Les appels à une décision militaire et à la mobilisation ravivent le spectre de la guerre au Yémen
Un membre du Conseil présidentiel yéménite affirme que l’affrontement avec les rebelles est désormais un devoir incontournable pour tous.
Les affrontements militaires entre le gouvernement yéménite et le mouvement houthi se sont intensifiés vendredi, les deux camps échangeant des messages de menace qui laissent entrevoir une nouvelle phase de tensions, alors que les espoirs de préserver le processus de désescalade en vigueur depuis plusieurs années s’amenuisent.
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Ces développements interviennent après que les forces gouvernementales ont pris pour cible la piste de l’aéroport de Sanaa afin d’empêcher l’atterrissage d’un avion iranien, ainsi qu’après la première attaque des Houthis en direction de l’Arabie saoudite depuis la trêve conclue en 2022, renforçant ainsi les craintes d’une reprise des affrontements à grande échelle entre les deux parties.
Alors que plusieurs membres du Conseil présidentiel appellent à une solution militaire et à la reprise des institutions de l’État contrôlées par les Houthis, le mouvement a annoncé un renforcement de son niveau de préparation et une mobilisation générale. Il a également évoqué des options de riposte ouvertes, estimant que la poursuite de ce qu’il qualifie de « blocus » entraînerait des mesures équivalentes, dans un nouvel épisode de l’escalade mutuelle.
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Dans ce contexte, le membre du Conseil présidentiel Othman Mujalli a déclaré vendredi qu’« il est temps de trancher et de reprendre les institutions de l’État aux Houthis », ajoutant que « le prix payé pour rechercher la paix avec les Houthis a été bien plus lourd que celui de les affronter dans le seul langage qu’ils comprennent », selon l’agence officielle de presse yéménite Saba.
Il a estimé que « la question est devenue existentielle et décisive, faisant de l’affrontement un devoir pour tous », appelant l’ensemble des forces yéménites à renforcer leur état de préparation, à resserrer les rangs, à mettre fin aux divisions et à œuvrer au rétablissement des institutions de l’État.
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De son côté, le membre du Conseil présidentiel et commandant des Brigades des Géants, Abdelrahman Al-Muharrami, a adressé un message aux habitants des zones sous contrôle houthi. Il a affirmé que le gouvernement avait consenti, ces dernières années, à plusieurs concessions humanitaires destinées à alléger les souffrances de la population, notamment en facilitant les déplacements via l’aéroport de Sanaa, tout en regrettant que « le mouvement n’ait répondu à cette souplesse par aucun souci réel des intérêts des citoyens ».
Dans une publication sur la plateforme X, Al-Muharrami a assuré que l’option de la paix demeurait envisageable si elle reposait sur un règlement juste et global. Il a toutefois souligné que ses forces étaient « pleinement prêtes et préparées à une bataille décisive mettant fin aux agissements des milices houthies », ajoutant qu’aucune pression ni aucun « chantage » ne les empêcherait d’accomplir ce qu’il considère comme leur devoir de protéger le pays.
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Les Houthis brandissent la menace d’une escalade
En réponse, la capitale Sanaa ainsi que plusieurs provinces contrôlées par les Houthis ont été le théâtre de vastes manifestations convoquées par le chef du mouvement, Abdel Malek al-Houthi, sous le slogan « Vendredi de l’avertissement et de la mobilisation ».
Le communiqué final des rassemblements, publié par l’agence Saba affiliée aux Houthis, affirme que le mouvement considérera « toute persistance du blocus comme une guerre totale », ajoutant que « la véritable revendication du peuple yéménite est une riposte à l’identique : le blocus contre le blocus, l’aéroport contre l’aéroport, dent pour dent et œil pour œil ».
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Le texte appelle les forces du mouvement à « intensifier la riposte », affirmant que « le peuple yéménite est pleinement prêt à fournir le soutien et les sacrifices qu’exige cette bataille ».
Dans le même contexte, le ministre de la Défense du gouvernement houthi non reconnu internationalement, Mohammed Al-Atifi, a annoncé que les forces du mouvement avaient relevé leur niveau d’alerte au cours des derniers jours et qu’elles étaient prêtes à exécuter toute directive émise par le chef du mouvement si ce qu’il qualifie de « blocus contre le peuple yéménite » devait se poursuivre.
Al-Atifi a déclaré : « Nos options restent ouvertes et nous disposons d’un niveau élevé de préparation dans toutes les composantes et formations des forces armées », ajoutant que le ministère de la Défense et l’état-major du gouvernement houthi étaient désormais prêts à appliquer ce qu’il appelle « l’équation du blocus contre le blocus, des aéroports contre les aéroports et des ports contre les ports ».
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Une évolution rapide de la situation
Cette escalade intervient après que le porte-parole de la coalition soutenant le gouvernement yéménite, Turki Al-Maliki, a annoncé lundi que les défenses aériennes saoudiennes avaient intercepté des missiles balistiques lancés par les Houthis en direction du sud du Royaume, constituant la première attaque de ce type depuis le début de la trêve en 2022, selon les médias yéménites.
Cette attaque est survenue quelques heures après l’annonce par le ministère yéménite de la Défense du bombardement de la piste de l’aéroport international de Sanaa afin d’empêcher l’atterrissage d’un avion iranien, une opération que le gouvernement a présentée comme destinée à empêcher l’utilisation militaire de l’aéroport.
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Les Houthis ont qualifié cette frappe de « fin de la phase de désescalade », promettant que cette opération « ne resterait ni sans réponse ni sans sanction ».
Le 3 juillet, le gouvernement yéménite avait déjà condamné l’envoi à Sanaa d’un avion de la compagnie iranienne Mahan Air, estimant que celui-ci visait à transporter une délégation houthie vers Téhéran, dans ce qui constituait le premier vol iranien officiellement annoncé à destination de l’aéroport de Sanaa depuis près de dix ans, selon les médias yéménites.
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Les observateurs estiment que la concomitance de ces développements avec l’aggravation des tensions régionales et l’intensification de l’affrontement entre l’Iran, les États-Unis et leurs alliés accroît le risque d’une extension du conflit au théâtre yéménite.
Une telle évolution pourrait provoquer l’effondrement de la fragile accalmie observée ces dernières années et ouvrir la voie à une nouvelle vague d’affrontements militaires, alors même que les efforts régionaux et internationaux se poursuivent afin de relancer le processus politique et de mettre un terme à une guerre qui dure depuis plus d’une décennie.
