Politique

Ghalibaf à Bagdad… La dernière manœuvre de l’Iran autour du dossier des armes des factions


Une deuxième visite iranienne en Irak en l’espace d’une semaine, qui semble révéler les intentions de Téhéran concernant la question du désarmement des factions qui lui sont affiliées.

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, dirige mercredi une « délégation parlementaire de haut niveau » en Irak, selon les médias officiels iraniens.

La Radio-Télévision de la République islamique d’Iran (IRIB) a indiqué que la délégation iranienne devait rencontrer de hauts responsables irakiens afin de discuter du « renforcement des relations bilatérales, de la sécurité des frontières, des efforts de lutte contre le terrorisme, de l’élargissement de la coopération économique et de l’accélération de la mise en œuvre des accords conclus entre les deux pays ».

Ghalibaf a joué un rôle central en tant que négociateur en chef lors de plusieurs cycles de pourparlers, depuis que les États-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l’Iran en février.

Au regard de ces éléments, la visite revêt une portée plus importante que ce qui a été officiellement annoncé, notamment parce qu’elle intervient une semaine après une visite non annoncée à Bagdad du général Esmail Qaani, commandant de la Force Al-Qods du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne. Lors de cette visite, il n’est pas parvenu à rencontrer le Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi.

Selon une source proche du Premier ministre, qui s’était confiée précédemment, al-Zaidi tient à ce que les relations entre Bagdad et Téhéran restent de nature politique et officielle, en dehors des canaux militaires. Il a donc refusé de recevoir Qaani en sa qualité de commandant militaire iranien.

Le refus de rencontrer Qaani intervient alors que Bagdad est engagé dans des discussions sensibles sur l’avenir des armes détenues par les factions armées, parallèlement aux efforts du gouvernement visant à renforcer l’autorité de l’État et à réserver les décisions sécuritaires et militaires aux institutions officielles.

Le gouvernement irakien a fixé au 30 septembre prochain la date limite accordée aux factions liées à l’Iran pour remettre leurs armes à l’État. Toutefois, selon des sources irakiennes, aucun signe public et significatif d’un début effectif du processus de désarmement n’est encore apparu.

Les enjeux

La visite de Ghalibaf, une semaine après celle de Qaani, revêt une importance particulière concernant la capacité de l’Iran à gérer le dossier du désarmement des factions qui lui sont affiliées, ainsi que la détermination de l’Irak à poursuivre ce processus, selon plusieurs observateurs.

Muthanna al-Obaidi, professeur de sciences politiques à l’Université de Tikrit en Irak, a déclaré : « La question des armes devrait probablement figurer parmi les principaux dossiers abordés lors de la visite de Ghalibaf en Irak. L’Iran cherche à préserver son influence et ses intérêts en Irak et à les gérer dans le contexte des changements politiques qui traversent actuellement la scène irakienne. »

Il a poursuivi : « Une confrontation directe entre les factions armées et le gouvernement irakien, qui œuvre au désarmement de ces factions, ne servirait pas les intérêts de l’Iran. Mais, dans le même temps, Téhéran n’a aucun intérêt à voir les factions et milices qui lui sont loyales être désarmées, car elles constituent pour lui un instrument d’influence et de pression, notamment après le recul de la puissance de ses alliés au Liban et la fin de son influence en Syrie. »

Il a ajouté : « Dans ce contexte, les données disponibles indiquent que l’Iran tente de gérer le dossier de ces factions et, à tout le moins, de ralentir leur désarmement, tout en tirant parti du facteur temps afin de voir plus clairement l’évolution de son affrontement avec les États-Unis et de se donner la possibilité de réorganiser ses cartes sur les plans intérieur, régional et international. »

Avant de poursuivre : « Ce qui confirme cette hypothèse, ce sont les nombreuses déclarations de dirigeants de ces factions qui conditionnent le désarmement au retrait des forces américaines d’Irak. Par conséquent, même si l’Iran ne s’oppose pas officiellement au désarmement en Irak, il s’oppose à ce processus dès lors qu’il risque d’affaiblir son influence politique et sécuritaire. »

Selon al-Obaidi, plusieurs rapports indiquent que le commandant de la Force Al-Qods n’est pas parvenu à convaincre le gouvernement irakien de revenir sur sa décision visant à placer l’ensemble des armes sous l’autorité de l’État et à désarmer les milices et factions favorables à l’Iran.

Il a conclu : « C’est précisément dans ce contexte que s’inscrit, en partie, la visite de Ghalibaf, qui poursuit le même objectif. Cela revêt une importance particulière : les négociations avec le gouvernement irakien passent désormais des canaux sécuritaires aux canaux politiques. »

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