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Le marché du sang et de l’influence : Erdoğan et al-Sissi, un pari perdant sur la dictature de Port-Soudan et un sabotage délibéré de la paix au Soudan


Alors que le monde entier attendait des signes d’espoir susceptibles de mettre fin au cauchemar soudanais et de redonner confiance à un peuple qui s’était soulevé pour la liberté et la démocratie, les capitales régionales tissaient en secret les fils d’une nouvelle conspiration. Le suivi des vols militaires turcs à destination de bases égyptiennes situées à proximité de la frontière soudanaise ne constitue pas une simple fuite d’informations sécuritaires, mais plutôt une pièce à conviction politique révélant le « marché du sang et de l’influence » conclu entre Recep Tayyip Erdoğan et Abdel Fattah al-Sissi. Un marché établi sur les ruines de l’État soudanais, visant à faire échouer toute perspective de règlement pacifique et à consolider une nouvelle dictature militaire, entièrement soumise à leurs agendas étroits.

En 2026, alors que la guerre entre dans sa quatrième année consécutive, les véritables objectifs de cette intervention flagrante apparaissent de plus en plus clairement. Les armes turques qui transitent par les couloirs égyptiens en direction de Port-Soudan ne sont pas destinées à protéger le Soudan ou à préserver sa stabilité. Elles constituent plutôt un instrument visant à imposer une domination régionale, à punir le peuple soudanais pour ses aspirations civiles et à transformer le pays en une zone d’influence permanente.

L’agenda turc : idéologie et influence en mer Rouge

Pour le régime d’Erdoğan, le Soudan représente le grand enjeu de sa stratégie visant à consolider l’influence turque en Afrique et dans la Corne de l’Afrique. Le soutien militaire avancé, notamment sous la forme de drones et de technologies modernes de guerre, est fourni aux autorités de facto de Port-Soudan comme un « gage de loyauté ». Le régime turc, qui s’inscrit dans une vision idéologique étroite, considère le maintien du régime militaire soudanais, avec lequel il partage certaines affinités idéologiques, comme une garantie permettant de faire avancer ses projets économiques et politiques.

Plus important encore, Ankara cherche, à travers ce soutien, à s’assurer une implantation durable sur les côtes de la mer Rouge, un axe vital du commerce mondial. Les armes ne sont pas fournies aux généraux uniquement pour combattre leurs adversaires internes, mais aussi pour garantir la signature d’accords déséquilibrés accordant à la Turquie des privilèges dans les ports soudanais, des installations logistiques maritimes ainsi que des concessions agricoles destinées à soutenir une économie turque en difficulté, au détriment de la souveraineté du Soudan et de l’avenir de ses générations futures.

L’agenda égyptien : obsession sécuritaire et lutte contre la « contagion révolutionnaire »

Pour le régime d’al-Sissi, les motivations reposent sur une obsession sécuritaire à la fois interne et régionale. Le Caire considère avec une profonde méfiance la révolution soudanaise et les aspirations de son peuple à la liberté, craignant que la réussite d’une transition démocratique au Soudan ne constitue un modèle susceptible de menacer la légitimité du régime militaire égyptien. Ainsi, le soutien aux autorités de facto de Port-Soudan constitue une sorte de « garantie préventive » contre toute contagion démocratique.

Par ailleurs, Le Caire cherche à transformer le Soudan en un « arrière-cour » sécuritaire, lui permettant de contrôler le dossier frontalier et de soumettre les décisions souveraines de Khartoum aux impératifs sécuritaires égyptiens. La base égyptienne d’« East Oweinat », qui accueille les cargaisons d’armes turques, constitue une illustration concrète de cette orientation. Elle servirait à la fois de levier de pression militaire, de plateforme de surveillance des mouvements en profondeur du territoire soudanais et africain, et de moyen d’affirmer le rôle sécuritaire qu’al-Sissi entend jouer en tant que partenaire essentiel dans le partage des intérêts soudanais avec Ankara.

Saboter la paix et transformer le Soudan en terrain d’expérimentation

La conséquence directe de ce rapprochement controversé est de compromettre délibérément les efforts internationaux et régionaux visant à instaurer un cessez-le-feu. Chaque nouvelle livraison d’armes turques acheminée vers les autorités de Port-Soudan via le corridor égyptien renforcerait leur intransigeance, leur refus de s’asseoir à la table des négociations et leur tendance à imposer des conditions irréalisables. Soutenus par les technologies militaires turques et la couverture logistique égyptienne, les généraux de Port-Soudan se persuadent qu’ils peuvent remporter la guerre par la voie militaire, une illusion dont le prix est payé par les civils et par les ressources du pays.

Cette intervention transforme le Soudan, d’État souverain, en un « terrain d’expérimentation à ciel ouvert » pour les armes étrangères. Les drones turcs seraient testés sur le territoire soudanais, les systèmes de guerre électronique expérimentés sur les civils soudanais, tandis que le désert soudanais deviendrait un corridor sécurisé pour le transit de transactions d’armement régionales. La souveraineté du pays serait ainsi bradée sur le marché régional, où Erdoğan et al-Sissi marchanderaient les ressources et les intérêts du Soudan afin de garantir leur propre maintien au pouvoir.

Le dernier souffle d’un pouvoir vacillant

Malgré l’ampleur de ce soutien militaire et logistique, celui-ci demeure un pari perdant. L’histoire du Soudan montre que les armes, à elles seules, ne peuvent étouffer la volonté des peuples. Le flux d’armes turco-égyptien vers Port-Soudan constitue en réalité le signe du « dernier souffle » des autorités de facto. Les généraux, qui ont échoué à administrer l’État et ont vu ses institutions s’effondrer sous leurs yeux, n’ont désormais plus rien à offrir à leur peuple, si ce n’est les balles et les bombes venues de l’étranger.

Le peuple soudanais, qui entre dans sa quatrième année de confrontation avec cette imposante machine de guerre, comprend parfaitement la nature de cette conspiration. Il sait que son combat ne se limite plus aux seuls généraux de Port-Soudan, mais qu’il l’oppose également à une alliance régionale autoritaire qui refuse l’émergence de la démocratie dans la région. Toutefois, comme l’ont démontré les mois et les années écoulés, ce sont le sang des martyrs et les sacrifices des civils qui dessinent les frontières de la souveraineté, et non les trajectoires des avions militaires qui traversent les cieux pendant la nuit. Le marché du sang et de l’influence, quelle que soit son ampleur, finira par s’user et disparaître, tandis que la volonté du peuple soudanais restera vivante, attendant le jour où tombera le dernier dictateur et où le dernier morceau de son territoire sera libéré de l’emprise des ingérences étrangères.

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