Les Brigades menacent de renverser le gouvernement al-Zaidi pour briser le blocus imposé à Téhéran
Bagdad fait face à une situation complexe dans ses rapports avec des factions dotées de capacités militaires autonomes et dont les positions régionales dépassent les considérations propres à l’Irak.
Abou Moujahid al-Assaf, responsable de la sécurité des Kataëb Hezbollah, a menacé lundi soir de renverser le gouvernement du Premier ministre Ali al-Zaidi « s’il n’œuvre pas au service du peuple ». Il a également évoqué la possibilité de fermer les postes-frontières avec les pays participant au blocus aérien imposé à l’Iran, dans le but de réduire la pression exercée sur Téhéran.
Ces menaces accentuent les pressions auxquelles Bagdad est confrontée dans une période particulièrement sensible, à l’approche du retrait des forces américaines et de celles de la coalition internationale d’Irak, prévu le 30 septembre.
Al-Assaf a menacé de prendre des mesures sur le terrain, notamment d’abattre les appareils qu’il qualifie d’« hostiles » s’ils violaient l’espace aérien irakien après le 1er octobre.
S’adressant à ceux qu’il accuse de contrôler la scène gouvernementale et politique, il a affirmé que le peuple irakien savait « qui se cache derrière certaines décisions gouvernementales afin de faire adopter ce que leurs auteurs n’osent pas assumer publiquement ». Selon lui, la responsabilité de ces décisions incombe aux forces qui dirigent l’élaboration de la politique nationale.
Les déclarations d’al-Assaf traduisent clairement une volonté des milices irakiennes d’alléger la pression exercée sur l’Iran par les sanctions américaines, malgré les risques que cette stratégie ferait courir à l’Irak et contre lesquels Washington a déjà mis Bagdad en garde.
La menace proférée par les Kataëb Hezbollah place le gouvernement al-Zaidi face à une épreuve plus complexe encore : sa capacité à imposer l’autorité de l’État dans le domaine sécuritaire. En août, le Premier ministre avait affirmé que les forces politiques s’accordaient sur la nécessité de placer toutes les armes sous le contrôle exclusif de l’État, même si des divergences subsistaient quant aux mécanismes de mise en œuvre. Il avait parallèlement exclu toute intention gouvernementale d’affronter militairement les factions.
« Que M. al-Zaidi et ceux qui se trouvent derrière lui sachent qu’un gouvernement qui n’œuvre pas dans l’intérêt du peuple sera renversé par tous les moyens », a ajouté le dirigeant des Brigades.
Selon plusieurs observateurs, le fait qu’une faction armée se déclare capable de « renverser » le gouvernement si celui-ci adopte des politiques contraires à ses orientations constitue une pression directe sur le principe du monopole étatique des décisions sécuritaires et politiques.
Cette menace révèle également l’étroitesse de la marge de manœuvre du gouvernement face à des factions disposant de capacités militaires indépendantes et défendant des positions régionales qui dépassent les priorités et les calculs de l’État irakien.
Ces déclarations interviennent alors que Bagdad subit des pressions croissantes pour mettre fin à la présence d’armes échappant au contrôle des institutions étatiques. Le gouvernement a déclaré que ses discussions avec les factions sur le monopole des armes par l’État avaient été positives.
Les Kataëb Hezbollah avaient toutefois réaffirmé auparavant leur attachement à ce qu’elles qualifient d’« action djihadiste ». Elles étaient même allées jusqu’à proposer de racheter les armes des factions qui accepteraient de renoncer à l’action armée, notamment leurs drones et leurs missiles.
Les menaces surviennent également à quelques heures de l’achèvement du retrait américain, une évolution revêtant une importance majeure sur les plans politique et sécuritaire. Le gouvernement présente le départ des forces étrangères comme le passage à une nouvelle phase au cours de laquelle le pays dépendra davantage de ses propres capacités militaires et sécuritaires.
Le porte-parole du commandant en chef des forces armées a déclaré que les troupes américaines et celles de la coalition achèveraient leur retrait le 30 septembre. Il a assuré que les forces irakiennes étaient déployées dans tout le pays et que la situation sécuritaire était « bonne ».
La menace de fermer les postes-frontières ajoute une dimension économique à la confrontation. Ces passages représentent des artères essentielles pour le commerce ainsi que pour la circulation des marchandises et des personnes. Toute perturbation pourrait donc affecter les relations de l’Irak avec les pays voisins, les échanges commerciaux et les recettes douanières.
Les déclarations d’al-Assaf font ainsi passer le discours d’une simple opposition aux politiques gouvernementales à la menace de mesures susceptibles d’affecter directement la sécurité, la souveraineté et les relations extérieures de l’Irak.
La période à venir sera particulièrement délicate. Le gouvernement devra gérer ces pressions sans basculer dans une confrontation intérieure, tout en préservant les prérogatives des institutions étatiques en matière de contrôle des frontières, de gestion de l’espace aérien et de conduite des relations extérieures.
La capacité de Bagdad à encadrer les factions sera également déterminante pour définir l’architecture sécuritaire de l’après-retrait américain. Elle permettra surtout de mesurer dans quelle mesure l’État irakien est capable de transformer la proclamation de sa « pleine souveraineté » en exercice effectif et autonome de la décision sécuritaire.
