Politique

L’arrêt du financement américain aggrave les difficultés budgétaires et les pénuries de munitions d’Israël


Les conséquences de la décision américaine dépassent le cadre budgétaire et touchent les contrats d’achat d’avions de combat ainsi que la reconstitution des stocks de munitions, soulevant des questions sur l’avenir du partenariat de sécurité entre Washington et Tel-Aviv.

L’annonce par le président américain Donald Trump de l’arrêt de l’aide sécuritaire à Israël d’ici à la fin de l’année a suscité de vives inquiétudes au sein des institutions sécuritaires et financières à Tel-Aviv. Des mises en garde se multiplient concernant ses conséquences sur le budget de la défense et les contrats d’armement, alors que l’armée israélienne éprouve des difficultés croissantes à reconstituer ses stocks et à remplacer les équipements et les munitions consommés pendant plusieurs années de guerre.

L’annonce a pris les responsables israéliens de court. Dans un entretien accordé mardi à Fox News, Trump a affirmé que Washington ne continuerait pas à fournir à Israël une aide financière selon le dispositif actuel, d’un montant d’environ 4 milliards de dollars par an. Il a indiqué que le Premier ministre Benjamin Netanyahou avait accepté d’y mettre fin, Israël étant, selon lui, devenu un pays prospère capable de s’en passer.

Selon l’organisme public de radiodiffusion israélien, l’arrêt de cette aide priverait le ministère de la Défense d’environ 12 milliards de shekels par an. Le gouvernement devrait alors trouver cette somme dans le budget de l’État, alourdissant la charge des finances publiques dans un contexte déjà marqué par les pressions liées aux dépenses militaires.

L’organisme cite un haut responsable de la sécurité affirmant que cette annonce n’était pas attendue, particulièrement à ce moment. Il précise que le dialogue avec les États-Unis se poursuit et que les services compétents n’ont pas encore reçu de précisions officielles sur la nature de la décision et ses conséquences.

La surprise est d’autant plus grande qu’une délégation du ministère israélien de la Défense s’était rendue en Alabama le 20 octobre dernier pour discuter des prochains programmes d’acquisition militaire avec des responsables chargés de l’aide sécuritaire.

La chaîne israélienne Channel 12 rapporte, de son côté, que le ministère des Finances n’avait pas été informé au préalable, alors que l’aide américaine de 3,8 milliards de dollars par an figurait parmi les sources de financement des budgets de la défense pour 2027 et 2028. Selon la chaîne, les responsables cherchent à déterminer si l’annonce de Trump signifie un arrêt complet des versements à la fin de l’année ou si elle constitue le prélude à une évolution progressive du modèle de coopération sécuritaire entre les deux pays.

L’attention se porte également sur l’avenir de l’accord stratégique signé en 2016 sous l’administration de Barack Obama, qui prévoit le versement annuel de 3,8 milliards de dollars à Israël jusqu’en 2028. Les deux parties avaient entamé en mai dernier des négociations sur un nouveau cadre de coopération sécuritaire pour la décennie suivante. L’annonce de Trump soulève toutefois des interrogations sur le devenir de ces discussions et des engagements en vigueur.

Les inquiétudes israéliennes concernent particulièrement les contrats d’armement déjà conclus et les projets d’achat de nouveaux avions de combat. Channel 12 rapporte que des responsables proches du dossier s’interrogent sur les sources de financement de ces acquisitions et sur la devise dans laquelle elles seront réglées. Ils avertissent que la compensation de l’aide américaine pourrait nécessiter de mobiliser environ 15 milliards de shekels par an.

Ces préoccupations s’inscrivent dans un contexte d’usure des capacités militaires israéliennes après plusieurs années de guerre. Selon le quotidien Maariv, l’armée de l’air a effectué, au cours des trois dernières années, un nombre d’heures de vol équivalant à neuf années d’activité en temps de paix. Les chars et les véhicules blindés de transport de troupes ont, quant à eux, usé des milliers de moteurs, tandis que les quantités de munitions utilisées ont atteint un niveau comparable à celui des trois décennies précédant la guerre.

Israël se trouve ainsi confronté à un double défi : financer la reconstitution de ses stocks militaires et assurer ses besoins futurs en armes et en équipements, alors que l’une des principales sources de financement de ses acquisitions de défense pourrait se tarir.

L’annonce de Trump relance également le débat sur la capacité d’Israël à réduire sa dépendance militaire et financière envers Washington, un objectif déjà évoqué par Netanyahou au début de l’année. Le passage des déclarations politiques à leur mise en œuvre demeure toutefois complexe, compte tenu des liens entre le système d’armement israélien, le financement américain et la coopération technique et militaire bilatérale.

La décision revêt une importance supplémentaire en raison de sa concomitance avec les élections de mi-mandat au Congrès, lors desquelles les démocrates cherchent à reprendre aux républicains la majorité dans au moins une des deux chambres. Ses conséquences dépasseront cependant les considérations électorales : elles pourraient modifier le partenariat de sécurité américano-israélien dans les prochaines années et contraindre Tel-Aviv à revoir ses priorités en matière de dépenses de défense, alors que le risque d’une escalade régionale demeure.

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