Propagande et terreur : l’ONU révèle le rôle de l’intelligence artificielle dans les stratégies terroristes
La propagande terroriste ne se limite plus à des discours creux. Elle est devenue un instrument direct de recrutement et de radicalisation, fondé sur les nouvelles technologies et destiné à étendre la sphère de la terreur.
C’est ce qui ressort d’un rapport préparé par un comité des Nations unies sur la base des résolutions 2617 (2021) et 2810 (2025) du Conseil de sécurité. Le document a été publié en septembre, parallèlement aux réunions de l’Assemblée générale des Nations unies.
Selon ce rapport, les groupes terroristes utilisent la propagande comme un outil opérationnel essentiel pour recruter, inciter à la violence, collecter des fonds et transmettre des instructions à leurs sympathisants.
Bien que la propagande fasse depuis longtemps partie intégrante des stratégies terroristes, ses méthodes d’utilisation et son ampleur ont considérablement évolué. Sa fonction est désormais plus centrale, plus intégrée et davantage capable de s’adapter que lors des phases précédentes.
La propagande terroriste contemporaine présente ainsi des caractéristiques particulières qui déterminent non seulement la manière dont elle est produite, mais aussi son fonctionnement concret en matière de recrutement, d’influence et de communication stratégique.
Ces caractéristiques façonnent sa capacité à attirer les individus en intégrant les discours idéologiques dans leur quotidien et dans leur perception des injustices ou des griefs qu’ils estiment subir.
L’intelligence artificielle
Les rapports successifs des Nations unies ont documenté une progression constante de l’utilisation de l’intelligence artificielle par les groupes terroristes.
Ces derniers recourent notamment à l’IA générative pour renforcer leurs campagnes de propagande, principalement à des fins de recrutement et de radicalisation. Ils fournissent également à leurs partisans des conseils pour éviter d’être détectés lorsqu’ils utilisent ces outils.
Selon le rapport, l’intelligence artificielle pourrait réduire l’écart de capacités entre les organisations terroristes et les systèmes de sécurité dirigés par les États.
Les groupes terroristes y recourent de plus en plus pour améliorer la précision et l’intensité de leurs attaques, mais également pour inciter à la violence.
Cette technologie permet de produire et de diffuser des contenus de propagande plus rapidement et plus efficacement que jamais. Ses usages vont du recrutement interactif et de l’influence comportementale sur les réseaux sociaux à la diffusion de fausses informations et d’idéologies encourageant le terrorisme.
Des robots fonctionnant grâce à l’intelligence artificielle peuvent amplifier massivement les contenus associés à l’extrémisme violent, rendant leur détection et leur neutralisation plus difficiles.
Ils permettent simultanément de communiquer de manière ciblée avec de potentielles recrues au moyen de messages personnalisés selon leurs centres d’intérêt, leurs convictions et leurs griefs.
D’après le rapport, les applications d’intelligence artificielle pourraient également accélérer involontairement la radicalisation des personnes vulnérables, car les utilisateurs s’appuient de plus en plus sur ces systèmes pour trouver de la compagnie, des orientations ou des conseils.
Des recherches récentes suggèrent que l’intelligence artificielle pourrait fonctionner non seulement comme un outil, mais aussi comme un environnement de radicalisation.
Des interactions continues et personnalisées pourraient ainsi renforcer les griefs, les identités et les croyances préexistantes, tout en restant largement invisibles aux méthodes traditionnelles de lutte contre le terrorisme.
L’intelligence artificielle pourrait également renforcer la dimension liée au genre dans la propagande terroriste.
Des experts ont constaté que l’IA générative permettait de produire rapidement des contenus différenciés et adaptés aux hommes, aux femmes, aux filles et aux garçons.
Les acteurs terroristes et extrémistes violents peuvent ainsi ajuster leurs discours à des publics précis, les diffuser à plus grande échelle et accélérer leur circulation.
Une évolution préoccupante
Sur le plan opérationnel, des usages précis ont été documentés au sein de plusieurs groupes et dans différentes régions.
Des sympathisants de l’organisation Daech ont notamment lancé un programme créé à l’aide de l’intelligence artificielle, baptisé « News Harvest », afin de diffuser des vidéos de propagande.
De manière générale, le rapport indique que les acteurs terroristes font preuve d’un niveau croissant de sophistication dans l’intégration de l’intelligence artificielle et des effets visuels à leurs contenus de propagande.
Ils utilisent également des systèmes de traduction assistée par l’IA afin de diffuser rapidement les mêmes contenus dans plusieurs langues.
Le document indique par ailleurs que Daech a cherché à recruter des spécialistes du numérique pour renforcer ses capacités et adapter sa propagande aux contextes locaux.
Plus préoccupant encore, des études récentes ont mis en évidence les insuffisances des dispositifs de protection intégrés aux systèmes actuels d’intelligence artificielle.
Lors de tests portant sur 27 modèles d’IA de premier plan, près d’un tiers d’entre eux auraient fourni des informations allant au-delà de ce qui est facilement accessible par une recherche classique sur Internet, notamment une assistance liée à la planification d’attaques ou à la fabrication d’engins explosifs.
Les chercheurs ont également constaté que des modifications relativement simples des instructions soumises aux modèles pouvaient parfois contourner leurs mécanismes de sécurité.
Ces résultats indiquent que les protections actuelles demeurent inégales et vulnérables aux détournements.
