Un nouvel accord nucléaire consolide le partenariat entre les États-Unis et la Turquie
L’accord prévoit l’étude de modèles de petits réacteurs modulaires conçus par quatre entreprises américaines, ainsi que de cinq concepts différents de réacteurs de quatrième génération.
La Société turque de l’énergie nucléaire, TÜNAŞ, a signé avec l’Agence américaine pour le commerce et le développement un accord de coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire.
Cette initiative intervient dans un contexte de renforcement du partenariat entre Ankara et Washington sous la présidence de Donald Trump, qui entretient des relations étroites avec son homologue turc Recep Tayyip Erdoğan. Elle pourrait toutefois susciter des inquiétudes en Israël.
Selon un communiqué publié mardi par le ministère turc de l’Énergie, l’accord a été signé lors d’une cérémonie organisée à la Maison turque, à New York, en présence du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Alparslan Bayraktar.
En vertu de cet accord, la Turquie étudiera les modèles de petits réacteurs modulaires proposés par quatre entreprises américaines, ainsi que cinq concepts différents de réacteurs de quatrième génération développés par des sociétés américaines.
Ces technologies seront examinées sous leurs aspects techniques, économiques et réglementaires, ainsi qu’au regard des procédures d’autorisation.
L’étude technique portera sur les caractéristiques de conception des réacteurs, leurs coûts, l’état d’avancement de leurs licences et les chaînes d’approvisionnement correspondantes. Elle comprendra également une analyse des forces, des faiblesses, des possibilités et des risques, ainsi qu’un examen des sources et des modèles de financement disponibles.
L’évaluation couvrira en outre les procédures d’autorisation, les dispositifs d’urgence, la sûreté des conceptions, la sélection des sites et les cadres juridiques applicables.
Des rapports techniques seront élaborés après l’achèvement de l’ensemble des analyses. L’Agence américaine pour le commerce et le développement financera cette étude, qui durera au moins un an, dans le cadre d’un accord doté d’un budget d’environ deux millions de dollars.
Dans un message publié sur la plateforme turque NSosyal, le ministre Bayraktar a déclaré : « Grâce à cet accord, nous procéderons à une évaluation approfondie de la faisabilité des technologies nucléaires de nouvelle génération dans notre pays, sous les angles technique, économique et réglementaire. »
« Nous sommes déterminés à diversifier notre bouquet énergétique conformément à nos objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2053 et d’indépendance énergétique totale », a-t-il ajouté.
Le 25 septembre de l’année dernière, Bayraktar avait signé avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio un protocole d’accord portant sur une coopération stratégique dans le domaine du nucléaire civil. La signature avait eu lieu lors d’une rencontre entre les présidents turc et américain à la Maison-Blanche.
Le passage à une phase consacrée à l’étude de technologies américaines précises témoigne de la volonté de la Turquie de diversifier les solutions technologiques destinées à ses projets nucléaires.
Ankara cherche ainsi à éviter que l’avenir de son secteur nucléaire repose exclusivement sur la technologie russe utilisée dans la centrale d’Akkuyu, ouvrant la voie à une présence américaine plus importante sur le marché nucléaire turc.
Cette orientation revêt une importance supplémentaire au regard de la volonté turque d’étendre ses infrastructures nucléaires civiles, parallèlement à un débat politique plus sensible sur sa place dans l’équilibre régional de la dissuasion.
En février dernier, les déclarations du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, avaient suscité un large débat sur l’avenir de la politique nucléaire du pays. Il avait évoqué la possibilité que de nouveaux États soient contraints d’envisager l’acquisition d’armes nucléaires si les garanties internationales de sécurité venaient à s’affaiblir.
Les analyses disponibles soulignent qu’Ankara n’a annoncé aucun programme nucléaire militaire. La Turquie maintient toutefois une certaine ambiguïté stratégique quant aux options qu’elle pourrait envisager à l’avenir.
Israël suit cette évolution dans le cadre plus large de sa rivalité avec la Turquie pour l’influence régionale, en particulier face à l’aggravation de leurs divergences concernant la sécurité au Moyen-Orient et la situation en Syrie.
Les préoccupations susceptibles d’être exprimées par Israël ne portent pas sur la coopération nucléaire civile en elle-même, mais sur la possibilité que l’accumulation de compétences et le développement des infrastructures nucléaires turques élargissent, à terme, la marge de manœuvre stratégique d’Ankara, notamment en cas d’intensification de la course au nucléaire dans la région.
Aucune information publique ne permet cependant d’établir que l’accord actuel avec les États-Unis vise à soutenir un programme nucléaire militaire turc.
La coopération avec Washington offre également à la Turquie un accès aux technologies des réacteurs de petite taille et des réacteurs avancés que les États-Unis cherchent à promouvoir sur les marchés internationaux. L’administration américaine œuvre parallèlement à renforcer la présence des entreprises du pays dans le secteur nucléaire mondial.
Pour Ankara, la diversification des partenaires nucléaires pourrait offrir une plus grande marge de choix en matière de technologies, de financement et de chaînes d’approvisionnement. Pour Washington, cette coopération constitue un moyen de renforcer sa présence économique et stratégique dans un secteur essentiel au sein d’un pays membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord.
L’accord dépasse ainsi le cadre d’une simple étude technique. Il s’inscrit dans une restructuration plus large des relations américano-turques dans les domaines de l’énergie, de la défense et du commerce.
Ankara cherche à consolider son indépendance énergétique et à élargir ses options stratégiques, tandis que Washington tente de reconstruire avec la Turquie un partenariat plus vaste et plus approfondi.
