Téhéran renforce la pression sur Washington en appelant à la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb
Le représentant du Guide suprême iranien suggère de s’appuyer sur les Houthis pour menacer la navigation maritime en mer Rouge, une évolution susceptible de faire grimper les prix du pétrole, alors que les tensions persistent déjà dans le détroit d’Ormuz.
Le représentant du Guide suprême iranien au sein du journal Kayhan, Hossein Shariatmadari, a appelé à la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb en plus de celle du détroit d’Ormuz, en réaction aux déclarations du président américain Donald Trump concernant le rétablissement d’un blocus maritime contre les ports iraniens du sud. Cet appel traduit la volonté de Téhéran d’élargir ses moyens de pression sur les États-Unis et de déplacer la confrontation du Golfe vers la mer Rouge en s’appuyant sur son allié houthi.
Shariatmadari a déclaré que « le moment est venu, parallèlement au maintien de la fermeture du détroit d’Ormuz, de fermer également le détroit de Bab el-Mandeb », estimant qu’une telle mesure renforcerait la pression exercée sur les États-Unis et leurs alliés. Il a ajouté que la simple annonce d’une telle intention constituait « une gifle cinglante » pour Donald Trump, faisant ainsi référence à l’utilisation de la menace pesant sur les voies maritimes comme instrument de dissuasion face aux pressions américaines.
Cet appel intervient dans un contexte de montée des tensions régionales liées à l’Iran, alors que Téhéran cherche à mobiliser son réseau d’alliés dans la région afin d’ouvrir plusieurs fronts de pression. La confrontation ne se limiterait ainsi plus au territoire iranien ou aux eaux du Golfe, mais s’étendait à d’autres zones stratégiques, au premier rang desquelles figure la mer Rouge.
Selon plusieurs analyses, l’Iran pourrait compter sur le mouvement houthi pour mettre à exécution toute menace visant Bab el-Mandeb, compte tenu du contrôle exercé par ce groupe sur de vastes portions du littoral yéménite ainsi que de ses capacités militaires, notamment en matière de missiles, de drones et d’embarcations piégées. Cette hypothèse s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes entre les Houthis et le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale et soutenu par l’Arabie saoudite, faisant de la mer Rouge un théâtre potentiel d’échanges de messages et de pressions entre les acteurs régionaux et internationaux.
Les Houthis ont à plusieurs reprises affirmé être prêts à cibler la navigation maritime si la confrontation avec l’Iran venait à s’intensifier ou si des pays de la région participaient à des opérations militaires contre Téhéran. Ils soutiennent que leurs actions s’inscrivent dans le cadre du soutien à ce qu’ils appellent « l’Axe de la Résistance ». À l’inverse, les États-Unis et plusieurs pays occidentaux considèrent le mouvement comme une composante du réseau d’influence iranien dans la région, tandis que les Houthis affirment que leurs décisions relèvent de leurs propres choix, malgré leur alliance politique et militaire avec Téhéran.
Le détroit de Bab el-Mandeb revêt une importance stratégique majeure puisqu’il relie la mer Rouge au golfe d’Aden et à l’océan Indien. Une part essentielle du commerce maritime international y transite, notamment les cargaisons de pétrole et de gaz destinées à l’Europe via le canal de Suez. Toute menace pesant sur la sécurité de cette voie maritime aurait donc des répercussions directes sur le commerce mondial et les marchés de l’énergie, en raison de l’augmentation des coûts d’assurance et de transport ainsi que de l’obligation pour les compagnies maritimes de modifier leurs itinéraires.
Les experts avertissent que la combinaison de pressions exercées simultanément sur les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb pourrait offrir à l’Iran une capacité accrue d’influencer les flux énergétiques mondiaux. Toute perturbation simultanée dans ces deux passages stratégiques renforcerait les inquiétudes concernant l’approvisionnement énergétique et entraînerait une hausse des prix du pétrole sous l’effet de l’aggravation des risques géopolitiques.
Même si une fermeture totale du détroit de Bab el-Mandeb demeure difficile en raison de la présence navale internationale, les Houthis ont démontré leur capacité à perturber la circulation maritime et à accroître les risques sécuritaires. Cette situation a conduit les États-Unis et leurs alliés à renforcer leur présence navale en mer Rouge, tandis que l’Union européenne a également élargi ses opérations destinées à protéger les navires commerciaux.
Selon plusieurs observateurs, ces dernières menaces traduisent la volonté de l’Iran de transformer la mer Rouge en un levier supplémentaire de négociation et de pression face à Washington, dans le cadre d’une stratégie dite de « l’interconnexion des fronts », qui consiste à mobiliser les alliés de Téhéran pour ouvrir plusieurs foyers d’escalade simultanés, augmentant ainsi le coût de toute confrontation potentielle et faisant de la sécurité des routes maritimes mondiales un élément central du conflit régional.
