Une encre invisible pour suivre les manifestants à la trace !
En France, l’élargissement de l’utilisation de produits de marquage chimique invisibles et de dispositifs projetant à distance des marqueurs synthétiques suscite le débat. Destinées à identifier des suspects après la dispersion des manifestations, ces techniques s’inscrivent dans des recommandations parlementaires visant à renforcer les moyens du maintien de l’ordre.
Les techniques de marquage chimique invisible reviennent au cœur du débat en France, avec des recommandations parlementaires proposant d’élargir le recours aux technologies permettant d’identifier des suspects après la dispersion des manifestations. Cette perspective soulève des questions sur la protection de la liberté de manifester et sur le risque de mettre en cause des personnes n’ayant participé à aucune violence.
Public Sénat a récemment présenté les détails d’un rapport parlementaire formulant trente recommandations sur la gestion des manifestations. Celles-ci prévoient notamment de renforcer les moyens d’identification des suspects en vue d’interpellations ultérieures et de développer l’utilisation des technologies de surveillance, dont les drones et les outils d’analyse d’images.
Selon la couverture parlementaire française, ces recommandations s’inscrivent dans un débat sur les méthodes de maintien de l’ordre après les violences et les pillages ayant accompagné les mobilisations du 17 octobre.
Vendredi, Epoch Times France a relayé, en citant des médias français, les demandes de policiers souhaitant disposer d’un dispositif projetant de petites billes contenant un produit de marquage synthétique. L’objectif serait de marquer des personnes à distance afin de pouvoir les identifier ultérieurement.
Selon l’article, les billes pourraient éclater au contact de la cible et laisser une trace persistant jusqu’à une semaine. La portée évoquée serait d’environ trente à quarante mètres. Ces caractéristiques proviennent toutefois de la couverture médiatique et n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Ces dispositifs diffèrent des outils de marquage chimique codé déjà utilisés en France, même s’ils poursuivent le même objectif : laisser une trace détectable après la fin des affrontements.
Connues sous le nom de « produits de marquage codé » (PMC), ces substances sont invisibles à l’œil nu dans des conditions normales d’éclairage. Elles peuvent être détectées à l’aide de moyens adaptés, notamment de lampes à ultraviolets. Selon le produit, leur composition peut intégrer des marqueurs métalliques, biologiques ou physiques permettant de distinguer la substance ou de la rattacher à une opération précise.
La gendarmerie française explique, sur le site de son pôle judiciaire, que ces produits servent à marquer des personnes, des objets ou des lieux. La découverte d’une trace ne prouve cependant pas automatiquement qu’une infraction a été commise : elle doit être appréciée au regard des autres éléments de preuve et des circonstances.
L’éventuelle extension de leur utilisation fait craindre un transfert du produit à des personnes qui n’étaient pas visées, particulièrement dans des rassemblements réunissant manifestants pacifiques, journalistes et secouristes. Elle soulève aussi des questions sur la documentation des opérations de marquage, la vérification de l’origine des traces et les garanties empêchant que leur seule présence soit considérée comme une preuve suffisante de participation à des violences.
L’un des épisodes ayant le plus alimenté cette controverse remonte à mars 2023, lors des manifestations contre les réserves d’eau agricoles de Sainte-Soline, dans l’ouest de la France.
Dans une enquête, Politis a rapporté que deux personnes avaient été placées en garde à vue après la découverte de traces de produits de marquage lors de contrôles liés à ces manifestations. Il s’agissait d’un militant écologiste et d’un journaliste indépendant qui réalisait un documentaire.
Selon cette enquête, une première analyse de l’une des traces évoquait un possible transfert par contact, sans permettre de déterminer comment le produit était arrivé sur la main de la personne concernée. Cette situation a soulevé des interrogations sur la capacité de ces marqueurs à prouver qu’une personne avait été directement visée en raison de sa participation à des actes illégaux.
Un rapport de l’Observatoire des pratiques policières de Toulouse a également recueilli des témoignages sur l’utilisation de projectiles contenant des produits de marquage pendant les événements de Sainte-Soline. Il a interrogé le fondement juridique de leur emploi et la possibilité d’utiliser leurs traces pour identifier ultérieurement des participants. Ce travail de documentation ne constitue pas, à lui seul, une décision judiciaire définitive sur la légalité de chaque utilisation de cette technique.
Les inquiétudes concernent aussi l’expression « pistolet à ADN », utilisée dans certains médias pour désigner ces outils. Selon les informations rapportées, il est ici question d’un marqueur synthétique, et non nécessairement d’une arme prélevant l’ADN naturel d’une personne ou révélant automatiquement son identité.
Sur le plan sanitaire, des incertitudes demeurent quant à la composition chimique du produit et à son mode de projection. Son invisibilité ne signifie pas qu’il est nécessairement dangereux. Inversement, qualifier certains produits de marquage de non toxiques ne garantit pas que toutes les substances ou tous les dispositifs utilisés soient dépourvus de risques.
Des questions juridiques et pratiques restent également ouvertes sur les conditions d’utilisation, l’autorité habilitée à choisir les personnes visées, les possibilités de contester les preuves obtenues et la proportionnalité entre l’objectif de sécurité et le respect des droits fondamentaux.
