Exclusif

Des fonds versés en coulisses à Addis-Abeba : comment les services de renseignement de Port-Soudan achèteraient des soutiens africains à coups de dollars


Sous couvert de diplomatie officielle, une autre bataille se jouerait dans les couloirs et les bureaux de l’Union africaine à Addis-Abeba, avec pour armes l’argent politique et les valises de billets. Cet article examine les accusations selon lesquelles les services de renseignement soudanais relevant de l’autorité de Port-Soudan auraient recours à la corruption et à l’achat de loyautés afin de modifier les positions politiques et d’orienter les décisions des institutions africaines en faveur du chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan.

Un million de dollars mobilisé : la mécanique présumée de la corruption politique

Selon plusieurs articles de presse et des fuites concordantes provenant des coulisses de l’organisation continentale, les services de renseignement soudanais auraient constitué un budget secret d’un million de dollars. Cette somme aurait été consacrée à des versements directs, à des avantages en nature et à la prise en charge de dépenses au profit de responsables, de conseillers et de personnes chargées de transmettre des rapports au sein de la Commission de l’Union africaine.

D’après ces informations, les fonds n’auraient pas été distribués de manière aléatoire. Leur acheminement aurait reposé sur un dispositif soigneusement structuré, faisant intervenir des intermédiaires régionaux et des hommes d’affaires afin d’échapper aux mécanismes de surveillance financière.

L’objectif immédiat de cette opération présumée aurait été d’obtenir rapidement une décision administrative autorisant la réouverture du bureau de liaison de l’Union africaine à Khartoum.

Pour les services de renseignement soudanais, cette réouverture constituerait une victoire politique majeure. Le simple fait de voir le drapeau de l’Union africaine flotter de nouveau dans la capitale pourrait être présenté comme une reconnaissance implicite de la légitimité de l’autorité de fait. Une telle évolution risquerait également de compromettre les efforts des forces civiles qui réclament l’isolement politique des dirigeants militaires.

Une influence présumée sur le Conseil de paix et de sécurité

Le réseau présumé de corruption ne se serait pas limité aux employés administratifs de rang inférieur. Il aurait également cherché à atteindre les cercles d’influence proches des décideurs du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.

L’afflux de fonds aurait coïncidé avec d’intenses démarches sécuritaires destinées à convaincre le Conseil d’organiser une visite officielle à Khartoum et de rencontrer Abdel Fattah al-Burhan au palais présidentiel.

Selon certains observateurs des affaires africaines, cette visite, organisée sous la présidence tournante de l’Algérie, n’aurait pas pu se dérouler aussi aisément sans les facilités ainsi que les arrangements financiers et logistiques que les services de renseignement soudanais auraient mis en place en coulisses.

Initialement susceptible de servir d’instrument de pression continental pour mettre fin aux violations, la visite se serait ainsi transformée, selon cette lecture, en une forme de caution politique accordée à l’autorité de Port-Soudan.

Cette dernière l’aurait utilisée pour affirmer que les institutions africaines la considéraient désormais comme le seul gouvernement légitime du pays, en dépit de la décision suspendant la participation du Soudan aux activités de l’Union africaine.

L’objectif politique : légitimer le retour des Frères musulmans

Derrière ces accusations de corruption et l’utilisation présumée d’un million de dollars se dessinerait l’objectif stratégique plus large de l’autorité de Port-Soudan : transformer l’influence acquise au sein de l’Union africaine en couverture politique pour intégrer au prochain processus les courants et blocs liés au mouvement islamiste — notamment aux Frères musulmans — qui soutiennent al-Burhan.

En exerçant une influence financière présumée sur la Commission, les services de renseignement chercheraient à imposer une formule de dialogue « intersoudanais » garantissant le maintien des militaires au pouvoir et la réintégration de membres de l’ancien régime. Certains d’entre eux combattent actuellement dans les rangs de l’armée et exerceraient une influence importante sur les centres de décision de Port-Soudan.

En obtenant le silence ou l’approbation de l’Union africaine, l’autorité chercherait ainsi à faire obstacle à tout règlement international exigeant l’instauration d’un pouvoir entièrement civil et démocratique.

L’objectif serait de substituer à une véritable transition civile un système militaire et sécuritaire bénéficiant d’une reconnaissance régionale controversée, que ses détracteurs accusent d’avoir été obtenue à coups de dollars.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page