Iran

Des embuscades aux assauts contre les quartiers généraux : une insurrection baloutche secoue l’Iran


Les opérations de sécurité intensives menées par les autorités iraniennes n’ont pas réussi à mettre fin aux affrontements armés dans la province du Sistan-et-Baloutchistan, dans le sud-est du pays. Un nouvel accrochage survenu le 21 octobre dans la ville de Khash a remis en lumière l’intensification des attaques contre les services de sécurité et les gardiens de la révolution, ainsi que l’extension d’affrontements qui atteignent des niveaux inédits depuis une décennie.

Ces derniers développements interviennent sur fond d’émergence d’une nouvelle coalition armée et de multiplication des informations faisant état de la participation de membres de la brigade afghane Fatemiyoun aux opérations de sécurité. Ils soulèvent des questions sur la capacité de Téhéran à contenir un front intérieur qui épuise ses forces et ses ressources, alors que le pays subit également les conséquences de la guerre avec les États-Unis et Israël.

Khash remet les affrontements au premier plan

Dernier incident en date : la police iranienne a annoncé la mort d’un homme armé lors d’un affrontement mercredi à Khash, après avoir repéré des mouvements suspects de personnes circulant à bord de deux véhicules près de la station-service Sarhad.

Selon l’agence Tasnim, les hommes armés ont ouvert le feu sur les policiers, provoquant un échange de tirs au cours duquel l’un d’eux a été tué, tandis que deux autres ont pris la fuite. Les forces de sécurité ont saisi les deux véhicules, un fusil Kalachnikov et des munitions.

L’organisation baloutche de défense des droits humains Haalvsh a toutefois présenté une version différente, évoquant une poursuite par les forces de sécurité et des tirs contre un véhicule. Les circonstances de l’incident et l’identité de la personne tuée restent contestées, sans confirmation indépendante de l’une ou l’autre version.

Cet affrontement revêt une importance particulière puisqu’il fait suite à une série d’opérations visant des membres des forces de sécurité et des bâtiments gouvernementaux. Parallèlement, des organismes de suivi des conflits font état d’une évolution des attaques, passant d’actions limitées à des affrontements plus longs et plus complexes.

Un front qui s’étend, des chiffres sans précédent

Selon ACLED, l’organisme spécialisé dans le suivi des conflits armés, le Sistan-et-Baloutchistan a enregistré environ 70 affrontements entre groupes armés et forces gouvernementales entre le début de l’année 2026 et le 8 octobre. Il s’agit du niveau annuel le plus élevé depuis au moins dix ans, avec notamment 13 affrontements au cours des deux dernières semaines de la période observée.

Les données de l’agence de presse des militants des droits humains en Iran, HRANA, confortent ce constat. Elle a recensé 63 incidents armés au Sistan-et-Baloutchistan et à Kerman entre le 31 mars et le 10 octobre. Selon les sources locales et non officielles, ces incidents ont fait 94 morts et 33 blessés, contre 87 morts et dix blessés dans les bilans officiels compilés par l’organisation.

Fait notable, 18 incidents se sont produits au cours des dix-huit derniers jours de la période observée, dépassant le total de tout mois complet précédent au cours de cette même période.

La nature des opérations révèle une évolution des méthodes des groupes armés. Les attaques, qui visaient auparavant les patrouilles et les routes frontalières, se sont étendues aux quartiers généraux de la police et des services de renseignement, avec l’emploi d’engins explosifs improvisés, de projectiles propulsés par roquette et d’armes de moyen calibre.

Une nouvelle coalition et des combats prolongés

Une partie de l’escalade est liée à l’émergence du « Front des combattants populaires », constitué en décembre 2025 et regroupant Jaish al-Adl ainsi que plusieurs factions baloutches de moindre envergure.

Selon HRANA, le Front a revendiqué au moins six opérations au cours de la période observée. La responsabilité de la plupart des incidents n’a toutefois pas été établie, ce qui empêche d’attribuer l’ensemble de l’escalade à cette nouvelle coalition.

En septembre, Saravan a été le théâtre d’un affrontement d’environ neuf heures, selon ACLED, au cours duquel les forces gouvernementales ont dû envoyer des renforts.

Les gardiens de la révolution ont également annoncé la mort de deux officiers lors d’un affrontement dans la région le 23 septembre. Un poste de commandement de la police à Jalq a par ailleurs été attaqué début octobre.

Ces événements témoignent de l’ampleur croissante des défis auxquels sont confrontés les services de sécurité. Certains accrochages se transforment désormais en combats nécessitant des renforts et des véhicules militaires, au-delà de simples opérations de traque de petits groupes.

Fatemiyoun entre en scène

Un autre développement est apparu avec des informations faisant état de la participation de membres de la brigade afghane Fatemiyoun, liée aux gardiens de la révolution, aux opérations de sécurité dans la province.

Le 2 octobre, des sources locales ont signalé une attaque contre un véhicule transportant des membres de la brigade près de Zahedan. Le 13 octobre, la région de Taftan a ensuite connu des affrontements de plus de sept heures. Des informations citant Haalvsh ont fait état de plus de vingt morts et blessés parmi les membres de Fatemiyoun.

Il a été auparavant rapporté, sur la foi de sources informées, le déploiement de membres de la brigade dans des installations militaires et à des postes de contrôle des gardiens de la révolution et du Bassidj.

Ces informations relancent les interrogations sur l’ampleur du recours des autorités à des formations liées à la Force Al-Qods pour des missions de sécurité intérieure, ainsi que sur le lien entre leur déploiement et la nécessité de renforcer les forces locales.

Une usure sécuritaire sur plusieurs fronts

L’importance du Sistan-et-Baloutchistan ne tient pas uniquement à ses frontières avec le Pakistan et l’Afghanistan. Elle s’étend également au port de Chabahar et aux corridors commerciaux que Téhéran cherche à développer.

La poursuite des affrontements impose des moyens supplémentaires pour protéger les installations, les routes et les déplacements des forces, alors que le pays subit déjà de fortes pressions économiques et militaires.

Dans son analyse de ces développements, le chercheur Mohammad Saleh Al-Fateh estime que l’intensification des attaques armées au Sistan-et-Baloutchistan révèle l’usure sécuritaire croissante à laquelle sont confrontées les autorités iraniennes, malgré la poursuite des raids et des opérations de traque préventives.

Il explique que la dispersion des attaques entre Zahedan, Rask, Bampour, Chabahar et d’autres localités témoigne de l’existence de cellules et de réseaux capables d’opérer dans des zones distinctes, compliquant ainsi la tâche des services de sécurité.

Il souligne que le recours aux embuscades, aux engins explosifs improvisés et aux attaques contre les patrouilles en déplacement permet aux groupes armés d’infliger des pertes sans devoir contrôler du territoire ni affronter ouvertement des forces supérieures en nombre et en armement.

Ces tactiques obligent les autorités à consacrer des ressources supplémentaires à la sécurisation des routes, des installations et des mouvements militaires, alors que les troubles intérieurs coïncident avec la persistance des tensions entre l’Iran, les États-Unis et Israël.

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