Politique

Crise interne au sein des Frères musulmans : des appels à dissoudre le groupe pour échapper aux pressions 


La dissolution des Frères musulmans, organisation qualifiée de terroriste, est-elle devenue une issue à leur crise, ou simplement un moyen de contourner les pressions tout en préservant leur projet ?

Alors que les pressions américaines s’intensifient et que l’Europe examine plus étroitement les activités du groupe, classée terroriste dans plusieurs pays, des voix s’élèvent en son sein pour demander sa dissolution et l’abandon de l’action politique.

Des sources connaissant le mouvement y voient une manœuvre visant à le reconstituer sous une nouvelle façade organisationnelle afin d’échapper aux pressions, tout en maintenant son projet et ses réseaux sous d’autres formes.

Les détails de la proposition

Selon des sources au fait des affaires du groupe, plusieurs jeunes membres ont soumis des propositions à la direction de la faction de Londres, présidée par Salah Abdel-Haq. Ils demandent l’annonce officielle de la dissolution de l’organisation et le retrait de la vie politique, tout en conservant des activités de prédication et d’éducation. Cela pourrait permettre au projet de se poursuivre dans un cadre différent de sa structure actuelle.

Les auteurs de la proposition ont invoqué la récente décision européenne, adoptée plus tôt ce mois-ci, visant à définir une stratégie commune contre l’influence et les réseaux des Frères musulmans.

Ils craignent que cette décision ne se traduise par des mesures touchant les membres de l’organisation établis dans les pays de l’Union européenne. Selon les sources, ceux-ci pourraient subir des pressions sécuritaires et juridiques, allant jusqu’à des arrestations ou à des restrictions de leurs activités.

Les inquiétudes des jeunes membres ne concernent pas uniquement les conséquences possibles des initiatives européennes. Elles portent aussi sur leur avenir au sein de l’organisation : ils redoutent de devoir affronter les répercussions de l’escalade tandis que les dirigeants chercheraient surtout à préserver leurs positions et leur influence.

Une crise de confiance entre la base et les dirigeants

La crise dépasse ainsi la question de la dissolution et révèle une fracture de confiance entre les militants et les dirigeants du groupe, qualifiée de terroriste.

Les jeunes membres craignent de supporter le coût de la confrontation, alors que les dirigeants défendent le maintien de l’organisation comme une garantie de continuité du projet, malgré les risques croissants.

Ces craintes renvoient à des expériences dans plusieurs pays, dont le Soudan. Des critiques internes estiment que les dirigeants ont veillé à protéger leur propre situation, tandis que la base subissait les conséquences des crises : poursuites, dispersion et départ contraint des pays de résidence.

D’autres voix se font entendre

Les appels à la dissolution ne viennent pas uniquement de la base. D’anciens alliés, dont Assem Abdel-Maged, dirigeant de la Gamaa islamiya égyptienne, ont également demandé la dissolution de l’organisation et son retrait de la vie politique, invoquant ce qu’ils considèrent comme l’échec de son expérience politique et ses conséquences pour le groupe et ses alliés.

Ces appels se sont toutefois heurtés au refus des dirigeants, pour lesquels la survie de l’organisation constitue une « ligne rouge ». Les directions des factions de Londres, présidée par Salah Abdel-Haq, et d’Istanbul, dirigée par Mahmoud Hussein, ont maintenu leur attachement à la structure organisationnelle, qu’elles considèrent comme une garantie de pérennité du projet de l’islam politique et de ses réseaux transnationaux.

Une stratégie de riposte en échec

Face aux demandes de dissolution, les dirigeants ont réaffirmé l’importance du maintien de l’organisation, tout en reconnaissant l’existence de difficultés organisationnelles et idéologiques.

Pour conforter cette orientation, les mêmes sources ont indiqué que les dirigeants cherchaient à renforcer l’attachement des jeunes au groupe par des dispositifs éducatifs et organisationnels. Ceux-ci comprennent les formations intitulées « Vision », dispensées lors des réunions des cellules de base ou en ligne, ainsi que le projet « Enracinement », soutenu par la faction de Mahmoud Hussein et articulé autour de volets éducatifs et organisationnels.

Selon les sources, ces efforts n’ont toutefois pas apaisé le mécontentement de la base. Certains estiment désormais que la structure traditionnelle est dépassée et que la poursuite du projet exige de nouveaux cadres, mieux adaptés aux évolutions actuelles.

Une manœuvre pour contourner les pressions

Dans ce contexte, Sabra Al-Qasimi, spécialiste des mouvements islamistes, estime que les appels à la dissolution ne sont pas nouveaux et pourraient constituer une manœuvre permettant de surmonter les pressions actuelles, avant une reprise des activités par l’intermédiaire de la même organisation.

Il rappelle que cette idée avait déjà été évoquée lors de réexamens internes liés aux différends entre la faction du Bureau général, associée à Mohamed Kamal, membre du Bureau de la guidance, et la direction du groupe conduite à l’époque par le guide par intérim Mahmoud Ezzat. L’idée avait ensuite perdu du terrain avant de réapparaître avec le renouvellement des pressions.

Selon Al-Qasimi, les discussions ne se limitent pas à la dissolution. Certains cercles envisagent également une transformation en un courant plus large, dépourvu de structure organisationnelle clairement identifiable qui pourrait être facilement visée ou démantelée.

Il souligne toutefois que la tendance au sein du groupe ne consiste pas nécessairement à abandonner l’organisation traditionnelle, mais à la conserver tout en créant d’autres structures de façade chargées de promouvoir ses idées et son idéologie sans lien déclaré avec elle.

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