Politique

Un projet de loi turc ouvre la voie à un règlement historique avec les combattants kurdes


Le projet ne prévoit aucune solution claire concernant le statut du dirigeant du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 1999 sur l’île d’İmralı, au large d’Istanbul.

La coalition au pouvoir en Turquie présente aujourd’hui, mercredi, au Parlement un projet de loi susceptible de faciliter la dissolution du parti en autorisant le retour de milliers d’anciens combattants, dont le sort incertain constituait l’un des principaux obstacles au processus de paix, selon les médias officiels et l’un des dirigeants du Parti des travailleurs du Kurdistan.

Le texte, dont certains détails avaient émergé en novembre dernier, porte principalement sur l’organisation du retour des membres du PKK ainsi que des civils installés dans les zones où ils sont concentrés dans le nord de l’Irak. Il définit également les mécanismes juridiques permettant de traiter leur situation et de favoriser leur réintégration dans la société.

Selon les informations disponibles, d’autres combattants pourraient bénéficier d’une libération conditionnelle et de mesures juridiques s’étalant sur une période comprise entre cinq et dix ans, en fonction des faits qui leur sont reprochés, dans une initiative pouvant être considérée comme une forme limitée d’amnistie.

D’après les informations diffusées, le projet ne contient toutefois aucune disposition claire concernant la situation d’Abdullah Öcalan, le chef historique du parti, détenu depuis 1999 sur l’île d’İmralı, près d’Istanbul.

Les parlementaires devraient adopter ce cadre juridique au cours de la semaine, dans une étape qui constituerait une avancée majeure vers la fin d’un conflit ayant fait plus de quarante mille morts depuis 1984, approfondi les divisions internes en Turquie et alimenté les violences transfrontalières en Irak et en Syrie.

Le projet bénéficie d’un large soutien au Parlement, même si les sondages d’opinion révèlent un certain scepticisme quant à sa capacité à instaurer une paix durable, ainsi qu’une forte sensibilité autour du retour d’anciens membres du PKK en Turquie.

Le Parti de la justice et du développement (AKP), dirigé par le président Recep Tayyip Erdoğan, ainsi que ses alliés nationalistes du Parti d’action nationaliste (MHP), ont signé le projet de loi intitulé « Solidarité nationale et intégration sociale ».

Abdullah Güler, président du groupe parlementaire de l’AKP, a déclaré aux journalistes que le texte serait présenté aujourd’hui, mercredi.

Le Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples, favorable aux Kurdes, ainsi que la plupart des autres formations politiques, y compris le principal parti d’opposition, ont également annoncé leur soutien au projet.

Dans un message transmis par le Parti pour l’égalité et la démocratie des peuples, Abdullah Öcalan a exprimé sa confiance dans ce processus, estimant que la Turquie se trouvait « au début d’une transformation démocratique d’une importance comparable à la fondation de la République » en 1923.

De son côté, Tuncer Bakırhan, coprésident du parti, a qualifié ce projet de point de départ d’une nouvelle époque « dans laquelle les armes céderont la place à la politique et où le droit remplacera le conflit », tout en avertissant que cette occasion pourrait ne jamais se représenter.

Le processus de paix entre la Turquie, qui possède la deuxième plus grande armée de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), et le Parti des travailleurs du Kurdistan a débuté à la fin de l’année 2024. Toutefois, il a connu un ralentissement plus tôt cette année en raison du déclenchement de la guerre avec l’Iran et de la montée des inquiétudes liées à une extension des troubles dans la région.

En mai de l’année dernière, le Parti des travailleurs du Kurdistan avait décidé de déposer les armes et de se dissoudre en réponse à un appel lancé par son chef emprisonné, Abdullah Öcalan. La Turquie, les États-Unis et l’Union européenne considèrent le PKK comme une organisation terroriste.

Le mouvement a pris les armes en 1984 et cherchait initialement à établir un État kurde indépendant dans le sud-est de la Turquie. Par la suite, il a recentré ses objectifs sur l’obtention d’une autonomie régionale et de droits politiques pour la population kurde.

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