Politique

Sécurité, nucléaire, puis négociations : Washington trace pour Téhéran la voie du retour à la table


L’administration américaine envisage de fixer des conditions préalables, sécuritaires et nucléaires, à la reprise des négociations avec l’Iran. Celles-ci comprendraient l’arrêt des attaques contre les intérêts américains et la navigation régionale, ainsi que des engagements vérifiables concernant les matières nucléaires hautement enrichies.

Sur fond de désaccords concernant l’ordre des mesures réciproques, Washington exige de Téhéran des actions concrètes avant tout assouplissement des restrictions économiques et militaires qui lui sont imposées.

Ces démarches font suite à une initiative du vice-président américain J. D. Vance visant à prendre contact avec le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Mohsen Rezaï, avec l’accord du président Donald Trump. L’objectif est d’explorer la possibilité de reprendre les discussions après l’échec des précédentes ententes. Téhéran maintient, pour sa part, ses exigences : la levée du blocus maritime, l’autorisation de reprendre ses exportations pétrolières et le déblocage de ses avoirs gelés.

Une source américaine au fait des consultations sur l’Iran au sein du Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche a indiqué que les discussions internes portent actuellement sur la formulation d’engagements préliminaires précis. Washington pourrait demander à Téhéran de les mettre en œuvre avant l’ouverture de négociations globales. Ils comprendraient l’arrêt des menaces contre les installations et les forces américaines, ainsi que l’engagement de ne pas attaquer les navires marchands et les infrastructures civiles des pays de la région.

Selon cette source, le dispositif à l’étude prévoit d’obtenir un engagement iranien explicite à mettre fin aux activités militaires menaçant la navigation dans le détroit d’Ormuz, ainsi que des garanties concernant les groupes armés liés à Téhéran. Les discussions portent également sur les moyens de documenter d’éventuelles violations et sur les mesures à prendre en cas de non-respect de l’entente.

L’administration américaine envisage de distinguer les engagements immédiatement applicables des questions nécessitant des négociations détaillées. La preuve du respect des ententes par les institutions militaires et sécuritaires iraniennes constituerait un élément central de l’évaluation de toute réponse reçue à Washington.

Des exigences sécuritaires et nucléaires précises

Ces discussions interviennent alors que les inspections nucléaires restent dans l’impasse. Mardi, devant le Conseil de sécurité, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a affirmé que les inspecteurs n’étaient pas en mesure de vérifier ce qu’étaient devenus quelque 440 kilogrammes d’uranium hautement enrichi, l’Iran refusant de fournir les informations et l’accès nécessaires à ses installations.

Selon la source américaine, les propositions examinées au sein de l’administration prévoient de demander à Téhéran des données actualisées sur les lieux de stockage et l’état des matières nucléaires. L’Iran serait également invité à accepter des dispositions techniques préliminaires avec l’AIEA, permettant de vérifier les registres et les stocks avant d’aborder un accord à long terme sur l’enrichissement.

Washington étudie une séquence commençant par des engagements sécuritaires réciproques, suivis de mesures de vérification nucléaire, puis de la reprise des négociations officielles. Les discussions se poursuivent également sur un mécanisme garantissant la transmission des informations iraniennes aux autorités américaines compétentes par des canaux fiables.

Le 6 octobre, Vance avait souligné la nécessité d’une réduction tangible des capacités iraniennes d’enrichissement de l’uranium dans tout accord mettant fin à la guerre. Il avait insisté sur l’importance de mesures concrètes pour répondre aux préoccupations américaines concernant le programme nucléaire iranien.

La source précise que les discussions actuelles envisagent de réserver aux négociations globales les détails relatifs aux futurs niveaux d’enrichissement et au sort des centrifugeuses. Téhéran devrait toutefois, en amont, rétablir sa coopération avec l’AIEA et fournir les informations nécessaires pour combler les lacunes actuelles du contrôle.

Le désaccord sur les garanties

L’Iran exige, de son côté, des mesures économiques américaines avant de consentir à d’importantes concessions nucléaires. Il demande notamment la fin du blocus de ses ports et un assouplissement des restrictions sur ses exportations pétrolières. Les récents échanges régionaux ont confirmé la persistance des désaccords sur les garanties et l’ordre de mise en œuvre des engagements.

Selon la source américaine, les options à l’étude comprennent des mesures américaines limitées et progressives, qui pourraient être conditionnées à l’exécution d’engagements iraniens précis. Les décisions concernant les principales sanctions resteraient subordonnées aux résultats des négociations et à la vérification de l’application des accords.

Les scénarios envisagés incluent la facilitation de transactions humanitaires supplémentaires et la définition de dispositions particulières pour la circulation de certains navires marchands, dans le cadre d’une entente sécuritaire susceptible d’être réexaminée. Toute mesure économique plus large serait conditionnée au maintien de l’arrêt des attaques et à la vérification des actions iraniennes.

Concernant la conduite des échanges, la source indique que le bureau du vice-président demeure l’une des instances envisagées pour coordonner la prochaine phase politique, en coopération avec le Conseil de sécurité nationale et le département d’État. Des équipes techniques et sécuritaires pourraient, quant à elles, préparer les modalités de vérification et les engagements militaires.

Ces arrangements éventuels s’inscrivent dans un contexte de menaces réciproques persistantes entre Washington et Téhéran. Les États-Unis ont averti qu’ils pourraient reprendre les opérations militaires après les élections de mi-mandat prévues le 3 novembre. Les pressions sur l’Iran se poursuivent également en raison des entraves à la navigation et de son refus de rétablir pleinement les inspections nucléaires.

Selon la source, l’ouverture d’une nouvelle phase de négociation dépendra de la nature de la réponse iranienne et de la volonté de Téhéran de prendre des engagements dont l’exécution puisse être vérifiée. L’administration américaine conserve ses options militaires et économiques tout en examinant la prochaine étape diplomatique.

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