Moyen-Orient

L’affaire des explosifs du Hezbollah place le Liban au bord de la confrontation


Les délibérations gouvernementales révèlent des divisions politiques sur la prochaine étape : certaines forces réclament la saisine du Conseil de justice, tandis que d’autres privilégient la prudence, de crainte de déclencher une confrontation intérieure.

Le Conseil des ministres libanais a décidé de poursuivre l’examen du renvoi devant le Conseil de justice de l’affaire de la cargaison d’explosifs dont le Hezbollah a reconnu être propriétaire, sans trancher la question. Cette décision traduit l’intensification du bras de fer politique et juridique autour du monopole de l’État sur les armes. Elle soumet également les relations du parti avec les institutions du pouvoir à une nouvelle épreuve, alors que la confrontation avec Israël se poursuit et que la mise en œuvre des arrangements concernant la sécurité et le déploiement militaire dans le Sud reste dans l’impasse.

À l’issue de la réunion du Conseil des ministres, présidée par le président Joseph Aoun au palais de Baabda, le ministre de l’Information, Paul Morcos, a déclaré que le gouvernement jugeait l’affaire grave en raison de la menace qu’elle représente pour la sécurité du pays et des citoyens. Il a souligné la nécessité de poursuivre l’enquête sans autre restriction ni limite que la loi. Il a ajouté que le Conseil avait décidé de continuer à examiner la demande du ministère de la Justice de déférer l’affaire au Conseil de justice, en fonction de l’avancement de l’enquête.

Cette procédure revêt une importance particulière : la saisine du Conseil de justice reviendrait à confier l’affaire à une juridiction d’exception chargée des crimes les plus graves portant atteinte à la sûreté de l’État et à la paix civile. L’absence de décision définitive indique toutefois que le gouvernement cherche un équilibre entre sa volonté de traiter avec fermeté la question des armes détenues en dehors des institutions officielles et les complications politiques et sécuritaires qu’un renvoi devant cette juridiction pourrait entraîner.

Début octobre, les forces de sécurité avaient intercepté un camion transportant d’importantes quantités d’explosifs. Le Hezbollah a reconnu que la cargaison lui appartenait, affirmant qu’elle était destinée à combattre les forces israéliennes dans le sud du Liban. Il a réclamé la restitution des explosifs et la libération des personnes arrêtées dans cette affaire. Cette position le place en opposition directe avec la volonté du gouvernement d’imposer son autorité sur la détention, le transport et l’utilisation des armes.

L’affaire s’inscrit dans le prolongement de la décision gouvernementale du 5 août 2025 visant à réserver à l’État la détention des armes, y compris celles constituant l’arsenal du Hezbollah, ainsi que l’exercice des activités militaires et sécuritaires du parti. Elle rejoint également la position du Premier ministre Nawaf Salam, qui a insisté sur la nécessité d’élargir l’enquête et d’arrêter les personnes impliquées dans la détention et le transport d’armes en dehors du cadre légal. Il a réaffirmé que les décisions de guerre et de paix devaient relever exclusivement de l’État et de ses institutions constitutionnelles.

Les délibérations gouvernementales révèlent des divisions politiques sur la suite à donner. Certaines forces soutiennent le renvoi de l’affaire devant le Conseil de justice, tandis que d’autres préfèrent temporiser, de crainte de provoquer une confrontation intérieure. Selon des informations de la presse libanaise, le président du Parlement, Nabih Berri, a conseillé de reporter cette saisine jusqu’à l’achèvement des investigations. D’autres formations, dont les Forces libanaises et les Kataëb, ont exprimé leur soutien à la procédure judiciaire proposée.

Le Hezbollah devrait continuer à s’opposer à ce renvoi, en faisant valoir que la cargaison est liée à la confrontation avec Israël et que la saisine du Conseil de justice constitue une offensive politique dépassant l’enquête sur les circonstances du transport des explosifs. Le parti pourrait durcir son discours médiatique et politique, par l’intermédiaire de ses députés et de ses alliés, et exercer des pressions pour empêcher une décision gouvernementale qu’il considérerait comme un précédent dans le traitement de son arsenal. Une montée des tensions dans la rue ne peut être exclue, notamment après les mises en garde de députés qui lui sont proches sur les conséquences de la procédure actuelle. Cela ne signifie toutefois pas qu’une confrontation ouverte soit devenue inévitable.

La portée de cette affaire dépasse le sort de la cargaison et des personnes détenues. Elle touche au cœur du désaccord sur l’autorité habilitée à décider des questions de sécurité et de guerre au Liban. Le gouvernement cherche à consacrer le principe selon lequel la détention, le transport et l’utilisation des armes relèvent de l’autorité des institutions officielles. Le Hezbollah, lui, défend la légitimité de son armement face à Israël et subordonne son abandon à la fin de l’occupation et des attaques israéliennes.

La poursuite des attaques israéliennes et l’occupation de territoires libanais rendent ce différend encore plus sensible. Elles fournissent au parti des arguments pour justifier le maintien de ses capacités militaires, sans pour autant établir la légalité du transport des explosifs ni soustraire ses responsables à l’enquête. Entre les impératifs de sécurité nationale et les risques de division intérieure, la décision définitive du gouvernement montrera dans quelle mesure il peut faire respecter la loi sans transformer l’affaire en une confrontation politique plus large.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page