Sans réponse du Pentagone ni de SpaceX, Kyiv dans le flou face aux restrictions de Starlink
L’Ukraine attend toujours des éclaircissements du département américain de la Défense et de SpaceX concernant les restrictions imposées aux communications satellitaires dont son armée dépend pour contrer les attaques russes. Dans le même temps, les pressions s’intensifient au Congrès américain pour qu’une enquête établisse les circonstances de cette décision et ses conséquences sur les défenses ukrainiennes.
Denys Sienik, chargé d’affaires ukrainien aux États-Unis, a déclaré le 21 octobre à Radio Free Europe/Radio Liberty que les restrictions de vitesse n’avaient pas été levées et que Kyiv n’avait reçu aucune réponse du Pentagone ni de SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk.
La controverse entourant les systèmes Starlink et Starshield soulève plusieurs questions : qui a autorisé ces restrictions, l’administration du président américain Donald Trump en avait-elle connaissance au préalable et dans quelle mesure affectent-elles la capacité de l’Ukraine à repousser les attaques russes ?
Le 21 octobre, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a démenti que Trump ou un quelconque responsable gouvernemental ait demandé des modifications des deux systèmes. Il a précisé que Starlink était un service commercial d’accès à Internet par satellite pouvant servir au guidage de drones, tandis que Starshield constituait un produit de défense spécialisé fourni par l’entreprise aux utilisateurs gouvernementaux par l’intermédiaire du département américain de la Défense.
Des restrictions qui menacent les défenses ukrainiennes
Selon plusieurs informations, les perturbations touchant Starshield, la version militaire des services de SpaceX, ont accru la vulnérabilité de l’Ukraine depuis leur signalement les 13 et 14 octobre. L’armée ukrainienne dépend largement de cette technologie pour faire face aux frappes aériennes russes.
Dan Rice, ancien conseiller spécial du commandant en chef des forces armées ukrainiennes et président de l’Université américaine de Kyiv, a expliqué que la controverse recouvrait plusieurs dossiers distincts, notamment le partage de renseignements, les restrictions de vitesse applicables aux communications satellitaires et la livraison de missiles intercepteurs Patriot.
Selon lui, Rubio faisait probablement référence au partage de renseignements lorsqu’il a affirmé que l’aide américaine se poursuivait. Rice a également évoqué un dysfonctionnement technique ayant empêché les alertes aériennes de parvenir sur les téléphones des habitants.
Il a souligné que la poursuite du partage de renseignements ne signifiait pas nécessairement que les communications satellitaires n’avaient pas été affectées.
Lors d’une visite à Kyiv du 13 au 16 octobre, une délégation du Congrès a indiqué que les restrictions de Starshield étaient en vigueur. Selon son évaluation, elles avaient contribué à mettre en danger les civils ukrainiens et le personnel américain, tout en affaiblissant les défenses aériennes.
D’après les informations rapportées, le seuil de vitesse a d’abord été fixé à environ 60 miles à l’heure, soit 97 km/h, avant d’être relevé à 100 miles à l’heure, soit 161 km/h. Ces restrictions pourraient entraîner une perte de connexion pour les appareils dépassant ces vitesses, notamment les drones russes de type Shahed, qui peuvent atteindre 280 miles à l’heure, soit environ 451 km/h, voire davantage.
Rubio dément toute intervention de l’administration américaine
S’exprimant à Mumbai le 21 octobre, Rubio a déclaré ne pas avoir lu l’article du Wall Street Journal selon lequel Musk avait ordonné de ralentir le système. Il a démenti que Trump ou un autre responsable américain ait demandé des modifications ou ait eu connaissance de la décision au préalable.
Il a ajouté que le gouvernement américain ne pouvait pas dicter à une entreprise privée la manière de gérer un service commercial, tout en soulignant que Starshield relevait de dispositions différentes puisqu’il s’agissait d’un produit de défense acquis pour un usage gouvernemental.
Ni Washington ni SpaceX n’ont toutefois apporté, à ce jour, de réponses directes aux responsables ukrainiens sur ces restrictions et leurs conséquences.
Cette controverse a coïncidé avec de nouvelles attaques russes contre Kyiv dans la nuit du 21 octobre. Selon le service ukrainien des situations d’urgence, elles ont fait un mort et au moins 22 blessés, dont quatre enfants. Les frappes ont touché des habitations, un centre de secours ambulancier et une station-service.
Des demandes d’enquête et un examen des livraisons d’aide
Les appels à une enquête se multiplient au Congrès, parmi les élus républicains comme démocrates.
Le sénateur démocrate Adam Schiff a demandé une enquête approfondie du Sénat et la convocation de Musk pour témoigner, tandis que le sénateur Ruben Gallego a réclamé des explications sur la décision.
Le sénateur Chris Coons a jugé inacceptable que Musk puisse influer sur le cours de la guerre par une décision unilatérale. La sénatrice Elizabeth Warren a, pour sa part, exprimé ses inquiétudes quant à l’influence d’un dirigeant d’entreprise privée sur la politique étrangère américaine.
Le représentant démocrate Ami Bera a également demandé que soit identifiée l’autorité ayant autorisé les restrictions et que les responsables rendent des comptes. Le représentant républicain Brian Fitzpatrick s’est joint à lui pour réclamer une enquête.
Dans une lettre datée du 21 octobre, une vingtaine de membres de la Chambre des représentants, dont sept républicains et seize démocrates, ont demandé à Trump de faire pression sur Musk pour permettre à l’Ukraine d’utiliser Starlink afin de cibler des sites de lancement de missiles russes sur le territoire russe. Ils estiment que la destruction de ces installations pourrait sauver des vies et pousser Moscou à négocier.
Les inquiétudes concernent également les retards de livraison de missiles intercepteurs Patriot, dont des alliés de l’OTAN auraient déjà réglé le coût.
Un collaborateur du Sénat a indiqué que la commission concernée avait approuvé des transferts par des pays tiers, mais n’avait pas constaté l’arrivée des missiles dans les stocks ukrainiens. Ce dossier ajoute un nouveau point de friction au débat sur le soutien militaire américain à Kyiv.
