La ligne jaune progresse à Gaza et dessine de nouvelles cartes de déplacement
À Gaza, les déplacements forcés ne sont plus uniquement liés aux bombardements israéliens : ils se répètent désormais à chaque avancée de la « ligne jaune ».
Cette ligne, qui délimite la zone militaire israélienne à l’intérieur de la bande de Gaza, progresse, entraînant une nouvelle vague de déplacements pour des familles palestiniennes qui, à peine installées, sont de nouveau contraintes de partir.
Sur une route du quartier d’Al-Zaytoun, dans la ville de Gaza, le Palestinien Assem Dawla chargeait ses effets personnels sur une charrette, à proximité de blocs de béton jaunes placés au milieu des décombres pour délimiter la zone militaire israélienne, qui ne cesse de s’étendre.
Il a déclaré qu’il s’agissait de la septième ou huitième fois depuis le début de la guerre, en octobre 2023, que lui et sa famille étaient contraints de quitter leur abri en raison des ordres d’évacuation israéliens et de l’avancée de la « ligne jaune ».
Al-Zaytoun fait partie d’au moins cinq quartiers de Gaza où, selon les habitants, Israël a étendu ses zones de contrôle au cours des derniers jours en repoussant la « ligne jaune ». Cette ligne de déploiement avait été définie dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre sous médiation américaine.
Alors que des hommes chargeaient leurs effets personnels dans un camion qui les attendait, des personnes âgées se déplaçaient avec précaution au milieu des décombres. Dawla a expliqué que la poursuite des activités militaires israéliennes rendait leur maintien sur place trop dangereux.
« Nous quittons les lieux parce que l’occupation repousse la ligne jaune jusqu’à la rue Salah al-Din », a-t-il déclaré.
Avec le cessez-le-feu conclu en octobre dernier, le président américain Donald Trump a présenté un plan pour Gaza qui a permis de mettre largement fin aux hostilités à grande échelle, après deux années de guerre israélienne dévastatrice dans la bande de Gaza, déclenchée à la suite de l’attaque du Hamas contre le sud d’Israël.
Le plan prévoyait une augmentation de l’aide humanitaire, l’administration de Gaza par une autorité civile palestinienne, le désarmement du Hamas, le retrait des forces israéliennes de la bande de Gaza et le déploiement d’une force internationale chargée de contribuer au maintien de la sécurité. Toutefois, les progrès sur ces questions sont actuellement au point mort.
Israël contrôlait de fait environ 64 % de la bande de Gaza à la fin du mois d’avril dernier.
La quasi-totalité des quelque deux millions d’habitants de l’enclave est désormais concentrée dans une étroite zone côtière sous le contrôle du Hamas, où ils vivent pour la plupart dans des bâtiments endommagés ou des abris temporaires, dans des conditions humanitaires extrêmement difficiles.
Le Hamas a jusqu’à présent refusé de déposer les armes, tandis que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré, le 28 mai dernier, qu’Israël entendait étendre la zone placée sous son contrôle à 70 % de la bande de Gaza. Les forces israéliennes ont par ailleurs continué de mener des frappes militaires presque quotidiennes dans différentes parties du territoire.
Avertissements israéliens
Des habitants de Deir al-Balah, de Khan Younès, des quartiers d’Al-Zaytoun, d’Al-Tuffah et d’Al-Shujaïya dans la ville de Gaza, ainsi que du nord de Rafah, ont déclaré à Reuters que les forces israéliennes avaient déplacé les repères jaunes au cours des dix derniers jours, provoquant de nouvelles vagues de déplacement dans des zones déjà ravagées par des mois de conflit.
Au moins sept personnes interrogées par Reuters ont indiqué que les habitants de certaines zones touchées avaient reçu des avertissements par SMS ou via des haut-parleurs installés sur des drones, avant d’être contraints de fuir une nouvelle fois.
L’armée israélienne affirme que ses forces sont déployées à Gaza afin de protéger Israël contre les attaques et que la ligne jaune est clairement matérialisée au sol afin de réduire les risques de confrontation entre les forces militaires et les civils.
L’armée a précisé que ses capacités dans la zone comprenaient une zone de sécurité, une barrière physique, des moyens de renseignement et des dispositifs technologiques, ainsi que des activités opérationnelles menées par ses forces.
Pour de nombreux habitants ayant reçu des ordres d’évacuation, cette procédure, devenue désormais familière, n’en reste pas moins douloureuse. Ils se précipitent pour récupérer ce qui leur reste de leurs précédents déplacements : quelques couvertures, une marmite ou encore un cartable d’enfant, avant de repartir, le plus souvent dans l’obscurité, vers une autre zone présentée par l’armée israélienne comme étant sûre.
Déplacements répétés
À proximité des ruines des bâtiments détruits dans le quartier d’Al-Zaytoun, Oum Sami, la mère de Dawla, avançait difficilement en raison d’une blessure ou d’une difficulté à la jambe, au milieu de ce qu’il restait des biens de la famille, tentant de récupérer tout ce qui pouvait encore être transporté.
Comme la majorité des habitants de Gaza, la famille Dawla a été déplacée à plusieurs reprises depuis le début de la guerre. À chaque fois, elle installait un abri temporaire, avant de devoir recommencer quelques jours ou quelques semaines plus tard, après avoir reçu de nouveaux ordres d’évacuation.
Dans un communiqué publié le 20 juillet, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a indiqué qu’un ordre d’évacuation israélien dans le quartier d’Al-Zaytoun avait contraint 30 familles à quitter leurs tentes, lesquelles, selon les habitants, ont ensuite été détruites.
Alors que des charrettes transportant les maigres restes des biens personnels s’éloignaient, un enfant marchait à côté de grands blocs jaunes au milieu des décombres, comme si tout le monde se préparait à un nouveau départ vers une destination inconnue.
