Aramco brise le blocus du détroit d’Ormuz et reprend ses expéditions de pétrole après trois semaines d’interruption
La stratégie d’Aramco pourrait faire de Fujaïrah l’un des principaux points de redistribution du pétrole du Golfe et offrir à Riyad une marge de manœuvre accrue pour préserver ses exportations et sa présence sur le marché asiatique.
Saudi Aramco a repris, la semaine dernière, le chargement de pétrole à l’intérieur du détroit d’Ormuz après une interruption d’environ trois semaines. Parallèlement, le groupe a commencé à recourir à des opérations de transbordement de navire à navire au large de Fujaïrah, aux Émirats arabes unis, afin d’approvisionner certains acheteurs asiatiques tout en réduisant sa dépendance à l’égard du transit direct par les voies maritimes les plus dangereuses.
La reprise des chargements signifie que l’Arabie saoudite tente de rétablir les flux de pétrole vers les marchés après que les attaques et les perturbations de la navigation ont entravé ses exportations. Cette évolution est importante pour Aramco, qui cherche à préserver sa part de marché auprès des principaux acheteurs asiatiques. Le groupe se prépare ainsi à l’éventualité d’une prolongation des perturbations en mettant en place des solutions logistiques alternatives.
Des données sur les expéditions et des sources commerciales indiquent qu’Aramco a repris la semaine dernière le chargement de pétrole à l’intérieur du détroit d’Ormuz. Plusieurs autres pétroliers attendent actuellement d’être chargés, tandis que le géant énergétique public propose des cargaisons de brut lourd sur le marché au comptant.
Lundi, le premier exportateur mondial de pétrole a proposé à certaines entreprises asiatiques de raffinage des cargaisons de brut Arab Medium et Arab Heavy, qui doivent être chargées ce mois-ci dans le cadre d’opérations de transbordement de navire à navire au large des côtes de Fujaïrah, aux Émirats arabes unis.
Cette décision traduit un changement de stratégie de la part de l’Arabie saoudite : plutôt que d’attendre le retour à la normale de la navigation dans le détroit d’Ormuz, Riyad cherche désormais à gérer la crise en recourant à des itinéraires et à des mécanismes d’exportation alternatifs. Si ce dispositif se poursuit et s’étend, Fujaïrah pourrait devenir l’un des principaux points de redistribution du pétrole du Golfe, offrant ainsi à l’Arabie saoudite davantage de latitude pour maintenir ses exportations et sa présence sur le marché asiatique malgré la persistance des tensions régionales.
La reprise des exportations saoudiennes pourrait également contribuer à atténuer la pénurie de bruts lourds, qui produisent davantage de fioul lourd résiduel. Celui-ci peut être utilisé comme combustible maritime ou subir un traitement supplémentaire dans les raffineries afin de produire des carburants de meilleure qualité, notamment de l’essence et du diesel.
Trois très grands pétroliers, Malaysia Prosperity, Algeria Prosperity et Singapore Prosperity, ont chacun chargé deux millions de barils de brut dans les terminaux de Ju‘aymah et de Ras Tanura entre le 12 et le 16 août.
Les données fournies par les sociétés de suivi maritime Vortexa et Kpler montrent qu’un intervalle de trois semaines s’est écoulé depuis les derniers chargements effectués dans ces deux ports. La qualité exacte du brut transporté par ces pétroliers n’a pas été immédiatement déterminée.
Selon les premières données de Kpler, six autres très grands pétroliers pourraient charger du pétrole saoudien à l’intérieur du détroit plus tard ce mois-ci.
Des négociants ont indiqué qu’Aramco pourrait utiliser des pétroliers saoudiens pour traverser le détroit d’Ormuz, en plus de navires exploités par Sinokor.
Les données de transport maritime du London Stock Exchange Group publiées mardi montrent que sept très grands pétroliers appartenant à la compagnie maritime saoudienne Bahri se trouvaient au large des côtes des Émirats arabes unis et d’Oman, tandis que deux autres navires faisaient route vers Fujaïrah.
Cependant, les exportations pétrolières saoudiennes restent limitées. Le producteur fait face à un blocus imposé par les Houthis en mer Rouge, après qu’Aramco a précédemment réorienté ses exportations vers le port de Yanbu pendant la guerre avec l’Iran.
La compagnie a également proposé des cargaisons supplémentaires de brut à charger depuis le port égyptien de Sidi Kerir, en Méditerranée, comme solution de remplacement. Toutefois, les volumes concernés ne représentent qu’une faible fraction du niveau d’avant le blocus, qui atteignait quatre millions de barils par jour exportés depuis Yanbu. En outre, les coûts supplémentaires du transport maritime et la longueur des trajets dissuadent les acheteurs de s’approvisionner auprès de cette source.
Les données de Kpler indiquent qu’environ 670 000 barils par jour de brut du Moyen-Orient devraient être chargés ce mois-ci au port de Sidi Kerir à destination de l’Asie, contre aucun chargement de ce type au cours des trois mois précédents.
Emma Li, analyste du marché chinois chez Vortexa, a déclaré : « Cela montre que la mise sur le marché asiatique des cargaisons au départ de Sidi Kerir ne fonctionne probablement pas, car les clients asiatiques, du moins les clients chinois, ne sont pas satisfaits de la longueur des trajets et de l’augmentation des coûts de transport. »
