Politique

Les ports syriens, une meilleure alternative au détroit d’Hormuz malgré les défis des infrastructures


Des responsables syriens affirment avoir reçu ces dernières semaines un nombre croissant de contacts de la part de pays voisins et d’entreprises commerciales à la recherche d’options alternatives garantissant la continuité de l’acheminement des biens et de l’énergie en cas de persistance des tensions militaires dans la région.

Dans un contexte de tensions croissantes dans le Golfe, accompagné de perturbations du commerce mondial et des flux énergétiques, de nombreux pays et entreprises se tournent vers la Syrie comme un point de transit alternatif susceptible d’atténuer les conséquences d’une interruption de la navigation dans le détroit d’Hormuz, l’un des principaux axes maritimes mondiaux pour le transport du pétrole, malgré d’importants défis liés à la dégradation des infrastructures et à une stabilité fragile. Cette évolution remet en lumière la position géographique de la Syrie en tant qu’acteur potentiel des réseaux de transport régionaux, après de longues années de guerre et d’isolement économique sous l’ancien régime.

Un rapport du New York Times indique que la crise liée à la navigation dans le Golfe a poussé plusieurs pays de la région à étudier de nouveaux itinéraires pour le transport du pétrole et des marchandises vers les marchés européens et mondiaux, en s’appuyant sur la position de la Syrie donnant accès à la mer Méditerranée, ainsi que sur ses connexions terrestres avec l’Irak, la Jordanie, la Turquie et le Liban.

Selon des responsables syriens tels que Mazen Allouch, directeur des relations locales et internationales à l’Autorité générale des passages et des douanes syriennes, Damas a enregistré ces dernières semaines une intensification des contacts émanant de pays voisins et d’entreprises commerciales cherchant des alternatives pour assurer la continuité des flux de biens et d’énergie en cas de poursuite des tensions militaires dans la région. Des responsables du secteur syrien des transports estiment que les ports syriens, en particulier ceux de Lattaquié et de Banias, pourraient regagner une partie de leur importance commerciale si la pression sur les routes maritimes traditionnelles du Golfe se maintient.

Dans ce contexte, l’Irak apparaît comme l’un des pays les plus affectés par la perturbation des routes maritimes dans le Golfe, notamment en raison des difficultés croissantes d’exportation du pétrole brut par les voies maritimes habituelles. Des sources économiques indiquent que Bagdad étudie déjà l’élargissement du transport terrestre via le territoire syrien afin d’acheminer le pétrole vers la côte syrienne, avant son réexportation vers les marchés internationaux par la Méditerranée.

Le rapport souligne que le trafic de camions transportant du pétrole irakien a récemment connu une augmentation notable, reflétant les efforts de l’Irak pour réduire ses pertes liées aux perturbations de la navigation maritime. Des discussions sont également en cours concernant la réhabilitation d’anciens oléoducs reliant les champs pétroliers de Kirkouk au port syrien de Banias, interrompus en raison des années de guerre.

L’intérêt régional pour la Syrie ne se limite pas au secteur énergétique. Certaines entreprises utilisent désormais le territoire syrien comme corridor de transit pour des marchandises en provenance du Golfe et à destination de l’Europe. Des observateurs estiment que cette évolution pourrait offrir à l’économie syrienne une opportunité limitée de relancer une partie de son activité, notamment à travers les droits de transit, l’exploitation des ports et les services logistiques.

Le rapport révèle également un intérêt d’investisseurs arabes et étrangers pour de possibles projets d’infrastructure en Syrie, en particulier dans les zones côtières, dans un contexte où le pays pourrait devenir un hub de transit majeur si les tensions dans le Golfe persistent. Des experts estiment qu’une relative stabilisation sécuritaire pourrait favoriser la relance de projets anciens liés à l’énergie et au transport régional.

Cependant, ces ambitions se heurtent à des défis importants, la Syrie continuant de souffrir d’infrastructures dégradées et d’un déficit marqué en services essentiels, ainsi que de la nécessité d’investissements massifs pour la reconstruction. Les sanctions occidentales encore en vigueur constituent également un obstacle supplémentaire à l’afflux d’investissements étrangers à grande échelle.

Malgré ces difficultés, le gouvernement syrien tente de tirer parti des évolutions régionales pour présenter le pays comme un corridor commercial reliant le Golfe et l’Asie aux marchés européens. Des analystes estiment que la persistance des perturbations dans les routes maritimes traditionnelles pourrait offrir à Damas une opportunité rare de réintégration progressive dans l’économie régionale après de longues années de marginalisation politique et économique.

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