Politique

Des divergences au sein du Hezbollah sur la position à adopter face à une guerre impliquant l’Iran


Une source sécuritaire libanaise a révélé l’existence de divergences au sein du Hezbollah concernant l’éventualité d’une nouvelle guerre opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël. Les dirigeants politiques s’opposeraient à l’engagement dans une nouvelle confrontation, tandis que les responsables militaires attendraient la position du Corps des gardiens de la révolution islamique pour déterminer leurs options.

Selon cette source, l’aile politique estime qu’une nouvelle entrée en guerre aggraverait les pertes subies par le parti et sa base sociale, tout en menaçant son influence résiduelle au sein des institutions de l’État libanais, alors que les pressions gouvernementales et internationales en faveur de son désarmement s’intensifient.

À l’inverse, les responsables militaires ne considéreraient pas une éventuelle participation aux combats comme une décision libanaise indépendante des calculs iraniens. Ils attendraient plutôt les orientations des gardiens de la révolution en cas de nouvelle attaque américano-israélienne contre l’Iran.

D’après la source, la gravité de ces divergences tient non seulement aux positions opposées, mais aussi à l’affaiblissement de la capacité des responsables politiques à peser sur les décisions militaires, notamment sur les choix stratégiques liés à l’entrée en guerre, par rapport à l’époque où Hassan Nasrallah dirigeait le mouvement.

Les responsables politiques redoutent une nouvelle catastrophe

La source explique l’opposition des dirigeants politiques à une nouvelle guerre par plusieurs considérations internes : les pertes humaines et matérielles des précédentes confrontations, les crises liées aux déplacements de population et à la reconstruction, ainsi que la capacité réduite du parti à soutenir un conflit militaire de grande ampleur.

Elle ajoute que les responsables politiques savent qu’une nouvelle escalade les placerait dans une confrontation plus complexe avec l’État libanais. Le gouvernement est en effet passé des appels à encadrer les armes à des mesures visant à réserver les activités militaires et sécuritaires aux institutions officielles.

Ces inquiétudes coïncident avec des démarches politiques libanaises destinées à empêcher que le pays soit entraîné dans une nouvelle confrontation régionale. Le président du Parlement, Nabih Berri, qui continue de jouer un rôle de médiateur entre le parti et les institutions de l’État, participe à ces efforts.

Fait notable, des médias libanais ont rapporté que Berri avait mis en garde le Hezbollah contre toute participation à une nouvelle guerre visant l’Iran. Parallèlement, le président du bloc parlementaire de la Fidélité à la résistance, Mohammad Raad, s’est montré disposé à éviter l’escalade lors d’un entretien avec un responsable qatari. Ces éléments confortent l’existence d’une volonté politique d’éviter la guerre, sans toutefois démontrer que cette position s’impose désormais à la direction militaire.

Les militaires attendent les gardiens de la révolution

De son côté, la source sécuritaire affirme que la restructuration du Hezbollah après l’assassinat de Nasrallah et de ses principaux commandants militaires a renforcé les canaux de communication directs entre le Conseil du djihad et les gardiens de la révolution, tout en réduisant l’influence des dirigeants politiques sur les choix militaires.

Une enquête de Reuters publiée en mars dernier avait révélé que les gardiens de la révolution avaient envoyé des officiers au Liban pour participer à la réorganisation du commandement militaire du parti. Les changements comprenaient un passage à de petites unités disposant d’une plus grande autonomie sur le terrain, après les infiltrations sécuritaires subies par l’organisation.

L’enquête citait également des sources informées selon lesquelles des officiers iraniens avaient participé à l’élaboration de plans militaires et à la coordination d’opérations conjointes lors de la précédente confrontation.

Pour la source libanaise, ces liens expliquent pourquoi les responsables militaires attendent la position iranienne sur une prochaine guerre. Elle souligne néanmoins qu’aucune décision de participation n’a encore été prise et que les préparatifs militaires ne signifient pas nécessairement qu’un ordre d’ouvrir le front libanais a été donné.

Le précédent de mars nourrit les inquiétudes

Les divergences actuelles rappellent les événements de mars 2026, lorsque le Hezbollah avait décidé de tirer des roquettes vers Israël après le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

Reuters avait alors révélé que plusieurs hauts responsables politiques du parti n’avaient pas été informés à l’avance de cette décision, pourtant approuvée par le Conseil de la choura et le Conseil du djihad. Cette situation avait semé la confusion dans les cercles politiques.

L’opération avait également provoqué un différend avec Nabih Berri, qui avait reçu l’assurance que le parti ne s’engagerait pas dans une nouvelle confrontation, avant de se retrouver face à une vaste escalade militaire.

Selon la source, cet épisode reste présent dans les discussions internes, notamment parmi les dirigeants politiques qui redoutent qu’une décision militaire soit de nouveau prise sans eux et qu’ils doivent ensuite en défendre les conséquences devant l’État et l’opinion publique libanaise.

Les derniers messages politiques iraniens ne concordent toutefois pas nécessairement avec ces craintes. Selon des informations de presse, un responsable iranien en visite à Beyrouth a assuré que Téhéran ne demandait pas au Hezbollah d’intervenir à ses côtés dans une nouvelle guerre.

Ce décalage soulève la question de la concordance entre les messages diplomatiques iraniens et les instructions que les gardiens de la révolution pourraient adresser au Hezbollah et aux autres milices de la région en cas de confrontation.

Qui détient le pouvoir de décider de la guerre ?

Ces développements placent le Hezbollah devant un dilemme qui dépasse la tension traditionnelle entre ses activités politiques et militaires. Il touche aux limites de l’autorité de sa direction politique sur une décision susceptible d’entraîner le Liban dans une nouvelle confrontation.

Alors que les dirigeants politiques cherchent à préserver ce qui reste de la présence du parti au sein de l’État, les calculs de la direction militaire demeurent liés à la nature de la confrontation régionale et à la position des gardiens de la révolution.

Aucun élément confirmé ne permet d’affirmer que ces divergences se sont transformées en une scission organisationnelle déclarée. Les informations fournies par la source indiquent néanmoins un désaccord sur les priorités et les limites d’une participation à une éventuelle guerre.

Le principal enjeu reste de savoir si la direction politique peut transformer son opposition en une décision contraignante, ou si elle devra se contenter de tenter de contenir les conséquences d’une confrontation dont les modalités d’engagement pourraient être arrêtées par les canaux militaires.

Entre le coût pour le Liban et les calculs régionaux

Dans son analyse, le chercheur et expert en stratégie Mohammad Youssef Al-Nour explique que le désaccord au sein du Hezbollah sur une participation à une nouvelle guerre aux côtés de l’Iran reflète de profondes différences entre les calculs des ailes politiques et militaires, sans nécessairement signaler une scission organisationnelle.

Il souligne que les dirigeants politiques envisagent la guerre sous l’angle de son coût pour le Liban. Ils font désormais face à des pressions intérieures croissantes sur la question des armes, auxquelles s’ajoutent le poids de la reconstruction et les pertes sociales et économiques. Les responsables militaires, en revanche, inscrivent une éventuelle confrontation dans des calculs régionaux plus larges, liés aux relations du parti avec les gardiens de la révolution iraniens.

Selon Al-Nour, le danger réside dans le fait que les responsables politiques pourraient ne pas disposer du pouvoir effectif de bloquer une décision militaire prise par les canaux de coordination avec Téhéran, alors même qu’ils devraient en assumer les conséquences devant l’État et la société libanaise.

Il conclut que, si ce déséquilibre persiste, le parti pourrait être confronté à une crise de l’unité décisionnelle. Une nouvelle guerre ne mettrait pas seulement ses capacités militaires à l’épreuve : elle placerait également son avenir politique et ses relations avec l’État libanais devant des défis plus complexes.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page