exercice African Lion, considéré comme l’une des plus importantes manœuvres militaires multinationales du continent.
Ce partenariat revêt une importance supplémentaire pour Washington dans un contexte marqué par le recul de la présence militaire occidentale dans plusieurs régions du Sahel et par les difficultés croissantes entourant le recours aux bases militaires traditionnelles dans la région.
Le Maroc pourrait ainsi offrir une plateforme plus stable pour la formation, l’expérimentation de systèmes militaires et l’établissement de partenariats avec d’autres pays africains.
L’un des éléments les plus remarquables de l’analyse relayée par Jeune Afrique réside dans le fait que Washington ne considère pas les accords d’Abraham comme un simple processus de normalisation des relations entre Israël et les États arabes. Les États-Unis y voient également un cadre susceptible d’être élargi à la coopération dans les domaines de la sécurité, de la technologie, de l’énergie et des chaînes d’approvisionnement.
La Heritage Foundation indique que la coopération entre les États-Unis, Israël et les pays signataires des accords d’Abraham s’est étendue, au cours de l’année 2026, aux secteurs de la défense, de la technologie et de la sécurité économique. La coopération militaire entre le Maroc et Israël occupe une place croissante dans cette dynamique.
Le Maroc pourrait dès lors devenir un trait d’union entre l’architecture sécuritaire américaine au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, d’une part, et les nouveaux partenariats noués par Washington sur le continent africain, d’autre part.
Selon des analystes, Washington ne cherche pas nécessairement à remplacer sa présence militaire en Afrique par un retrait total, mais plutôt à en modifier les modalités. Cette nouvelle approche reposerait sur un déploiement direct plus limité et sur une dépendance accrue à l’égard de partenaires capables d’agir pour le compte des États-Unis ou en coordination avec eux.
C’est dans ce contexte que le Maroc prend toute son importance. Le Royaume réunit une position géographique stratégique, des infrastructures et des capacités militaires développées, un partenariat de longue date avec Washington, des relations sécuritaires avec Israël ainsi qu’une aptitude à accueillir des exercices internationaux de grande envergure.
Cette trajectoire laisse penser que l’importance de Rabat dans la stratégie américaine pourrait dépasser le cadre de l’Afrique du Nord au cours des prochaines années, pour s’étendre au Sahel, à l’Afrique de l’Ouest et aux espaces atlantiques.
Cette évolution intervient alors que Washington concentre ses efforts sur la lutte contre les groupes djihadistes, la sécurisation des routes commerciales et la limitation de l’influence de ses concurrents internationaux, tout en cherchant à réduire sa dépendance à l’égard d’un déploiement militaire américain direct.
