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Les manifestations à Port-Soudan et à Khartoum révèlent l’érosion du soutien populaire à al-Burhan

« Laisse-nous tranquilles, al-Burhan »


Les pressions auxquelles fait face le pouvoir d’Abdel Fattah al-Burhan au Soudan ne se limitent plus aux fronts militaires ni aux affrontements politiques avec ses adversaires. Elles se manifestent désormais plus nettement dans les territoires qu’il contrôle, avec l’apparition de manifestations à Port-Soudan et à Khartoum réclamant son départ. Cette évolution traduit un élargissement du fossé de confiance entre les autorités et une partie des citoyens, confrontés à des conditions économiques et matérielles extrêmement difficiles après des années de guerre, de dégradation des services et de contraction de l’activité économique.

Ces manifestations revêtent une importance particulière en raison des lieux où elles se déroulent. La mobilisation de citoyens dans des zones contrôlées par l’armée confronte les autorités à un défi différent de ceux rencontrés sur les champs de bataille. Les protestations ne portent pas uniquement sur les prix, le carburant, l’électricité ou le pain. Elles soulèvent des questions plus larges sur la légitimité du pouvoir, la capacité du commandement militaire à assurer un minimum de stabilité et sa disposition à répondre aux revendications populaires autrement que par une approche sécuritaire.

Depuis le déclenchement de la guerre, le commandement d’al-Burhan a misé sur le maintien de son contrôle des institutions de l’État, des centres administratifs et des ressources, ainsi que sur la fidélité d’une coalition de forces militaires, politiques et de groupes armés. Cette stratégie subit toutefois des pressions croissantes à mesure que s’aggravent les pertes économiques et humaines, qu’apparaissent des divergences entre les composantes du camp soutenant le pouvoir et que les institutions peinent davantage à fournir les services essentiels.

Les manifestations montrent que le contrôle territorial ne garantit pas l’adhésion populaire. La capacité des appareils sécuritaires et militaires à imposer leur autorité ne suffit pas non plus à constituer une assise politique durable. Pour les citoyens qui peinent à se procurer de la nourriture, du carburant et des médicaments, ou qui ne disposent ni de transports réguliers ni d’une alimentation électrique fiable, les résultats de la gestion de crise comptent davantage que les discours politiques.

Une confiance qui s’érode dans les territoires contrôlés

Le discours officiel sur la guerre a longtemps présenté le contrôle des villes et des institutions comme la preuve de la cohésion intérieure. Les conditions de vie ont cependant montré que cette cohésion ne peut se mesurer à la seule continuité de l’administration militaire ou à l’absence temporaire de manifestations. Un écart considérable sépare le silence fondé sur l’adhésion politique de celui qu’imposent les craintes sécuritaires, les difficultés économiques ou la peur d’être arrêté.

Dans ce contexte, le politologue El Nour Hamad estime que le pouvoir des Frères musulmans, dont Abdel Fattah al-Burhan dirige selon lui l’appareil exécutif, ne dispose pas d’une véritable base populaire. Il fonde cette analyse sur les positions exprimées par de larges pans de la société soudanaise pendant la révolution qui a renversé le régime d’Omar el-Béchir. Selon cette lecture, la guerre n’a pas nécessairement créé une nouvelle assise sociale pour les autorités ; elle a plutôt remis au premier plan d’anciens différends politiques qui n’avaient pas disparu avec la chute du régime précédent.

Cette difficulté est accentuée, selon Hamad, par l’éloignement d’une partie des responsables politiques, des professionnels et des jeunes des zones contrôlées par l’armée. Ces catégories constituent une composante importante de la vie civile et politique et ont joué un rôle notable dans le mouvement ayant précédé la chute d’el-Béchir. Leur retrait laisse un vide dans l’espace public et réduit les possibilités de construire un large consensus civil sur la gestion de la transition et l’avenir de l’État.

Les déplacements massifs, à l’intérieur du Soudan comme à l’étranger, ont également transformé la composition sociale et économique des villes et affaibli les réseaux professionnels, les initiatives citoyennes et les organisations de métiers. Les autorités font ainsi face à une société épuisée par la guerre, privée d’une grande partie de ses ressources et de sa capacité d’organisation et d’influence, dont les revendications sont plus difficiles à prendre en charge par les institutions traditionnelles.

La crise du quotidien devient une crise politique

Les manifestations sont indissociables de l’effondrement économique du Soudan. La hausse des prix, la dépréciation de la monnaie, les pénuries de carburant, les perturbations des transports, les coupures d’électricité et le manque de gaz de cuisine et de pain ont transformé le quotidien en une lutte permanente pour satisfaire les besoins essentiels.

La gravité de cette crise tient notamment au fait qu’elle touche toutes les catégories sociales. Fonctionnaires, petits entrepreneurs, ouvriers, personnes déplacées et familles modestes subissent une baisse de leur pouvoir d’achat, alors que les emplois se raréfient, que les revenus diminuent et que les dépenses de logement, de transport et d’alimentation augmentent.

Dans le texte ayant servi de base à cette réécriture, El Nour Hamad évoquait une forte dépréciation de la monnaie soudanaise et des hausses de prix d’une ampleur comparable. Ces estimations nécessitent une vérification et une comparaison avec les indicateurs officiels et indépendants du marché. La tendance générale reste néanmoins perceptible dans les difficultés signalées pour se procurer les produits indispensables et dans les effets des pénuries de carburant sur les transports et les marchés.

Lorsqu’une crise économique s’installe dans le quotidien, elle devient progressivement politique. Les citoyens ne perçoivent pas les coupures d’électricité ou la hausse du prix du pain comme des problèmes techniques isolés. Ils les relient à la capacité du gouvernement à gérer les ressources, à définir les priorités et à fournir les services.

Les appels au départ d’al-Burhan traduisent ainsi le passage d’une partie du mécontentement, des plaintes sur les conditions de vie à une demande de comptes adressée aux dirigeants politiques et militaires sur les conséquences de la poursuite de la guerre et sur leur gestion du pays.

L’emprise sécuritaire et les limites de l’endiguement

Le facteur sécuritaire joue également un rôle dans la forme et l’ampleur des mobilisations. Hamad a évoqué des restrictions et des menaces visant certains citoyens dans les zones contrôlées par l’armée, ainsi que les effets de la peur des arrestations ou des violences sur leur capacité à exprimer leurs opinions.

Ces éléments interrogent la réponse des autorités à une éventuelle nouvelle vague de manifestations. Traiter les revendications populaires comme une menace sécuritaire pourrait accroître les tensions plutôt que les apaiser. Ouvrir de véritables canaux de dialogue et permettre aux citoyens de s’exprimer pourrait contribuer à réduire le mécontentement, sans toutefois résoudre à lui seul les causes économiques et politiques de la crise.

Les accusations concernant l’existence de cellules sécuritaires liées à des organisations politiques doivent, elles aussi, être examinées sur la base de preuves claires et dans le respect des procédures légales, plutôt que par des généralisations ou des accusations réciproques. Dans tout pays en guerre, la priorité doit être de protéger les civils et d’empêcher l’utilisation des services de sécurité pour régler des différends politiques.

Un nouveau test pour al-Burhan

Le commandement d’al-Burhan fait donc face à une épreuve qui dépasse sa capacité à conserver des positions militaires. Le maintien au pouvoir exige une gestion économique plus efficace, un consensus politique plus large, des garanties de sécurité pour les citoyens et une voie clairement définie vers la fin de la guerre.

L’importance des manifestations ne tient pas seulement au nombre de participants, mais aussi à leur message : la crise dépasse désormais les zones de combat et touche les villes qui constituent les centres administratifs et les sièges du pouvoir.

Alors que les déplacements se poursuivent, que les services se dégradent et que les divergences se multiplient au sein du camp militaire, ignorer les revendications populaires représente un risque supplémentaire. Les gouvernements confrontés à des crises imbriquées ne peuvent compter sur la seule force pour les surmonter. Un discours assimilant toute contestation à une menace sécuritaire risque également de fermer la voie aux solutions politiques.

Les événements de Port-Soudan et de Khartoum méritent donc un suivi attentif. Ils montrent que l’avenir du pouvoir dépendra des évolutions sur les fronts, mais aussi de sa capacité à restaurer la confiance dans les villes depuis lesquelles il administre ses institutions. Entre manifestations, crise économique et divisions politiques, les relations entre al-Burhan et la population soudanaise entrent dans une phase plus complexe, qui exige de traiter les causes profondes de la crise plutôt que ses seules manifestations.

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