Drones de combat : les ambitions européennes s’éloignent, l’Allemagne reporte son objectif de 2029
L’Europe accuse un retard dans le développement des drones de combat, alors que l’Allemagne a renoncé à ses projets d’achat direct du drone australien MQ-28 Ghost Bat. Ce revirement soulève des questions sur la capacité du continent à bâtir une industrie de défense indépendante, tandis que les États-Unis, l’Australie et la Turquie poursuivent le développement de leurs propres systèmes.
L’Allemagne ambitionnait de devenir le premier pays européen à disposer d’un aéronef de combat collaboratif opérationnel d’ici à 2029. Cet objectif semble désormais hors de portée.
Le ministère allemand de la Défense a officiellement informé Boeing que Berlin n’achèterait pas directement le MQ-28 Ghost Bat. Selon des estimations rapportées par Politico, son entrée en service pourrait être repoussée au début des années 2030, les essais devant commencer en 2027.
En mars dernier, lors d’une visite en Australie, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, avait déclaré que le Ghost Bat était à l’étude pour équiper l’armée de l’air allemande.
Rheinmetall s’était rapidement associé à cette démarche, estimant que l’appareil constituait une solution mature susceptible de permettre à l’armée allemande de disposer de drones de combat avancés d’ici à 2029.
Mais Berlin a renoncé à cette voie environ six mois plus tard, sans en préciser les raisons. Le ministère de la Défense a indiqué que les règles encadrant les marchés publics l’empêchaient de communiquer sur d’éventuelles acquisitions, précisant que le Parlement devait être saisi en premier.
L’Europe entre prototypes et production
Le revirement allemand est intervenu quelques jours après l’annonce par Airbus du premier vol en Europe de son U740 Valkyrie. Ce vol n’a toutefois pas démontré que le système de combat intégré était opérationnel, puisque l’intégration du système de mission MARS reste à réaliser.
L’essai s’est donc limité au vol de la plateforme développée par l’entreprise américaine Kratos, et non à celui d’un système de combat européen complet.
D’autres pays ont, en revanche, atteint des stades avancés du développement et de la production d’aéronefs de combat sans équipage.
Aux États-Unis, la production d’aéronefs de combat collaboratifs a commencé en juin. Les projets prévoient la fabrication d’au moins 150 appareils des modèles FQ-42A et FQ-44A avant 2030, avec l’objectif de maintenir le coût unitaire sous les 30 millions de dollars.
L’Australie prévoit, pour sa part, de mettre en service le drone furtif Ghost Bat en 2028, afin de devenir la première force aérienne à disposer d’un système avancé de commandement au combat de ce type.
En Turquie, le Kızılelma a effectué, en novembre 2025, un essai de tir d’un missile air-air à longue portée guidé par son propre radar. Le programme a également trouvé un client en Indonésie, qui a commandé douze appareils, dont les livraisons devraient commencer en 2028.
L’indépendance industrielle complique les choix européens
Le revirement allemand ne constitue pas nécessairement une erreur stratégique. L’achat du Ghost Bat aurait permis à Berlin d’acquérir plus rapidement ces capacités, mais aurait laissé le développement des logiciels, des données et des systèmes entre les mains de Boeing et de l’Australie.
Les gouvernements européens cherchent de plus en plus à acquérir davantage que de simples plateformes importées. Ils privilégient la participation industrielle et la maîtrise stratégique des technologies intégrées à leurs systèmes de défense.
Par ailleurs, les aéronefs de combat collaboratifs avancés n’ont pas encore fait leurs preuves au combat. Le tir effectué par le Ghost Bat a nécessité des données d’identification fournies par un Super Hornet, ainsi que la supervision d’un E-7A.
Le programme américain reste lui aussi en cours de développement : la sélection du principal fournisseur de logiciels n’était pas prévue avant l’été 2027. Un YFQ-42A s’est également écrasé après son décollage lors d’un vol d’essai en avril.
La dépendance aux technologies américaines persiste
Les solutions de remplacement étudiées en Europe révèlent la persistance de sa dépendance aux technologies américaines. L’U740 Valkyrie d’Airbus repose sur une plateforme développée par Kratos, tandis que Rheinmetall s’est associé à Anduril pour développer des versions européennes du drone Fury.
En revanche, le CA-1 de Helsing, qui représente l’une des solutions concurrentes entièrement développées en Europe, n’a pas encore volé.
L’écart se creuse entre les efforts européens pour développer des systèmes indépendants et les avancées industrielles américaines. L’usine Arsenal-1 d’Anduril, dans l’Ohio, dispose d’une capacité de production pouvant atteindre 150 appareils par an, alors que l’Europe débat encore de la propriété des logiciels et de leur maîtrise.
Le défi européen ne se limite donc pas à la date d’entrée en service des drones de combat. Il concerne aussi la capacité du continent à construire une base industrielle et technologique lui permettant de développer et de produire ces systèmes de manière indépendante.
