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Comment la rivalité entre la Turquie et le Qatar, d’une part, et l’Égypte et l’Arabie saoudite, d’autre part, aurait transformé le Soudan en une « nouvelle Afghanistan » ?


Le déclenchement du conflit soudanais en avril 2023 entre les Forces armées soudanaises, dirigées par Abdel Fattah al-Burhan, et les Forces de soutien rapide, commandées par Mohamed Hamdan Dagalo (« Hemedti »), n’a pas constitué uniquement une crise interne liée au partage du pouvoir ou à l’intégration de groupes armés. Selon le texte, il s’agissait de l’explosion d’une crise latente qui couvait depuis des décennies, mais qui s’est progressivement transformée en une guerre régionale d’usure en raison de la position géostratégique particulière du Soudan.

Situé sur la mer Rouge et s’étendant vers la Corne de l’Afrique, le Soudan occupe une position stratégique qui en fait un point de convergence des intérêts de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et du Qatar. Selon l’analyse présentée, la multiplication des acteurs régionaux aurait contribué à transformer le pays en un théâtre de guerres par procuration et à prolonger le conflit, aucun acteur interne n’étant en mesure d’obtenir une victoire décisive dans un environnement marqué par de multiples influences régionales.

Les axes de la rivalité : alliances croisées et préoccupations existentielles

Selon le texte, la complexité de la crise soudanaise s’explique par une logique de « jeu à somme nulle » qui caractérise l’approche de plusieurs capitales régionales à l’égard de Khartoum.

Pour l’Égypte et l’Arabie saoudite, le Soudan représente un prolongement essentiel de leur sécurité nationale. L’Égypte considère qu’un vide institutionnel ou une montée des mouvements islamistes à sa frontière méridionale constituerait une menace majeure, à laquelle s’ajoutent les questions liées aux ressources hydriques et à la sécurité du bassin du Nil.

Dans cette perspective, Le Caire — et, dans une moindre mesure, Riyad — aurait privilégié une stratégie consistant à soutenir l’armée régulière comme principal garant de l’unité de l’État et de la prévention de son éclatement, même si cette institution demeure, selon le texte, traversée par des contradictions internes et des liens avec certains éléments de l’ancien régime.

À l’inverse, la Turquie et le Qatar aborderont le dossier soudanais sous un angle différent. Selon le texte, ils chercheraient à renforcer leur influence en Afrique ainsi que leur présence maritime sur la mer Rouge et disposeraient d’un historique de soutien ou de proximité avec certains mouvements de l’islam politique dans la région.

Bien qu’Ankara et Doha appellent officiellement à un cessez-le-feu, le texte affirme que les inquiétudes de l’Égypte et de l’Arabie saoudite quant à une éventuelle utilisation de l’influence économique ou logistique turco-qatarienne en faveur de certains acteurs, ou dans la perspective de l’après-guerre, auraient alimenté un climat de méfiance régionale.

Selon cette analyse, cette divergence de visions aurait contribué à bloquer toute perspective de règlement. L’Égypte et l’Arabie saoudite estiment qu’une solution qui ne marginalise pas les mouvements islamistes constituerait un risque majeur, tandis que la Turquie et le Qatar considéraient que leur exclusion consacrerait la domination de l’axe égypto-saoudien sur la mer Rouge.

Le Soudan comme théâtre d’une guerre par procuration

Selon le texte, la conséquence directe de cette rivalité régionale a été la transformation du Soudan en un champ de confrontation par procuration.

L’auteur soutient qu’Abdel Fattah al-Burhan et Mohamed Hamdan Dagalo ne se battent plus uniquement pour le contrôle du Soudan, mais s’appuient également sur leurs partenaires régionaux respectifs.

Selon le texte, l’armée soudanaise compterait sur un soutien politique et logistique de l’Égypte, tandis que les Forces de soutien rapide auraient cherché à développer des réseaux régionaux et internationaux afin de contrebalancer cette influence.

Cette multiplicité d’interventions aurait conduit à ce que le texte qualifie d’« équilibre de la dissuasion régionale ». Chaque fois qu’une partie semblait proche d’obtenir un avantage militaire, différents réseaux régionaux de soutien seraient intervenus indirectement — par des pressions diplomatiques, la facilitation de circuits de financement ou l’influence exercée par des États voisins tels que le Tchad et la Libye, eux-mêmes affectés par les rivalités entre les axes turco-qatarien et égypto-saoudien — afin de freiner cette progression.

Selon le texte, cette dynamique aurait conduit à une guerre d’usure prolongée, marquée par la destruction des infrastructures et la fragmentation de la société soudanaise.

L’importance stratégique de la mer Rouge et de la Corne de l’Afrique

Le texte affirme qu’il est impossible de dissocier la crise soudanaise de la compétition stratégique autour de la mer Rouge.

Selon cette analyse, l’Arabie saoudite et l’Égypte souhaitent préserver une mer Rouge dominée par des États stables et alliés, tandis que la Turquie, dans le cadre de sa doctrine dite de la « Patrie bleue », chercherait à renforcer sa présence maritime.

Grâce à ses ports, notamment Port-Soudan et Souakin, le Soudan constituerait, selon le texte, un enjeu stratégique majeur.

Dans cette perspective, la véritable question ne serait plus de savoir qui contrôle Khartoum, mais plutôt qui garantit l’alignement stratégique du littoral soudanais.

L’auteur soutient que certains acteurs régionaux auraient ainsi préféré un Soudan affaibli et divisé, dont les différentes factions leur demeurent liées, plutôt qu’un État soudanais fort et unifié susceptible de se rapprocher d’un autre axe régional.

En conclusion, le texte estime que la multiplicité des interventions régionales n’a pas constitué un simple élément de contexte, mais l’un des principaux facteurs ayant alimenté le conflit. Selon cette analyse, les interventions de l’Égypte et de l’Arabie saoudite d’un côté, et de la Turquie et du Qatar de l’autre, auraient contribué à figer les dynamiques de la guerre. Le peuple soudanais se serait ainsi retrouvé pris entre les exigences de stabilité sécuritaire défendues par certaines capitales et les rivalités idéologiques et géopolitiques d’autres puissances régionales. L’auteur conclut que cette situation aurait conduit le Soudan à devenir une « nouvelle Afghanistan » au Moyen-Orient et en Afrique, où les intérêts régionaux se croisent et s’opposent au détriment des populations civiles.

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