Politique

51 jours sans image ni discours : le mystère plane sur le plus vieux président du monde


L’absence prolongée, pendant 51 jours, d’un président africain âgé de 93 ans, sans aucune apparition publique, ouvre la voie aux spéculations et aux rumeurs.

C’est ce qui se passe au Cameroun, où les interrogations se multiplient au sujet du sort du président Paul Biya, en l’absence de toute apparition publique ou de toute photographie récente de lui depuis son départ du pays pour un voyage à l’étranger, il y a 51 jours.

Selon le site, Biya, âgé de 93 ans et considéré comme le chef d’État en exercice le plus âgé au monde, a quitté la capitale Yaoundé le 7 juin dernier avec son épouse Chantal, dans ce que la présidence avait alors présenté comme une « courte visite privée en Europe », sans révéler sa destination ni la durée de son séjour.

La dernière image publique du président et de son épouse est une photographie publiée par le journal Cameroon Tribune, prise à l’aéroport au moment de leur départ. Depuis lors, aucune apparition filmée, aucun message enregistré et aucune photographie datée n’ont été rendus publics, alimentant de nombreuses spéculations et rumeurs, allant jusqu’à évoquer son décès, selon le site.

Les autorités affirment que le président continue d’exercer ses fonctions, sans toutefois fournir, jusqu’à hier, de preuve visuelle permettant de dissiper les interrogations.

Des informations faisant état de sa présence en Suisse

De son côté, Jeune Afrique a rapporté que Biya, qui dirige le Cameroun depuis le 6 novembre 1982, séjournerait dans la ville suisse de Genève, où il recevrait des soins dans un établissement médical privé.

Les autorités camerounaises ont toutefois démenti cette version. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait affirmé en juin dernier que le président n’avait été admis dans aucun hôpital à Genève, ajoutant qu’il « rentrerait bientôt ».

Des décrets signés en son nom, tandis que le poste de vice-président reste vacant

Malgré son absence, la présidence camerounaise continue de publier des décrets et des messages officiels au nom de Paul Biya. Les plus récents sont quatre décrets datés du 22 juillet.

Ces décrets portent notamment sur des nominations au conseil d’administration de la Société nationale des hydrocarbures, ainsi que sur l’habilitation du ministre de l’Économie à signer des accords de financement.

Le site officiel de la présidence publie également, en son nom, des messages de félicitations adressés à des dirigeants étrangers, notamment à Emmanuel Macron le 14 juillet.

La controverse s’intensifie également en raison de la vacance persistante du poste de vice-président de la République, rétabli par un amendement constitutionnel adopté en avril dernier afin d’assurer la continuité du pouvoir en cas de décès du président ou d’incapacité à exercer ses fonctions.

Bien que plus de trois mois se soient écoulés depuis la modification de la Constitution, Paul Biya n’a nommé aucune personnalité à ce poste, ce qui soulève des interrogations quant au mécanisme de transition du pouvoir en cas de vacance soudaine de la présidence.

Dans ce contexte, des figures de l’opposition ont appelé le Conseil constitutionnel à intervenir afin de constater les vacances de la présidence.

Elles estiment que l’absence prolongée du président a créé un « vide institutionnel », tandis que le parti au pouvoir affirme que le président continue d’exercer ses fonctions depuis l’étranger, soulignant que la Constitution ne fixe aucune durée maximale de séjour du chef de l’État hors du pays.

Un précédent en 2024

La situation actuelle rappelle un épisode similaire survenu en 2024, lorsque Paul Biya avait été absent pendant 49 jours. Des rumeurs sur son décès avaient alors circulé, avant qu’il ne rentre finalement au pays.

À l’époque, le gouvernement avait interdit aux médias de diffuser des informations concernant son état de santé, considérant qu’il s’agissait d’une question relevant de la sécurité nationale.

Paul Biya a été réélu le 12 octobre dernier avec 53,66 % des suffrages, selon le Conseil constitutionnel, avant de prêter serment le 6 novembre pour un huitième mandat d’une durée de sept ans.

 

 

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