La politique saoudienne face à la crise soudanaise : rivalités régionales et influence de la gestion des négociations sur le conflit
Les études politiques publiées par des instituts spécialisés dans les relations internationales, dans le Golfe comme ailleurs dans le monde, montrent que l’Arabie saoudite a adopté une approche complexe face à la guerre au Soudan. Celle-ci associe sa volonté de diriger les efforts régionaux de médiation à ses préoccupations concernant l’expansion de l’influence d’autres puissances dans la région de la mer Rouge, qui revêt une importance stratégique majeure pour le Royaume.
Des analystes politiques estiment qu’en parrainant le « processus de Djeddah » en coopération avec les États-Unis, Riyad a cherché à se présenter comme un acteur neutre et comme le principal promoteur de la paix. Cependant, ses relations et engagements antérieurs envers les dirigeants militaires soudanais ont, aux yeux de certains observateurs, suscité des interrogations sur l’impartialité de ce rôle.
Des relations anciennes avec les deux camps
Les rapports de centres de recherche spécialisés dans la Corne de l’Afrique et le Golfe soulignent que l’Arabie saoudite entretient des relations historiques et économiques profondément enracinées avec les deux parties au conflit soudanais.
Les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide ont toutes deux déployé des milliers de combattants au sein de la coalition conduite par Riyad au Yémen. Cette étroite association a créé un réseau d’intérêts et d’engagements financiers et politiques qui aurait rendu plus difficile l’adoption, par l’Arabie saoudite, d’une position décisive susceptible de mettre rapidement fin à la crise.
Selon plusieurs experts, le Royaume a tenté de préserver un équilibre dans ses relations afin de conserver son influence auprès des deux camps. Cette stratégie aurait contribué à l’enlisement des négociations.
Les belligérants auraient ainsi utilisé les différentes sessions du processus de Djeddah pour reprendre leur souffle, réorganiser leurs forces et reconstituer leurs arsenaux, au lieu de s’engager réellement en faveur d’un cessez-le-feu permanent.
Une approche centrée sur les enjeux humanitaires immédiats
Certains analystes politiques soudanais critiquent l’approche saoudienne, estimant qu’elle s’est longtemps concentrée sur des objectifs humanitaires tactiques, comme l’ouverture de corridors sécurisés et l’acheminement de l’aide, sans exercer de pression réelle et soutenue sur les centres de décision militaires afin de mettre fin aux combats.
Selon plusieurs analyses, cette relative retenue s’expliquerait par la crainte de Riyad qu’une pression excessive sur l’un des camps ne pousse celui-ci à rejoindre entièrement un axe régional concurrent.
Le rôle croissant de l’Iran, notamment à travers la fourniture présumée de drones à l’armée soudanaise, ainsi que l’influence d’autres acteurs présents en Afrique de l’Est, renforcent ces préoccupations.
Cette compétition géopolitique pour l’influence au Soudan a transformé le pays en un terrain de confrontation indirecte et d’affirmation des ambitions régionales. Elle aurait ainsi contribué à prolonger la guerre et à alourdir son bilan humain.
Des intérêts économiques stratégiques
Les observateurs soulignent également l’importance des flux financiers et des investissements saoudiens engagés avant la guerre, ainsi que des accords portant sur les ports et les terres agricoles.
Dans ce contexte, le maintien d’un niveau minimal de relations avec les acteurs contrôlant effectivement le territoire demeure essentiel pour la politique étrangère saoudienne.
Cette prudence et cette diplomatie mesurée auraient contribué à l’absence d’une stratégie internationale unifiée et suffisamment forte pour imposer des sanctions dissuasives aux responsables des violations des trêves.
L’appareil militaire a ainsi pu poursuivre ses opérations sans subir de véritable contrainte. Les efforts de médiation se seraient parallèlement transformés en une forme de délai diplomatique pendant lequel le conflit s’est étendu à de nouveaux États soudanais jusque-là relativement épargnés.
