Al-Ibaryari sous le coup des sanctions… ses années à Vienne et son ascension énigmatique à Londres
Les sanctions américaines visent Mahmoud Al-Ibaryari, un ressortissant autrichien qui a évolué pendant des décennies au sein des réseaux des Frères musulmans, de Vienne à Londres, où il a bâti un empire financier.
L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) décrit Al-Ibaryari comme un haut responsable des Frères musulmans égyptiens, quelques mois après que Washington a classé cette branche, en janvier 2026, parmi les « organisations terroristes mondiales spécialement désignées ».
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Lorenzo Vidino, l’un des chercheurs européens les plus reconnus sur la question des Frères musulmans, a expliqué au journal autrichien Express l’étendue réelle de l’influence d’Al-Ibaryari. Il a déclaré : « Il appartient au cercle dirigeant interne des Frères musulmans égyptiens à Londres, avec un intérêt particulier pour les questions financières. »
Cette focalisation précisément sur les affaires financières revêt une importance particulière au regard des nouvelles accusations formulées par Washington.
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Le département du Trésor américain a indiqué qu’Al-Ibaryari avait soutenu des campagnes de collecte de fonds au profit d’organisations déjà soumises à des sanctions en raison de leurs liens avec le Hamas.
Le communiqué précise : « Al-Ibaryari coopère avec des groupes affiliés aux Frères musulmans afin de soutenir le Hamas et de lui fournir une aide financière. »
Selon l’OFAC, le fondement officiel des sanctions prises à son encontre réside dans ses activités menées directement ou indirectement au profit des Frères musulmans égyptiens ou en leur nom. Washington présente toutefois les accusations liées au Hamas comme un élément supplémentaire de ses activités.
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Ses années à Vienne
Al-Ibaryari a attiré l’attention des chercheurs dès 2017. Dans son étude approfondie intitulée Les Frères musulmans en Autriche, publiée la même année, Vidino le décrivait déjà comme un homme « installé depuis de nombreuses années à Vienne et citoyen autrichien ».
Cette étude a été réalisée par Vidino en collaboration avec l’Université de Vienne et avec le soutien du Fonds autrichien pour l’intégration, ainsi que de l’Office fédéral pour la protection de la Constitution et la lutte contre le terrorisme, le service de renseignement intérieur autrichien.
Vidino écrivait alors qu’Al-Ibaryari comptait parmi les principaux membres de ce qui était traditionnellement considéré comme le « centre des Frères musulmans hors d’Égypte ».
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Concernant le parcours d’Al-Ibaryari à Vienne, l’entretien réalisé par Vidino avec Samir Abu Al-Laban à Vienne en décembre 2021, puis publié dans un rapport du Centre autrichien de documentation sur l’islam politique en 2022, notamment aux pages 37 à 43, s’avère particulièrement éclairant à cet égard.
Abu Al-Laban, un homme d’origine syrienne, parle ouvertement de son ancienne appartenance aux Frères musulmans et de son rôle parmi les personnalités influentes des milieux islamistes en Autriche. Il ne s’agit donc pas d’un observateur extérieur ignorant les affaires du mouvement, mais d’une personne apportant un témoignage interne.
À propos des années qu’il a passées avec Al-Ibaryari dans les années 1980, il a déclaré : « Nous avons passé ensemble les six ou sept premières années au sein de l’Association islamique autrichienne. Avant cela, il existait une autre organisation appelée l’Union islamique. »
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L’Association islamique autrichienne (IVÖ) gère une mosquée située dans la Praterstrasse, à Vienne. Selon un rapport du Centre autrichien de documentation sur l’islam politique, l’association diffusait activement l’idéologie des Frères musulmans et entretenait des liens étroits, tant sur le plan personnel qu’organisationnel, avec l’organisation Liga Kultur à Vienne.
Selon le rapport, Liga Kultur était elle-même étroitement liée aux structures internationales des Frères musulmans.
Auparavant, Abu Al-Laban et Al-Ibaryari, selon son propre témoignage, étaient également actifs au sein de l’Union islamique, qui était elle aussi proche des Frères musulmans.
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Le rôle de l’Autriche
Vienne n’était pas un simple centre secondaire. Les années qu’Al-Ibaryari y a passées coïncidaient avec une période durant laquelle l’Autriche, selon l’étude de Vidino, jouait un rôle particulièrement important dans le réseau européen des Frères musulmans égyptiens.
D’après cette étude, les Frères musulmans publiaient à Vienne, dans les années 1970 et 1980, le magazine Al-Daawa fi Europe, considéré comme leur principale publication en Occident.
Vidino décrit historiquement l’Autriche comme une base pour différents acteurs affiliés aux Frères musulmans. Ceux-ci y ont mis en place des structures institutionnelles, recruté des membres et fourni un soutien politique, financier et matériel à l’organisation mère.
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Les accusations concernant la collecte de fonds au profit du Hamas ne sont pas nouvelles non plus. Dans son étude publiée en 2017, Vidino écrivait : « Les dirigeants et les branches des Frères musulmans à travers le monde, y compris en Autriche, ont collecté des fonds au profit du Hamas. »
Pour Al-Ibaryari, son inscription sur la liste de l’OFAC entraîne notamment le gel de ses avoirs et intérêts financiers situés aux États-Unis ou relevant du contrôle de personnes américaines. Les institutions financières étrangères peuvent également s’exposer à des sanctions lorsqu’elles effectuent certaines transactions avec des personnes faisant l’objet de sanctions.
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Un transfert énigmatique
Une autre déclaration d’Abu Al-Laban au cours de l’entretien attire particulièrement l’attention. Il a affirmé qu’Al-Ibaryari avait « été contraint de quitter le pays et de partir pour la Grande-Bretagne » en 1988, sans toutefois préciser la raison pour laquelle cet homme aurait été « contraint » de quitter l’Autriche.
Des observateurs estiment cependant que le départ d’Al-Ibaryari pourrait s’expliquer par une redistribution des rôles et des activités au sein du mouvement, ainsi que par son transfert vers les réseaux des Frères musulmans à Londres.
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À Londres, Al-Ibaryari a commencé à gravir les échelons de la direction des Frères musulmans.
Vidino avait déjà écrit en 2017 que la position centrale occupée par Al-Ibaryari à Londres reposait également sur les registres des sociétés britanniques.
Son nom y apparaissait en qualité de directeur général de Nile Valley Trust et de la société Alamat Media Services. Selon les recherches menées à l’époque, les deux entités étaient enregistrées à l’adresse 113 Cricklewood Broadway, une adresse que Vidino décrivait comme le siège principal des Frères musulmans à Londres.
L’un des fils d’Al-Ibaryari, Abdulrahman, également citoyen autrichien, était lui aussi enregistré, selon les recherches menées à l’époque par Vidino, en qualité de directeur d’Alamat Media Services.
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