Que veut Téhéran en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz ?
Les médiations qatarienne et omanaise visant à sécuriser la circulation maritime dans le détroit se poursuivent, tandis que l’Iran se prépare à présenter des conditions liées à l’allègement des sanctions américaines. Ces efforts se heurtent toutefois au refus de l’administration Trump d’accorder des concessions.
Les efforts de médiation visant à rouvrir le détroit d’Ormuz à la navigation internationale se sont intensifiés, l’Iran étant prêt à présenter une liste de conditions en échange du rétablissement du trafic maritime à son niveau normal. Dans le même temps, Téhéran et Mascate examinent des modalités pour la mise en place d’un nouveau corridor maritime, tandis que le Qatar tente de faire avancer les négociations.
Cette évolution intervient après la visite, jeudi, du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al Thani, à Téhéran, dans le cadre des efforts de Doha visant à réduire les tensions et à relancer la voie diplomatique. Des contacts parallèles sont également en cours avec le sultanat d’Oman concernant les modalités de navigation dans le détroit.
Selon une source au fait des discussions, citée par Reuters, l’Iran a accepté de préparer une liste de ses conditions pour rouvrir le détroit, tout en examinant avec Oman une formule permettant la poursuite du trafic maritime par un corridor de navigation organisé.
Les détails des exigences iraniennes font toujours l’objet de négociations, mais le dossier est étroitement lié à la guerre, aux pressions économiques et aux sanctions américaines imposées à Téhéran.
Selon les informations rapportées sur les négociations, l’Iran souhaite obtenir des garanties concernant l’allègement des sanctions et l’arrêt des mesures américaines que Téhéran considère comme faisant partie du blocus imposé au pays. En revanche, Washington cherche à garantir la liberté de navigation et à empêcher que le détroit ne soit utilisé comme instrument de pression stratégique.
Ces divergences compliquent toute perspective de règlement rapide, en particulier dans un contexte où le président américain Donald Trump refuse de revenir au protocole d’accord conclu en juin.
Le Wall Street Journal a rapporté que l’administration Trump n’était plus intéressée par la relance de l’accord précédent et préférait poursuivre sa politique de pression économique sur l’Iran plutôt que d’accorder des concessions dans le cadre de la formule négociée en juin.
La question du détroit d’Ormuz s’inscrit ainsi désormais dans une équation plus large : Téhéran souhaite conditionner sa réouverture au dossier des sanctions et à la guerre, tandis que Washington mise sur la pression économique pour contraindre l’Iran à faire des concessions.
Un trafic maritime à des niveaux très faibles
Les données relatives à la navigation illustrent l’ampleur de la crise. Jeudi 27 août, sept navires transportant des marchandises ont traversé le détroit, contre 17 la veille, tandis que la moyenne quotidienne au cours des dix jours précédents était d’environ 15 navires, selon des données rapportées par Reuters.
Reuters estime que le trafic maritime ne représente encore qu’entre 5 et 15 % de son niveau habituel, ce qui signifie que, malgré le passage de certains navires, le détroit n’a pas retrouvé un fonctionnement normal.
La crise revêt une importance exceptionnelle en raison du rôle central du détroit dans le commerce mondial de l’énergie, puisque d’importants volumes de pétrole et de gaz provenant des pays du Golfe y transitent historiquement vers les marchés internationaux.
Dans le but de sécuriser la navigation, les forces américaines ont mené des opérations de déminage et contribué, selon Reuters, à assurer le passage d’environ 1 500 navires.
Ces mesures n’ont toutefois pas permis, à ce stade, de rétablir un trafic maritime normal. Les compagnies de transport maritime continuent en effet de faire face à des risques sécuritaires ainsi qu’à des coûts élevés liés aux assurances et au transport.
Un corridor irano-omanais
L’une des propositions envisagées consiste à créer ou à organiser un corridor maritime entre l’Iran et le sultanat d’Oman, afin de permettre le passage des navires selon des modalités de sécurité spécifiques.
Téhéran et Mascate examinent également des questions liées à la gestion du corridor ainsi qu’au partage des recettes et des droits, ce qui signifie qu’un éventuel accord ne rétablirait pas nécessairement la situation telle qu’elle existait avant la guerre, mais pourrait au contraire instaurer un nouveau système de régulation du trafic maritime.
Des rapports antérieurs avaient évoqué une formule permettant aux navires d’emprunter une voie placée sous gestion iranienne à l’entrée, puis une autre administrée par Oman à la sortie, avec l’imposition de droits en contrepartie de services liés à la sécurité et à la protection de l’environnement marin.
Oman, qui entretient de bonnes relations à la fois avec l’Iran et les États-Unis, cherche à jouer le rôle de médiateur dans ces arrangements, tandis que le Qatar tente de favoriser un accord plus large garantissant le retour à une navigation normale.
Le paradoxe d’Ormuz
L’Iran est lui-même confronté à un dilemme stratégique.
La fermeture du détroit, ou le maintien du trafic maritime à des niveaux faibles, offre à Téhéran un puissant levier de pression sur l’économie mondiale. Mais cette stratégie pourrait également inciter les pays du Golfe et les entreprises énergétiques à accélérer la recherche de voies alternatives pour exporter le pétrole et le gaz.
Le Guardian a mis en garde contre ce paradoxe, soulignant qu’une perturbation prolongée du détroit pourrait pousser les pays de la région à investir davantage dans des pipelines et des infrastructures permettant de contourner Ormuz.
Par conséquent, la prolongation de la crise pourrait progressivement réduire la valeur stratégique du détroit pour l’Iran.
À l’inverse, une réouverture sans contrepartie politique ou économique pourrait signifier que Téhéran renonce à l’un de ses principaux moyens de pression.
Qui en paiera le prix ?
Le Qatar tente de rapprocher les positions autour d’une formule de compromis, tandis que l’Iran estime que la reprise de la navigation doit s’inscrire dans un accord plus vaste incluant les sanctions et des garanties de sécurité.
Washington, de son côté, exige la liberté de circulation des navires sans avoir à accorder de concessions que l’administration américaine considérerait comme une récompense offerte à Téhéran.
Les négociations se trouvent donc face à une équation complexe : l’Iran est disposé à discuter de la réouverture du détroit, mais réclame un prix politique et économique, tandis que Donald Trump refuse de revenir à la formule d’accord qui était envisagée en juin.
Alors que les négociations se poursuivent, le trafic maritime reste très éloigné de ses niveaux habituels, ce qui montre que la « réouverture d’Ormuz » ne sera pas une simple décision technique, mais un élément d’un accord plus vaste susceptible de redéfinir les relations entre l’Iran et les États-Unis, ainsi que l’avenir de la sécurité énergétique dans le Golfe après la guerre.
