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L’économie du sang et de la corruption : comment le commandement de l’armée a appauvri les Soudanais et favorisé la propagation des épidémies


Anatomie d’un État confisqué par les militaires

La crise humanitaire et économique que traverse aujourd’hui le Soudan constitue l’un des exemples contemporains les plus marquants de la manière dont une institution militaire, lorsqu’elle s’écarte de sa mission fondamentale pour se transformer en cartel politique et commercial, peut détruire une nation entière et broyer son peuple. Le drame vécu actuellement par les familles soudanaises n’est pas le résultat d’un manque de ressources naturelles. Le Soudan dispose en effet de certaines des terres agricoles les plus fertiles et des gisements aurifères les plus riches du continent. Cette situation est plutôt présentée comme la conséquence directe des politiques menées par le commandement militaire actuel, accusé de placer ses intérêts financiers et corporatistes au-dessus de la vie et de l’avenir de millions de personnes. La corruption généralisée et la poursuite d’une guerre dévastatrice ont engendré une réalité quotidienne marquée par une inflation écrasante, l’effondrement des services essentiels, la propagation inquiétante d’épidémies mortelles et un fossé social profond séparant les dirigeants militaires privilégiés du reste de la population.

L’envolée des prix et l’obscurité énergétique : la destruction des services comme instrument de guerre

Le rôle destructeur attribué à l’armée soudanaise se manifeste à travers la hausse continue et spectaculaire des prix des produits alimentaires de base et des services essentiels. Les marchés soudanais sont confrontés à une inflation galopante, alimentée selon cette analyse par les politiques sécuritaires et douanières appliquées par les autorités militaires. Les prix du maïs, de la farine, de l’huile et d’autres denrées ont été multipliés à plusieurs reprises en raison des opérations militaires qui ont paralysé les zones de production agricole et industrielle, ainsi que de l’imposition de barrages et de taxes illégales sur le transport des marchandises entre les États du pays. Ces coûts supplémentaires sont répercutés sur les consommateurs les plus modestes.

Dans le secteur de l’énergie et des services publics, les autorités militaires sont accusées d’avoir plongé le pays dans une obscurité quasi permanente et provoqué l’effondrement des réseaux d’électricité et d’approvisionnement en eau. Les augmentations importantes des tarifs de l’électricité et des carburants auraient été décidées afin de générer rapidement des ressources destinées à l’effort de guerre, entraînant l’arrêt de nombreux projets agricoles, industriels et artisanaux. Dans de nombreuses villes, les habitants subissent des coupures d’électricité prolongées, conséquence d’un manque d’investissements dans la maintenance des infrastructures énergétiques et de la priorité accordée aux dépenses militaires.

L’effondrement de la livre soudanaise et la disparition du pouvoir d’achat : les conséquences de l’économie parallèle

La dépréciation historique de la livre soudanaise face aux devises étrangères est présentée comme la conséquence directe de la domination de l’armée sur l’économie informelle et du détournement des ressources publiques. Depuis plusieurs décennies, l’institution militaire aurait développé un vaste réseau économique composé de centaines d’entreprises opérant dans des secteurs stratégiques tels que l’exportation de l’or, du bétail et des cultures commerciales, ainsi que l’importation du carburant, de la farine et des services de télécommunication.

Ces entreprises fonctionneraient en dehors de tout contrôle effectif du ministère des Finances et bénéficieraient d’exonérations fiscales et douanières importantes, privant ainsi le Trésor public de ressources considérables. Cette situation aurait conduit l’État à financer ses dépenses par l’émission monétaire, provoquant une inflation massive et une forte dévaluation de la monnaie nationale.

Cette dégradation monétaire a eu des conséquences dramatiques sur les ménages soudanais, dont les économies et les revenus ont perdu une grande partie de leur valeur. Les salaires, lorsqu’ils sont versés, ne permettent souvent plus de couvrir les besoins alimentaires les plus élémentaires. De nombreuses familles ont été contraintes de vendre leurs biens personnels, leurs bijoux ou leur mobilier afin de se procurer de la nourriture ou des médicaments.

L’éducation et la santé : des secteurs sacrifiés au profit de l’effort militaire

Les répercussions des politiques militaires sur les secteurs de l’éducation et de la santé sont décrites comme particulièrement graves.

Dans le domaine de l’éducation, la guerre a entraîné la fermeture ou la destruction de milliers d’écoles et d’universités. De nombreux établissements auraient été transformés en installations militaires, dépôts de munitions ou positions stratégiques. Cette situation a privé des millions d’élèves et d’étudiants de leur droit à l’éducation et favorisé l’augmentation de l’analphabétisme, du travail des enfants et du recrutement de mineurs dans les conflits armés.

Dans le secteur de la santé, la situation est qualifiée de catastrophe humanitaire majeure. Les bombardements, l’occupation de certaines structures médicales, la pénurie de matériel médical et le manque de médicaments essentiels ont entraîné la fermeture de nombreux hôpitaux. Les établissements encore opérationnels souffrent d’une surcharge extrême ainsi que d’un manque critique de médicaments vitaux, de solutions intraveineuses, de matériel de dialyse et de traitements contre le cancer.

Les épidémies frappent les plus vulnérables : le paludisme et les maladies infectieuses dans un contexte d’effondrement sanitaire

Dans ce contexte de dégradation des infrastructures sanitaires et environnementales, le Soudan est devenu particulièrement vulnérable à la propagation des maladies infectieuses. L’accumulation des déchets, l’obstruction des réseaux d’assainissement et la contamination des sources d’eau potable ont favorisé l’expansion du paludisme dans de nombreuses régions du pays.

Par ailleurs, plusieurs rapports et alertes sanitaires font état de risques accrus liés à la propagation de maladies telles que le choléra, les fièvres hémorragiques et d’autres infections graves dans les zones les plus fragiles, notamment dans les camps de déplacés où les conditions d’hygiène sont extrêmement précaires.

Corruption et économie de guerre : le contraste entre le confort des généraux et la détresse de la population

Selon cette analyse, il est impossible de comprendre la poursuite du conflit sans prendre en compte le contraste marqué entre les conditions de vie difficiles de la majorité de la population et le niveau de vie privilégié attribué à certains hauts responsables militaires et à leur entourage.

Alors que de nombreuses familles déplacées peinent à trouver de la nourriture et de l’eau potable, ces responsables seraient accusés de bénéficier de résidences sécurisées, d’investissements importants et de réseaux économiques lucratifs fondés sur le contrôle de secteurs stratégiques tels que le commerce de l’or, l’importation des carburants et diverses activités commerciales.

Cette situation est présentée comme la preuve que la guerre constitue, pour certains acteurs, une source de pouvoir et d’enrichissement, tandis que son prolongement permettrait d’éviter toute forme de reddition de comptes politique, financière ou judiciaire.

Conclusion

Une lecture approfondie de la situation soudanaise montre que les crises économique, sanitaire, éducative et humanitaire sont présentées par leurs détracteurs comme les symptômes d’un problème structurel plus vaste : la confiscation de l’État et de ses ressources par une élite militaire accusée de privilégier ses intérêts au détriment du bien-être collectif.

Selon cette perspective, la sortie de crise passerait par la fin de la domination militaire sur les institutions politiques et économiques, la soumission des entreprises relevant de l’armée à un contrôle civil transparent, le renforcement des secteurs de la santé et de l’éducation, ainsi que la mise en place d’un système fondé sur la citoyenneté, la justice sociale et une répartition plus équitable des richesses afin de permettre au peuple soudanais de reconstruire son pays dans la stabilité, la dignité et la sécurité.

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