Politique

Les Frères musulmans et le nazisme : les fils d’une relation remontant à la Seconde Guerre mondiale


Un chercheur britannique a relancé le débat sur les relations qui se sont développées entre l’Allemagne nazie et certains mouvements islamistes, en particulier les Frères musulmans, durant la Seconde Guerre mondiale.

Lors d’un entretien dans le cadre de l’émission « Heretics », animée par le journaliste britannique Andrew Gold, qui reçoit des chercheurs et des universitaires afin de débattre de questions historiques, politiques et intellectuelles controversées, le Dr Daniel Allington, chercheur britannique spécialisé dans l’extrémisme et la violence politique au King’s College de Londres, a présenté son analyse de ces relations.

Allington s’est appuyé sur des documents et des témoignages historiques mettant en évidence une convergence d’intérêts politiques entre les deux parties durant cette période.

Selon lui, les Frères musulmans figuraient parmi les mouvements avec lesquels l’Allemagne nazie avait établi des relations, dans le cadre de sa stratégie visant à contrer l’influence britannique et française au Moyen-Orient pendant cette époque.

Allington estime que l’effondrement de l’Empire ottoman à l’issue de la Première Guerre mondiale a favorisé l’émergence de mouvements politiques cherchant à restaurer l’influence perdue de la région, alors que la Grande-Bretagne et la France constituaient les deux principales puissances coloniales au Moyen-Orient.

D’après son analyse, l’Allemagne nazie considérait certains mouvements arabes et islamistes comme des partenaires potentiels en raison de la convergence de leurs intérêts politiques et cherchait à exploiter ce rapprochement afin d’affaiblir l’influence britannique et française durant la Seconde Guerre mondiale.

Une alliance fondée sur des intérêts communs

Allington rappelle que les Frères musulmans, fondés en Égypte en 1928, avaient pour objectif de rétablir le califat islamique et de restaurer ce qu’ils considéraient comme une ancienne grandeur politique.

Selon lui, le projet du mouvement présentait certaines similitudes, sur le plan idéologique et politique, avec les mouvements nationalistes européens de l’époque, notamment le Parti nazi en Allemagne et le Parti fasciste en Italie, dans leur volonté respective de restaurer une grandeur passée.

Il affirme que l’Allemagne nazie a apporté son soutien aux Frères musulmans lorsqu’elle en avait la possibilité, tout comme elle a soutenu le mouvement arabe opposé au sionisme en Palestine sous mandat britannique, dans le cadre de sa stratégie visant à affaiblir la Grande-Bretagne et ses alliés.

Le Grand Mufti de Jérusalem : le trait d’union

Allington évoque également la figure de Haj Amin al-Husseini, Grand Mufti de Jérusalem. Selon lui, ce dernier se considérait comme faisant partie des puissances de l’Axe durant la Seconde Guerre mondiale et résida à Berlin pendant la majeure partie du conflit avant de retourner au Moyen-Orient après la guerre.

Dans le même sens, le site « WND Daily » avait publié une interview réalisée en 1998 dans l’émission « 60 Minutes » avec un ancien agent lié au régime nazi, portant sur les contacts entre Adolf Hitler et les Frères musulmans.

Selon ce témoignage, Hitler envisageait de coopérer avec les Frères musulmans pendant la Seconde Guerre mondiale. Une rencontre aurait eu lieu entre Haj Amin al-Husseini et Adolf Hitler en 1941. Toujours selon cette source, al-Husseini aurait demandé une déclaration officielle d’alliance avec les Frères musulmans, tandis qu’Hitler aurait conditionné cette alliance à la réussite de l’invasion nazie de Moscou.

Le site affirme également qu’al-Husseini entretenait des liens étroits avec Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, et qu’il serait devenu le premier représentant du mouvement en dehors de l’Égypte.

Dans le même contexte, un rapport allemand intitulé « Le nazisme et le croissant : des idéologies de haine héritées », réalisé par l’émission d’investigation politique « Report München », s’est intéressé aux relations entre l’Allemagne nazie et certaines personnalités ainsi que plusieurs mouvements islamistes pendant la Seconde Guerre mondiale, en s’appuyant sur ce qu’il présente comme de nouveaux documents.

Le rapport indique qu’Adolf Hitler a reçu Haj Amin al-Husseini en 1941 et que la coopération entre les deux hommes s’est poursuivie en Allemagne durant les années de guerre. Selon le rapport, ils partageaient une position commune à l’égard des Juifs.

Le document affirme également qu’al-Husseini a appelé à ce qu’il qualifiait de « guerre sainte » sous la bannière de l’Allemagne nazie. Il lui attribue un rôle dans le soutien à la division bosniaque Handschar de la Waffen-SS et dans la campagne de recrutement de musulmans au sein de cette unité, dont les membres auraient reçu leur entraînement en Allemagne.

Le rapport ajoute qu’al-Husseini a vécu à Berlin pendant les années de guerre avant d’être transféré en 1944 dans le Land de Saxe, où le régime nazi lui aurait fourni une résidence. Il aurait quitté l’Allemagne après la fin de la guerre pour retourner au Moyen-Orient.

Selon cette même source, Hitler fondait ce rapprochement sur l’existence d’un ennemi commun, tout en précisant que ce projet ne s’est jamais pleinement concrétisé en raison de la défaite de l’Allemagne nazie à la fin de la guerre.

Après la Seconde Guerre mondiale

Allington établit une distinction entre ce qui s’est produit en Europe et ce qui s’est déroulé au Moyen-Orient après la Seconde Guerre mondiale.

Selon lui, l’Europe a connu un vaste processus de dénazification ainsi que des poursuites judiciaires contre plusieurs collaborateurs du régime nazi, tandis qu’aucun processus comparable n’a été engagé au Moyen-Orient.

Il souligne que certains collaborateurs arabes de l’Allemagne nazie, ainsi que plusieurs anciens responsables allemands liés au régime nazi, ont continué à exercer des fonctions dans différents pays du Moyen-Orient en tant que conseillers gouvernementaux ou dans des postes militaires et administratifs, demeurant pendant longtemps intégrés à la vie politique régionale.

Un prolongement historique

Allington considère que le Hamas constitue la branche palestinienne des Frères musulmans et estime que cette filiation représente la continuité d’un processus historique amorcé durant la Seconde Guerre mondiale.

Il précise que son analyse ne vise pas l’islam en tant que religion, mais l’islamisme en tant que projet politique, affirmant que ses conclusions reposent sur des archives et des documents historiques.

Il estime également que l’étude des relations ayant existé entre l’Allemagne nazie, certains mouvements islamistes et certains courants nationalistes arabes durant la Seconde Guerre mondiale est devenue un sujet sensible au sein des universités et de certains milieux académiques.

Selon lui, les chercheurs travaillant sur ces questions peuvent être confrontés à des difficultés concernant le financement, la publication ou l’évaluation de leurs travaux, ce qui conduit certains d’entre eux à éviter d’aborder ces sujets.

En conclusion, Allington insiste sur la nécessité de distinguer l’islam, en tant que religion, de l’islamisme, en tant que projet politique. Il souligne que le débat porte sur les mouvements politiques et leurs alliances historiques, et non sur la foi islamique ou sur les musulmans dans leur ensemble.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page