Washington sanctionne un dirigeant des Frères musulmans et accentue la pression sur Londres
De nouvelles sanctions américaines visent un dirigeant des Frères musulmans résidant à Londres, une mesure qui accentue la pression exercée sur le gouvernement britannique afin qu’il classe le mouvement comme organisation terroriste.
Tard dans la soirée de jeudi, le département du Trésor américain a annoncé l’imposition de sanctions à Mahmoud al-Ibary, un haut responsable des Frères musulmans résidant à Londres.
Washington l’accuse d’avoir contribué à la collecte de fonds au profit d’entités liées au Hamas, ce qui entraîne pour lui une interdiction d’entrée aux États-Unis ainsi que le gel de tout éventuel avoir qu’il détiendrait relevant de la juridiction américaine.
Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que les personnes qui soutiennent le Hamas, que ce soit par l’intermédiaire de façades caritatives, d’entreprises ou de réseaux financiers non déclarés, « seront identifiées, sanctionnées et tenues responsables ».
Qui est Mahmoud al-Ibary ?
Le département du Trésor américain l’a identifié comme le secrétaire général du Secrétariat général des Frères musulmans. Il est considéré comme le troisième responsable de l’organisation internationale du mouvement, classé comme organisation terroriste dans plusieurs pays à travers le monde.
Nombreux sont ceux qui le décrivent comme « l’homme mystérieux des Frères musulmans ». Il serait chargé du financement, des réseaux financiers et des activités médiatiques de l’organisation, ainsi que des cellules clandestines qui assureraient le transfert de fonds par l’intermédiaire de sociétés multinationales en Europe, en Afrique et en Amérique latine.
Né en 1952, al-Ibary a été membre de la haute instance dirigeante du mouvement avant d’être élu, en 2023, secrétaire général de l’organisation internationale. Il est également membre du Conseil de la Choura des Frères musulmans en Europe.
Des sources au fait des affaires des Frères musulmans ont déclaré qu’al-Ibary, qui possède la nationalité autrichienne, cherche à renforcer son contrôle sur les structures de l’organisation en favorisant la nomination de dirigeants qui lui sont proches à des postes exécutifs influents. Cette stratégie lui permettrait de constituer un bloc de soutien à son ambition d’accéder au poste de guide suprême par intérim, en remplacement de Salah Abdel Haq, représentant de la branche londonienne, qui devrait quitter ses fonctions à la fin de l’année en cours.
Les mêmes sources ont ajouté qu’al-Ibary serait à l’origine d’un projet visant à « changer la peau des Frères musulmans », en coopération avec plusieurs dirigeants de l’organisation internationale.
Contexte
Ces sanctions interviennent alors que les pressions s’intensifient au Royaume-Uni pour que Londres adopte une position plus ferme à l’égard des Frères musulmans. Jusqu’à présent, le Royaume-Uni n’a ni interdit le mouvement ni procédé à son classement comme organisation terroriste, contrairement à d’autres pays, notamment l’Égypte et la Jordanie, qui l’ont interdit.
Les États-Unis ont également classé trois branches du mouvement, en Égypte, en Jordanie et au Liban, comme organisations « terroristes ».
Pression sur le Royaume-Uni et appels au classement comme organisation terroriste
Selon un article dans le quotidien britannique The Telegraph, cette décision devrait accentuer la pression sur Londres afin qu’il prenne des mesures plus strictes contre les Frères musulmans.
Le Royaume-Uni n’a ni interdit les Frères musulmans ni classé le mouvement comme organisation terroriste. En revanche, celui-ci est interdit en Jordanie et en Égypte, où il a été fondé il y a plus d’un siècle.
Les États-Unis ont classé les branches du mouvement en Égypte, en Jordanie, au Liban et au Soudan comme entités terroristes.
Le quotidien britannique a souligné que cette décision constitue un test pour le nouveau Premier ministre britannique, Adi Burnham, alors qu’il cherche à établir une relation de travail avec le président américain Donald Trump.
À ce sujet, Robin Simcox, ancien commissaire britannique chargé de la lutte contre l’extrémisme, s’est félicité des sanctions imposées à al-Ibary.
Il a déclaré au Telegraph que les sanctions visant al-Ibary constituaient « une mesure importante », appelant le gouvernement britannique à adopter une approche plus ferme face aux activités du mouvement.
Il a ajouté : « Nous ne pouvons pas compter sur Washington pour prendre des mesures concernant une question qui relève avant tout de nos affaires intérieures. »
Il a poursuivi : « J’ai toujours recommandé au gouvernement d’adopter une approche proactive afin de répondre directement au défi posé par les Frères musulmans. J’espère que cela se concrétisera désormais. »
Les façades utilisées pour financer le Hamas dans le collimateur des sanctions
Le Hamas est largement considéré comme une organisation idéologiquement issue des Frères musulmans.
Dans le cadre de ces mêmes sanctions, le département du Trésor américain a également ciblé d’autres entités qu’il accuse d’avoir servi de façades pour collecter et transférer des fonds au profit des Brigades al-Qassam, la branche militaire du Hamas.
