La Libye acquitte d’anciens hauts responsables du régime de Kadhafi après 15 ans de détention
Les nouvelles décisions judiciaires pourraient ouvrir la voie à un large débat sur le processus de justice transitionnelle en Libye, alors que le pays continue de souffrir de profondes divisions politiques et institutionnelles dans un contexte d’échec des efforts de réconciliation nationale.
Une cour libyenne a clos l’un des dossiers les plus emblématiques liés aux événements de la révolution du 17 février, après que la troisième chambre pénale de la cour d’appel de Tripoli a prononcé l’acquittement de 31 hauts responsables de l’ancien régime du défunt dirigeant Mouammar Kadhafi, accusés d’avoir réprimé des manifestants lors des protestations de 2011. L’affaire a suivi un parcours judiciaire d’environ quinze ans entre tribunaux, appels et nouveaux procès.
Le verdict concerne plusieurs figures majeures de l’ancien système, dont l’ancien chef des services de renseignement Abdullah al-Senoussi, le dernier Premier ministre de l’ère Kadhafi, Al-Baghdadi al-Mahmoudi, ainsi que d’autres responsables tels que Mansour Dhao, Mohammed Aboulqassem Zwai et Mohammed Ahmed Chreif.
La cour a également prononcé des acquittements par contumace dans la même affaire, tandis que les poursuites pénales ont été abandonnées à l’égard de certains anciens responsables décédés avant l’issue définitive du procès, notamment l’ancien chef du renseignement extérieur Abou Zeid Dorda et l’ancien vice-Premier ministre Abdelhafid Zlitni.
Ce jugement remet au centre du débat l’un des dossiers les plus sensibles de la Libye post-Kadhafi, lié aux accusations selon lesquelles d’anciens responsables auraient eu recours à la force contre les manifestations populaires de février 2011, lesquelles avaient dégénéré en conflit armé ayant conduit à la chute du régime et à la mort de Kadhafi en octobre de la même année, après plus de quatre décennies au pouvoir.
En 2015, la justice libyenne avait initialement prononcé de lourdes condamnations contre plusieurs accusés, incluant la peine de mort et la réclusion à perpétuité, dans un contexte marqué par une forte polarisation et une colère populaire après l’effondrement du régime. La Cour suprême a toutefois annulé ces verdicts par la suite, invoquant des irrégularités juridiques et procédurales, et a renvoyé l’affaire à la cour d’appel de Tripoli, qui a poursuivi l’examen du dossier pendant plus de quatre ans avant de rendre ce verdict final d’acquittement.
Plusieurs accusés étaient détenus depuis des années dans des prisons de Tripoli et de Misrata, après avoir été arrêtés durant les événements armés ayant suivi la révolution. Pour de nombreux Libyens, cette affaire constituait un test de la capacité du système judiciaire à traiter l’héritage de l’ancien régime en dehors des logiques de vengeance politique et des divisions qui ont marqué le pays depuis 2011.
Des observateurs estiment que ces décisions pourraient relancer un débat plus large sur la justice transitionnelle en Libye, dans un pays toujours marqué par de fortes fractures politiques et institutionnelles, alors que les efforts de réconciliation nationale peinent à aboutir et que la rivalité entre centres de pouvoir persiste.
Ces acquittements devraient également susciter des réactions contrastées, entre ceux qui y voient la correction d’un long processus judiciaire entaché de politisation, et ceux qui y perçoivent la clôture d’un dossier sanglant sans véritable reddition de comptes.
Ce verdict intervient alors que la Libye tente toujours de sortir d’années de chaos et de divisions à travers des processus politiques et sécuritaires complexes visant à unifier les institutions et parvenir à un règlement durable de la crise ouverte depuis la chute de Kadhafi. Toutefois, cette affaire illustre la persistance des difficultés qui continuent de peser sur l’État libyen, où les exigences de justice se heurtent aux tensions politiques et à une mémoire encore vive du conflit.
