Politique

L’ancienne rivalité et la dernière opportunité : le différend avec Trump rapproche Macron et Meloni


À Antibes, où les vagues de la Riviera française rencontrent les intérêts européens, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni cherchent à tourner la page de leurs différends.

Le président Emmanuel Macron et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni doivent se rencontrer ce jeudi à Antibes, sur la Côte d’Azur, à l’occasion de leur premier sommet bilatéral, qui pourrait également être le dernier sous cette forme.

À ce sujet, le journal Politico estime que Meloni et Macron se retrouveront enfin en phase sur le plan politique, prêts à signer un ensemble d’accords couvrant des domaines allant de l’énergie nucléaire à l’espace.

De la rivalité au rapprochement

Depuis l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir, ses relations avec Emmanuel Macron ont été marquées par des tensions. Les désaccords entre les deux dirigeants remontent même à une période antérieure à sa nomination à la tête du gouvernement italien.

Jusqu’en janvier dernier, Rome privilégiait ses relations bilatérales avec l’Allemagne, reléguant la France au second plan. Meloni et le chancelier allemand Friedrich Merz cherchaient alors à se présenter comme un pont européen vers l’administration du président américain Donald Trump, selon le journal.

Ce rapprochement cordial entre l’Italie et l’Allemagne s’était illustré dans la somptueuse Villa Doria Pamphilj à Rome, dans un contexte de frustration face à l’opposition française à l’accord commercial historique du Mercosur avec l’Amérique du Sud, que Merz et Meloni considéraient comme essentiel pour renforcer la compétitivité de l’industrie européenne.

La situation a changé

Cependant, cette dynamique a aujourd’hui profondément évolué depuis l’attaque menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Giorgia Meloni a alors adopté une attitude plus ferme à l’égard de Donald Trump, et leurs relations ont dégénéré en un différend particulièrement vif et personnel la semaine dernière.

Par conséquent, la cheffe du gouvernement italien s’est progressivement rapprochée de la vision européenne défendue par Emmanuel Macron, affichant une plus grande volonté de maintenir une certaine distance politique vis-à-vis de Washington.

Lors du sommet très attendu d’Antibes, une vingtaine de ministres italiens et français, accompagnés de grands chefs d’entreprise, célébreront la signature d’environ douze accords bilatéraux transalpins.

Selon le bureau du président Macron, ces accords comprennent :

  • Le renforcement de la coopération en matière de défense et de sécurité entre les deux pays.
  • La création d’un système franco-italien commun de défense aérienne.
  • Le lancement d’un projet spatial conjoint impliquant Airbus, Leonardo et Thales.
  • La coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire civile, avec un accent particulier sur l’utilisation des petits réacteurs nucléaires français.
  • Le développement de la production de missiles intercepteurs Aster.
  • L’adoption d’une feuille de route de défense couvrant la période 2025-2031.
  • L’élaboration d’une stratégie commune visant à renforcer la sécurité en Méditerranée.

D’autres accords renforceront également la protection des produits alimentaires régionaux issus des deux grandes nations européennes de la gastronomie, tout en soutenant les infrastructures franco-italiennes, notamment la controversée ligne ferroviaire Lyon-Turin à travers les Alpes.

Ils favoriseront aussi la coopération en matière de protection des espaces maritimes et du patrimoine culturel, ainsi que le renforcement des liens entre les fédérations de la mode des deux pays.

Malgré une rivalité économique historique, les relations économiques entre la France et l’Italie n’ont cessé de se développer. En 2025, les échanges commerciaux franco-italiens ont atteint environ 112 milliards d’euros, soit une hausse de 6 % par rapport à l’année précédente.

En 2024, le stock d’investissements directs étrangers français en Italie a atteint 100 milliards d’euros, un niveau supérieur à celui de tout autre pays investisseur.

Un responsable du palais de l’Élysée a déclaré aux journalistes que l’objectif était de « revenir aux fondamentaux de la relation franco-italienne ». Il a également salué la solidité des liens économiques entre Paris et Rome.

Une opportunité de rapprochement

Pendant des années, les relations entre Macron et Meloni ont été marquées par des tensions et de profonds désaccords sur plusieurs dossiers, notamment l’immigration, le droit à l’avortement et la mort d’un militant d’extrême droite plus tôt cette année.

Un ancien haut responsable français, en fonction à l’époque, a déclaré à Politico : « Peu après l’élection de Meloni en 2022, Macron a tenté de construire des ponts avec la dirigeante italienne, mais celle-ci n’a manifesté que peu d’intérêt. »

Il a ajouté : « Le récent différend entre Meloni et Trump offre désormais aux dirigeants français et italien une véritable occasion de se rapprocher. »

Des divergences persistantes malgré le rapprochement

Malgré l’amélioration notable des relations entre Paris et Rome, des divergences subsistent sur plusieurs questions, notamment les centres d’accueil pour migrants situés hors de l’Union européenne et les restrictions visant l’utilisation des réseaux sociaux par les enfants.

Néanmoins, des responsables et parlementaires des deux pays estiment que le contexte international actuel, marqué par d’importants défis sécuritaires, économiques et géopolitiques, impose à la France et à l’Italie de rechercher des terrains d’entente et de renforcer leur coordination.

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