Israël avertit les États-Unis d’un possible recours de l’Iran aux armes chimiques

Selon le New York Times, ces avertissements divisent les responsables américains, certains craignant une manœuvre politique du gouvernement Netanyahou destinée à convaincre Donald Trump de reprendre la guerre contre l’Iran.
Des renseignements israéliens concernant un éventuel recours de l’Iran aux armes chimiques contre ses adversaires ont suscité des inquiétudes dans les milieux américains et régionaux. Ils font craindre une nouvelle étape, plus dangereuse, dans la confrontation, alors que les tensions entre Téhéran et Washington persistent et qu’une reprise des opérations militaires reste possible, selon le New York Times.
Dans un article publié mardi, le quotidien cite des responsables américains et régionaux selon lesquels Israël a transmis à Washington, au cours des deux dernières semaines, des informations indiquant que l’Iran étudierait la possibilité d’utiliser des armes chimiques. Israël aurait présenté cette éventualité comme une menace nécessitant davantage d’attention que les efforts de Téhéran pour développer ses capacités nucléaires.
Cette présentation israélienne a divisé les responsables américains. Certains ont considéré ces renseignements comme un signal sécuritaire appelant à la prudence. D’autres y ont vu une possible initiative politique du gouvernement de Benjamin Netanyahou visant à convaincre Donald Trump de reprendre des opérations militaires de grande ampleur contre l’Iran, après plusieurs mois de confrontation sans règlement définitif.
Ces réserves ne se limitent pas aux États-Unis. Israël a également communiqué une partie de ces informations à des responsables de pays du Golfe. Plusieurs d’entre eux ont toutefois exprimé des doutes sur leur portée, estimant qu’une amplification de la menace chimique pourrait servir les efforts de Tel-Aviv pour ramener Washington sur la voie de l’escalade militaire, au détriment de la recherche d’une issue diplomatique.
Ces développements revêtent une importance particulière dans un contexte de craintes croissantes concernant le recours aux armes non conventionnelles dans la région, qu’il s’agisse d’armes chimiques ou d’une escalade nucléaire. Un tel changement d’échelle ne toucherait pas uniquement les protagonistes directs du conflit. Il pourrait exposer les pays voisins à des risques considérables, menacer les populations, les infrastructures vitales et l’environnement, et entraîner un élargissement des interventions militaires.
Les accusations actuelles ravivent les soupçons qui entourent depuis longtemps le programme chimique iranien. En 2003, Téhéran avait reconnu avoir développé des capacités dans ce domaine pendant la guerre contre l’Irak, dans les années 1980, tout en affirmant y avoir renoncé par la suite. Des évaluations annuelles du renseignement américain ont néanmoins évoqué, ces dernières années, la possible poursuite de recherches iraniennes liées au développement d’armes chimiques. Les autorités iraniennes nient posséder de telles armes et présentent ces accusations comme un volet d’une campagne politique et médiatique israélienne.
Ces développements interviennent alors que les relations entre Téhéran et Washington restent suspendues entre la recherche de possibilités d’entente et les préparatifs d’une éventuelle reprise de la confrontation. Selon le quotidien, les divergences autour de ces nouveaux renseignements illustrent la sensibilité de la période, notamment face au risque accru d’erreurs d’appréciation susceptibles de conduire à des décisions militaires dont les conséquences seraient difficiles à maîtriser.
Autre signe de la montée des inquiétudes : la télévision iranienne a diffusé mardi des consignes à suivre en cas d’explosion nucléaire. Elles comprenaient des mesures de protection contre le souffle de l’explosion et la contamination radioactive, ainsi qu’un appel à rester à l’abri dans les bâtiments pendant au moins vingt-quatre heures. Leur diffusion témoigne de l’inquiétude suscitée par des scénarios dépassant le cadre d’une confrontation conventionnelle, sans constituer, en soi, la preuve d’une décision d’utiliser des armes nucléaires.
La situation politique intérieure israélienne ajoute une autre dimension à ce contexte. Netanyahou peine à trouver une voie pour former un gouvernement après les dernières élections. Selon des analystes cités par le journal, l’intensification des menaces sécuritaires pourrait lui offrir l’occasion de recomposer le paysage politique et de pousser les dirigeants de l’opposition à rejoindre une coalition gouvernementale au nom de la lutte contre la menace iranienne.
