Politique

L’adhésion de l’Occident à la guerre économique renforce la pression sur l’Iran


Téhéran aura davantage de difficultés à s’appuyer sur les canaux qu’il utilise pour générer des revenus et contourner les sanctions.

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a annoncé que l’Union européenne avait officiellement rejoint l’opération « paria économique » lancée par Washington afin de renforcer l’isolement financier et économique de Téhéran. Cette décision est susceptible de réduire davantage la marge de manœuvre d’une économie iranienne déjà lourdement frappée par les sanctions et les turbulences financières.

Bessent a déclaré que les États-Unis saluaient la position ferme et précoce de l’Union européenne, estimant que la coordination entre Washington et ses alliés visait à empêcher la République islamique d’utiliser le système financier mondial pour financer ses programmes nucléaire et balistique, ainsi que pour soutenir ses alliés armés dans la région.

Il a confirmé que la campagne continuerait de cibler les derniers canaux financiers utilisés par Téhéran pour générer des revenus et contourner les sanctions.

La position européenne intervient alors que l’administration du président Donald Trump intensifie ses instruments de pression sur l’Iran. Le 24 août, le département du Trésor avait lancé l’opération « paria économique », la présentant comme une vaste campagne économique visant les réseaux financiers et les acteurs qui aident l’Iran à exporter clandestinement son pétrole et à contourner les sanctions.

À travers cette stratégie, Washington cherche à aller au-delà de la simple imposition de sanctions à des entités iraniennes pour assécher les canaux permettant de traiter avec elles, notamment en faisant pression sur les institutions financières, les entreprises et les États qui offrent à Téhéran des voies d’accès au commerce et aux transferts de fonds.

L’adhésion européenne revêt une importance particulière pour l’Iran, car la participation des économies européennes aux pressions américaines pourrait rendre plus difficile pour Téhéran le recours aux circuits commerciaux et financiers occidentaux comme alternative au système américain.

L’impact de cette mesure ne se limite donc pas aux nouvelles sanctions susceptibles d’être imposées. Il s’étend également à l’augmentation du coût des transactions avec l’Iran pour les banques et les entreprises européennes, qui pourraient se montrer davantage prudentes face au risque de sanctions américaines ou de perte d’accès au système financier mondial.

La stratégie de Bessent indique que Washington souhaite poursuivre les réseaux qui aident l’Iran à exporter son pétrole, à transférer des fonds et à utiliser des entreprises et des intermédiaires établis dans des pays tiers pour contourner les restrictions qui lui sont imposées. Lors du lancement de l’opération, le Trésor américain avait indiqué avoir identifié des réseaux et des circuits financiers utilisés par l’Iran pour exporter clandestinement son pétrole et contourner les sanctions.

Cela signifie que la confrontation économique passe progressivement du ciblage direct de la République islamique à celui de l’environnement extérieur qui permet à l’économie iranienne de continuer à fonctionner, ce qui pourrait rendre plus difficile pour Téhéran la compensation de ses pertes.

Toutefois, l’approche européenne ne semble pas totalement alignée sur celle des États-Unis. Tout en soutenant un renforcement des pressions sur Téhéran, l’Union européenne insiste sur la nécessité de maintenir la voie diplomatique ouverte, de favoriser la désescalade et de garantir la liberté de navigation dans la région.

Le bloc européen avait déjà élargi, en mai, le cadre juridique de ses sanctions liées à l’Iran afin d’y inclure des personnes et des entités associées à des mesures menaçant la liberté de navigation, notamment dans le détroit d’Ormuz.

Cette approche témoigne d’une volonté européenne de combiner pression économique et endiguement diplomatique, en utilisant les sanctions pour renforcer sa position dans les négociations sans pour autant fermer complètement les canaux de communication avec Téhéran.

L’escalade économique intervient à un moment où l’Iran semble soumis à des pressions simultanées sur plusieurs fronts. Outre les sanctions, Téhéran doit faire face aux conséquences de la guerre et aux tensions autour du détroit d’Ormuz, à la diminution de sa capacité d’accès aux marchés et aux ressources financières extérieures, ainsi qu’aux pressions résultant de la dépréciation de sa monnaie et de la hausse des prix.

Washington mise sur l’accumulation de ces pressions pour pousser les dirigeants iraniens à faire des concessions sur leurs dossiers nucléaire et balistique ainsi que sur leurs politiques régionales. Lors du lancement de l’opération, Bessent avait présenté à Téhéran deux options : un isolement mondial sévère ou un retour à une trajectoire permettant sa réintégration dans l’économie mondiale.

Le succès de cette stratégie reste toutefois lié à la capacité des États-Unis et de l’Europe à fermer les voies permettant de contourner les sanctions, notamment compte tenu de la persistance de partenaires commerciaux majeurs de l’Iran en dehors de la sphère occidentale.

Néanmoins, l’entrée de l’Union européenne dans cette campagne donne aux pressions occidentales un poids politique et financier accru et adresse aux entreprises et aux banques un message clair : les risques liés aux transactions avec l’Iran pourraient dépasser le cadre des sanctions américaines et inclure également des restrictions européennes.

De ce point de vue, cette évolution constitue un tournant important dans la guerre économique menée contre Téhéran : plus le nombre de pays participant aux sanctions augmente, plus la capacité de l’Iran à s’appuyer sur des alternatives occidentales se réduit, tandis que le maintien des flux de pétrole, de capitaux et de commerce devient plus coûteux et plus complexe. Cette situation pourrait aggraver les difficultés économiques du pays et accroître la pression sur les décideurs iraniens afin qu’ils recherchent une issue politique à la crise.

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