La guerre en Iran coûte 60 milliards de dollars à l’Irak
Le ministre irakien des Affaires étrangères avertit que la poursuite de la guerre aggrave la crise énergétique mondiale et accroît les risques d’inflation, avec des répercussions qui dépassent les pays voisins du conflit pour toucher notamment les économies européennes.
Le ministre irakien des Affaires étrangères, Fouad Hussein, a révélé que les pertes subies par l’Irak du fait de la guerre entre les États-Unis et l’Iran atteignaient environ 60 milliards de dollars. Ce bilan souligne la forte exposition de l’économie irakienne aux conséquences du conflit, notamment aux perturbations des exportations pétrolières et aux menaces iraniennes pesant sur la navigation dans le détroit d’Ormuz.
Hussein s’est exprimé jeudi à Rome lors d’un entretien avec Antonio Tajani, vice-président du Conseil italien et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. La rencontre a porté sur les relations bilatérales et les évolutions régionales et internationales, selon un communiqué du ministère irakien des Affaires étrangères publié vendredi. Le ministre a averti que la poursuite de la guerre aggravait la crise énergétique mondiale et accentuait les risques de hausse de l’inflation, avec des effets qui dépassent les pays limitrophes du conflit pour toucher les économies européennes et d’autres régions du monde.
La principale vulnérabilité de l’économie irakienne réside dans sa forte dépendance aux exportations pétrolières, qui assurent environ 90 % des recettes budgétaires de l’État. Les menaces visant la circulation des navires dans le détroit d’Ormuz, passage essentiel au commerce de l’énergie, ont exposé les revenus pétroliers à de graves perturbations. Or, Bagdad ne dispose pas de solutions d’exportation alternatives capables d’acheminer aussi rapidement des volumes équivalents à ceux qui transitent par le Golfe.
Les indicateurs du secteur pétrolier illustrent l’ampleur du choc subi par le pays au plus fort de la crise. La production est passée d’environ 4,3 millions de barils par jour avant la guerre à quelque 1,4 million de barils par jour après les perturbations de la navigation, selon des données rapportées en juin par le quotidien The National. Les recettes pétrolières ont également chuté d’environ 75 % en avril par rapport au même mois de l’année précédente, selon la bibliothèque de la Chambre des communes britannique.
Ces évolutions se sont accompagnées d’un creusement du déséquilibre des finances publiques. L’écart entre les recettes et les dépenses de l’État a dépassé 29 000 milliards de dinars, soit environ 22,4 milliards de dollars, au cours des sept premiers mois de 2026. Les recettes n’ont atteint qu’environ 30,1 milliards de dollars, contre des dépenses proches de 52,5 milliards. Ce déficit réduit la capacité du gouvernement à absorber les chocs ou à accroître les dépenses nécessaires au soutien de l’activité économique.
Les risques ne se limitent pas aux finances de l’État. Ils peuvent se répercuter sur le marché intérieur par la hausse des coûts de transport et d’assurance ainsi que par les retards de livraison des produits importés, accentuant les pressions sur les prix et le pouvoir d’achat. La diminution des entrées de dollars issues des ventes de pétrole pourrait également réduire la marge de manœuvre des autorités pour financer les importations et préserver la stabilité financière, malgré la récente décision de Washington de débloquer les livraisons de dollars dans le cadre de ses mesures de soutien au gouvernement d’Ali al-Zaïdi.
Dans ce contexte, le gouvernement d’al-Zaïdi doit relever un défi complexe : assurer les dépenses essentielles et faire face au déficit, tout en recherchant d’autres voies d’exportation du pétrole et en diversifiant les sources de revenus. L’acheminement de certaines cargaisons par le nord vers le port turc de Ceyhan ne constitue toutefois pas, à ce stade, une solution équivalente aux exportations par le sud.
Alors que l’incertitude persiste sur la sécurité de la navigation et les prix de l’énergie, la capacité de l’Irak à maîtriser les répercussions de la crise restera tributaire d’un retour des exportations à des niveaux stables. Une perturbation prolongée pourrait accentuer le ralentissement économique et alourdir les pressions budgétaires dans les mois à venir, malgré l’évocation d’autres solutions, notamment le recours aux ports syriens et turcs de la Méditerranée.
