La Turquie répond à Israël au sujet de sa présence en Syrie : Nous ne tomberons pas dans le piège
La Turquie a démenti toute présence de ses forces à l’aéroport d’Abou Douhour, en Syrie, qui a été bombardé par Israël cette semaine, affirmant qu’elle « ne tomberait pas dans le piège » de Benyamin Netanyahu.
La Syrie, la Turquie ainsi que les États-Unis, pourtant alliés d’Israël, avaient accusé ce dernier d’avoir bombardé l’aéroport militaire d’Abou Douhour, dans la province d’Idleb, hors service depuis plus de dix ans.
Dans ce qui constitue une reconnaissance implicite de l’attaque menée mardi à l’aube, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a déclaré mercredi qu’Israël avait adressé à la Turquie un message « clair » lui demandant de ne pas établir de bases militaires en Syrie.
Selon les autorités israéliennes, la Syrie était sur le point d’autoriser le déploiement de forces turques dans l’aéroport. L’Observatoire syrien des droits de l’homme avait, quant à lui, fait état d’une visite d’une délégation turque à Abou Douhour en vue de sa remise en service, ce qu’Ankara a démenti.
La réponse de la Turquie
Le directeur de la communication de la présidence turque, Burhanettin Duran, a déclaré : « Nous avons suffisamment d’expérience pour ne pas tomber dans le piège de personnalités comme Netanyahu, dont l’objectif est de saper la paix et la stabilité dans notre région. »
Dans le même temps, un responsable du ministère turc de la Défense a affirmé aux journalistes qu’« aucune délégation militaire turque ne se trouvait à l’aéroport d’Abou Douhour avant ou pendant l’attaque menée par Israël », selon l’Agence France-Presse.
De son côté, le porte-parole du ministère, Zeki Aktürk, a estimé que « les attaques contre l’aéroport militaire d’Abou Douhour visent la stabilité, la sécurité et l’unité de la Syrie ainsi que son intégrité territoriale ». Il a assuré que la Turquie « poursuivra résolument ses efforts pour protéger la souveraineté de la Syrie et son intégrité territoriale ».
L’envoyé américain pour la Syrie, Tom Barrack, également ambassadeur des États-Unis à Ankara, avait attribué à Israël la responsabilité de l’attaque et qualifié les frappes d’« escalade inutile », susceptible d’entraver les efforts visant à instaurer la stabilité.
Dans des déclarations au site américain Axios, le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chibani, a affirmé avoir expliqué à Israël qu’il n’existait aucun projet visant à établir une base militaire turque sur la base aérienne d’Abou Douhour.
Des sources citées mercredi par Reuters ont indiqué que la question d’un éventuel déploiement militaire turc en Syrie avait été abordée lors d’un rare entretien téléphonique entre al-Chibani et le chef du Mossad israélien, Roman Gofman, le 14 août, soit quelques jours avant l’attaque.
Des tensions anciennes
Depuis plusieurs années, les relations entre la Turquie et Israël sont marquées par de fortes tensions, notamment depuis la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza et l’intensification de l’activité militaire israélienne en Syrie après la chute du régime du président Bachar al-Assad l’année dernière.
Après la chute d’al-Assad, les forces israéliennes ont mené des centaines de frappes aériennes en Syrie, principalement contre des objectifs militaires, affirmant vouloir empêcher les nouvelles autorités de s’emparer de l’arsenal de l’ancienne armée.
Leurs forces ont progressivement avancé au-delà de la zone tampon du plateau du Golan, dont Israël occupe une partie depuis 1967, annonçant leur intention d’y établir une zone démilitarisée. Des responsables israéliens répètent que leurs forces n’ont pas l’intention de s’en retirer.
Cependant, la dernière frappe a visé une zone située bien plus loin que celle qu’Israël considère comme sa « zone de sécurité » à proximité de sa frontière.
