Golfe Persique

Remise des armes des factions : l’Irak à un tournant décisif avant l’échéance de septembre


Le dossier de la limitation des armes aux seules mains de l’État est entré dans une nouvelle phase après que le gouvernement irakien a fixé une échéance définitive au 30 septembre prochain pour la remise des armes détenues par les factions armées. Cette date coïncide avec la fin de la mission de la coalition internationale en Irak.

Les autorités ont confirmé que toute arme demeurant en dehors de l’autorité de l’État après cette date sera considérée comme une « arme illégale » et que des mesures juridiques seront prises à l’encontre des parties refusant de s’y conformer.

Ce dossier est considéré comme l’un des plus complexes sur les plans sécuritaire et politique depuis 2003. Il touche aux équilibres internes, à la nature des relations entre l’État et les factions armées, ainsi qu’aux évolutions régionales et internationales, notamment le retrait annoncé des forces de la coalition internationale et la prochaine visite du Premier ministre irakien Ali Al-Zaidi à Washington, prévue à la mi-juillet.

Ali Al-Zaidi a affirmé que le gouvernement poursuivait son projet visant à réserver le port des armes à l’État, déclarant : « Il n’existe aucune force en dehors de celle de l’État. Nous appliquerons la force de la loi afin de faire respecter ce principe, et aucune arme ne devra exister en dehors de celles de l’État. »

Il a ajouté que le gouvernement avait déjà reçu diverses quantités d’armes appartenant aux « Saraya Al-Salam », à « Asaïb Ahl Al-Haq » et aux « Brigades de l’Imam Ali ». Il a précisé que l’étape la plus importante ne consistait pas uniquement à transférer les armes, mais également à dissocier les structures organisationnelles des factions de leurs combattants, puis à les intégrer au sein des institutions sécuritaires et militaires de l’État.

Ces messages ont été renforcés par les déclarations du porte-parole du gouvernement, Haïdar Al-Aboudi, qui a annoncé que toutes les factions avaient été officiellement informées que le 30 septembre constituerait la date limite pour remettre leurs armes, en parallèle avec la fin de la mission de la coalition internationale en Irak.

Al-Aboudi a expliqué que toute arme restant en dehors du cadre étatique après cette échéance serait considérée comme illégale. Il a également affirmé que le gouvernement traiterait les parties récalcitrantes conformément aux dispositions de la loi, tout en niant tout lien entre les mesures de lutte contre la corruption, la mise en œuvre du programme gouvernemental et la visite du Premier ministre aux États-Unis.

Des factions coopératives et d’autres toujours réservées

Les indicateurs actuels révèlent une nette division au sein des factions armées concernant le projet de centralisation des armes. Plusieurs groupes ont annoncé leur acceptation des procédures de remise ou ont affiché une certaine souplesse vis-à-vis du projet gouvernemental. Parmi eux figurent les « Saraya Al-Salam », affiliées au courant sadriste, qui ont déjà commencé à remettre leurs armes et leurs quartiers généraux au commandement des opérations de Samarra.

Les « Asaïb Ahl Al-Haq », dirigées par Qaïs Al-Khazali, ont également engagé des mesures organisationnelles comprenant la création de commissions chargées de dissocier leurs formations armées des institutions des Forces de mobilisation populaire, en vue d’intégrer leurs combattants dans les structures officielles.

Les « Brigades de l’Imam Ali », dirigées par Chibl Al-Zaidi, ont annoncé leur volonté de transférer leurs armes et de placer leurs combattants sous le commandement du commandant en chef des forces armées. L’Organisation Badr, les « Brigades Sayyed Al-Chouhada », « Ansar Allah Al-Awfiya » ainsi que le « Mouvement Al-Abdal » ont, eux aussi, fait preuve d’ouverture au dialogue avec le gouvernement, traduisant ainsi une volonté de plusieurs factions d’accompagner progressivement le projet de l’État.

Les factions opposées

À l’inverse, d’autres factions continuent de rejeter toute remise de leurs armes, estimant que leur maintien est lié à la persistance des menaces extérieures ou à la présence militaire étrangère. Parmi elles figurent les « Brigades du Hezbollah irakien », le « Mouvement Al-Nujaba », les « Saraya Awliya Al-Dam », « Ashab Al-Kahf » et les « Brigades de Karbala », toutes considérées comme étroitement liées au Corps des Gardiens de la révolution islamique.

Les observateurs estiment que cette divergence rendra la prochaine étape particulièrement délicate, le gouvernement devant passer d’une phase de dialogue et de persuasion à une phase d’exécution, ce qui entraînera simultanément des défis politiques et sécuritaires.

La présence américaine : principal argument des factions opposées

Plusieurs acteurs politiques établissent un lien entre la position de certaines factions sur la remise des armes et l’avenir de la présence militaire américaine en Irak.

Le député du Cadre de coordination et dirigeant de l’Organisation Badr, Chaker Mahmoud Al-Tamimi, affirme que certaines factions, notamment le Mouvement Al-Nujaba et les Brigades du Hezbollah, considèrent que leur maintien sous les armes dépend directement de la présence américaine, estimant que le départ de cette dernière modifierait profondément la situation.

Al-Tamimi affirme soutenir toute initiative renforçant la souveraineté de l’État irakien, tout en rejetant toute forme de tutelle ou d’ingérence étrangère dans les décisions politiques, économiques ou sécuritaires de l’Irak, qu’elle provienne des États-Unis ou de tout autre pays.

Il ajoute que les missions diplomatiques doivent se limiter à leurs fonctions diplomatiques et à l’organisation des relations entre États, sans devenir des centres d’influence sur les décisions irakiennes ni exercer des rôles sécuritaires ou militaires. Il insiste également sur le fait que le gouvernement doit organiser les relations avec les forces étrangères tout en préservant la souveraineté et l’indépendance des décisions nationales.

Selon lui, le traitement de la question des armes doit s’inscrire dans une vision globale renforçant l’autorité de l’État tout en préservant l’indépendance des décisions irakiennes face aux pressions régionales et internationales. Il rejette toute condition imposée au gouvernement par des acteurs extérieurs, quelle qu’en soit l’origine, affirmant que l’intérêt national doit demeurer le principe fondamental de toute décision liée à la sécurité et à la souveraineté.

Un défi qui dépasse la simple collecte des armes

L’expert en sécurité et en stratégie Amir Al-Saadi estime que le gouvernement ne fait pas uniquement face à une opération de récupération des armes, mais à l’un des dossiers les plus complexes de l’histoire contemporaine de l’Irak, compte tenu des ramifications politiques et sociales de certaines factions armées.

Al-Saadi souligne que l’imposition de la souveraineté de l’État pourrait, à terme, nécessiter le recours à la force légale, voire à la force coercitive, si toutes les solutions politiques venaient à être épuisées. Toutefois, ce processus ne sera ni rapide ni simple et pourrait durer plusieurs mois, voire l’ensemble du mandat gouvernemental, en raison de la complexité de la situation et des intérêts politiques enchevêtrés.

Il indique que le Premier ministre bénéficie actuellement d’un soutien politique interne des forces composant la coalition de Gestion de l’État, ainsi que d’un appui régional et international offrant au gouvernement une marge de manœuvre plus importante. Toutefois, selon lui, ce soutien ne suffira pas à garantir le succès du projet sans mécanismes réalistes de mise en œuvre.

Il ajoute que le gouvernement a privilégié, dès le départ, le dialogue avec les factions, par l’intermédiaire de canaux politiques et diplomatiques, afin de les convaincre que l’ère des armes en dehors des institutions de l’État devait prendre fin. Cette approche s’est traduite par les nombreuses rencontres organisées ces dernières semaines par le Premier ministre, ainsi que par la notification officielle adressée à toutes les factions.

Al-Saadi souligne cependant qu’il existe une différence importante entre les déclarations d’intention des factions et leur application effective. Selon lui, le véritable test commencera à l’approche de l’expiration du délai fixé, lorsque les engagements devront être concrètement mis en œuvre.

Il estime que le gouvernement est conscient de la sensibilité de toute confrontation directe avec les factions. C’est pourquoi il cherchera à épuiser toutes les voies juridiques et politiques avant d’envisager des mesures plus strictes. L’objectif final n’est pas la confrontation, mais bien l’instauration du monopole de l’État sur l’usage de la force conformément à la Constitution et à la loi.

Selon lui, le succès du gouvernement ne sera pas mesuré uniquement au nombre d’armes remises, mais surtout à sa capacité à mettre fin à la dualité entre les institutions officielles et les formations armées, en consacrant le principe selon lequel toutes les forces armées doivent exclusivement opérer au sein des institutions de l’État.

Pourquoi le 30 septembre ?

Le politologue Ahmed Abdel Hadi Al-Saïdi estime que le choix du 30 septembre revêt plusieurs significations politiques et sécuritaires, puisqu’il coïncide avec la fin de la mission de la coalition internationale en Irak, supprimant ainsi l’un des principaux arguments invoqués par certaines factions pour conserver leurs armes.

Il affirme que « la détermination du gouvernement d’Al-Zaidi à appliquer le principe du monopole des armes par l’État permettra au gouvernement de démontrer sa capacité à mettre en œuvre l’un des engagements majeurs de son programme, à savoir le rétablissement du monopole étatique de la force armée ».

Interrogé sur le lien entre cette échéance et la prochaine visite d’Al-Zaidi à Washington, il explique que « l’envoyé américain Tom Barrack a rappelé, lors de sa rencontre avec Al-Zaidi, que les armes devaient être exclusivement détenues par l’État et que les États-Unis cesseraient leur coopération, notamment les transferts de dollars vers le gouvernement de Bagdad, si ce principe n’était pas appliqué ».

Il souligne également que « la coïncidence de cette échéance avec la visite du Premier ministre à Washington confère au dossier une dimension supplémentaire, les questions de souveraineté, de sécurité et de coopération militaire devant figurer au cœur des discussions irako-américaines, tandis que Bagdad insiste sur le fait que cette décision relève exclusivement de la souveraineté nationale et non de pressions extérieures ».

Les scénarios après l’échéance

Selon Al-Saïdi, trois principaux scénarios sont envisageables à l’approche de la date limite.

Le premier prévoit que la majorité des factions respecte le délai fixé, permettant ainsi au gouvernement de clore progressivement le dossier sans affrontement.

Le deuxième repose sur la poursuite du dialogue avec certaines factions susceptibles de demander des dispositions complémentaires pour organiser la remise de leurs armes. Cela pourrait conduire à l’octroi de délais techniques dans le cadre juridique existant, sans annoncer officiellement une prolongation de l’échéance.

Le troisième scénario prévoit que certaines factions refusent d’obéir aux décisions de l’État, ce qui conduirait le gouvernement à appliquer les mesures légales annoncées, notamment en considérant toute arme détenue hors du cadre étatique comme illégale et en prenant toutes les mesures nécessaires pour assurer l’application de la loi.

Le prestige de l’État commence par le monopole des armes

Le chercheur au Centre de Bagdad pour les études stratégiques, Salim Hassan Al-Jawahiri, estime que le dossier de la centralisation des armes constitue l’un des plus grands défis auxquels est confronté le gouvernement d’Al-Zaidi, puisqu’il concerne non seulement la sécurité, mais également la capacité de l’État à restaurer son autorité et à faire respecter l’État de droit.

Al-Jawahiri souligne que le gouvernement a placé deux priorités parallèles au sommet de son agenda : la récupération des fonds publics et la lutte contre la corruption d’une part, ainsi que la limitation des armes aux seules mains de l’État et la protection des institutions officielles d’autre part. Selon lui, le succès de ces deux axes constitue la condition essentielle à la création d’un environnement stable et attractif pour les investissements.

Il ajoute que la réussite du gouvernement dans l’élimination des armes détenues en dehors du cadre étatique renforcera considérablement la confiance des investisseurs et l’autorité des institutions. Ce dossier prend une importance particulière dans le contexte des initiatives diplomatiques menées par Al-Zaidi, notamment avant sa visite à Washington, où il cherchera à présenter l’Irak comme un État capable de faire respecter la loi tout en maintenant une politique d’équilibre dans ses relations avec les États-Unis, l’Iran et les pays voisins, conformément au principe de l’intérêt national.

Il conclut que le véritable test pour le gouvernement ne résidera pas dans les déclarations ou les slogans, mais dans sa capacité à transformer le projet de monopole des armes en une réalité concrète consolidant l’exclusivité de l’État dans l’usage de la force, tout en poursuivant les efforts de lutte contre la corruption et de réforme des institutions publiques, afin de renforcer la stabilité politique, économique et la confiance des citoyens envers l’action gouvernementale.

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