Iran

L’autorité de Khamenei après la guerre : des défis sans précédent et deux scénarios possibles


Le Guide suprême iranien Mojtaba Khamenei est confronté à de grandes difficultés pour conserver le pouvoir dans un environnement tendu, marqué par la rivalité et les intrigues, en particulier après la fin de la guerre.

Pour le Guide, survivre à la guerre pourrait bien avoir été la partie la plus facile. Le véritable défi, celui de transformer le titre de Guide suprême en un leadership effectif, a commencé dès la fin du conflit.

Selon des sources informées citées par le journal britannique The Telegraph, jamais le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et ses généraux n’avaient atteint un tel niveau de puissance. Ces derniers affirment avoir sauvé le régime de l’effondrement, ce qui pourrait représenter une menace pour Mojtaba Khamenei s’il ne parvient pas à préserver leur loyauté.

Ainsi, Mojtaba, qui n’est pas apparu publiquement depuis son accession au pouvoir, travaille discrètement à consolider son autorité en remplaçant de hauts responsables du bureau de son père et en nommant des alliés à des postes clés, selon ces mêmes sources.

Ali Vaez, directeur du programme Iran au sein de l’International Crisis Group, estime que l’environnement sécuritaire hérité par Mojtaba à l’issue de la guerre est « sans précédent dans l’histoire de ses prédécesseurs ».

Il a ajouté que le système « est devenu beaucoup plus militarisé et sécuritaire aux plus hauts niveaux », prévoyant que cette évolution laissera « un héritage durable ».

Selon lui, le Corps des gardiens de la révolution est devenu « bien plus puissant qu’avant la guerre », alors qu’il était auparavant largement soumis à l’autorité du Guide suprême.

En théorie, le fils de Khamenei détient le dernier mot. La Constitution lui confère le commandement suprême des forces armées et aucune décision importante ne devient contraignante sans son approbation. Toutefois, cette autorité perd de sa valeur si les commandants du CGRI refusent de s’y soumettre, et leur position réelle demeure incertaine.

Un responsable iranien a déclaré à The Telegraph : « Nous ressentons un changement dans l’équilibre des pouvoirs. Auparavant, les discussions impliquaient différents acteurs ; aujourd’hui, elles se raréfient et les ordres des généraux sont immédiatement exécutés. »

Le style de gouvernance de Mojtaba et l’étendue réelle de son pouvoir n’ont pas encore été mis à l’épreuve. Un autre responsable a décrit la situation comme une « pastèque fermée », impossible à juger avant de l’ouvrir.

Cependant, le pouvoir en Iran a toujours reposé sur une structure plus large qu’un seul dirigeant. Pour gouverner réellement, Mojtaba devra démanteler les réseaux bâtis par son père, marginaliser certains généraux, surpasser ses rivaux et placer ses fidèles aux postes de pouvoir. Selon The Telegraph, il a déjà commencé ce processus.

Hossein Taeb, ancien chef du renseignement du CGRI, devrait jouer un rôle central dans cette stratégie. Il aurait déjà aidé Mojtaba à construire son réseau d’influence durant le vivant de son père.

Mohsen Sazegara, l’un des fondateurs du CGRI devenu ensuite opposant au régime, a déclaré : « Il existe tout un système en place. Le trône peut être transmis facilement, mais pas l’appareil qui le soutient. »

Le bureau du Guide suprême constitue le véritable centre de gravité du pouvoir, employant des milliers de personnes à travers l’Iran.

Ali Khamenei a également mis en place une architecture parallèle du renseignement regroupant le ministère du Renseignement et le service de renseignement du CGRI. Celui qui contrôle cet appareil contrôle en réalité le système nerveux de l’Iran.

Le modèle que Mojtaba pourrait suivre est celui de son père après 1989. Ali Khamenei avait progressivement marginalisé plusieurs personnalités influentes, réorganisé la direction du CGRI et restructuré les institutions étatiques ainsi que l’organisme national de radiodiffusion afin de les adapter à son pouvoir.

Sazegara estime que Mojtaba empruntera la même voie, en commençant par l’armée et les services de renseignement. Il a déclaré : « Il n’y a pas de place pour les sentiments dans cet univers. Nous pourrions assister à des purges et même à des arrestations. »

L’éviction de Gholam-Hossein Mohseni-Ejei, chef du pouvoir judiciaire, figure parmi les scénarios envisagés. Sazegara la qualifie de « mesure majeure », car Ejei dispose de vastes réseaux d’influence et de relations solides.

Même certains alliés, comme Ahmad Vahidi, ancien commandant du CGRI considéré comme proche de Mojtaba, pourraient finalement être écartés malgré leur ancienneté.

Selon les informations disponibles, Mojtaba aurait déjà marginalisé des figures telles qu’Aziz Jafari, ancien commandant du CGRI issu de la génération de la guerre Iran-Irak, lequel se serait réfugié à Qom pour présenter ses griefs aux autorités religieuses.

C’est précisément là que réside le danger fondamental. Chacun des hommes que Mojtaba pourrait vouloir écarter représente un maillon d’un réseau complexe construit pendant plusieurs décennies, comprenant des agents des services de sécurité, des alliés religieux, des partenaires économiques et un long historique de services mutuels.

Ainsi, leur éviction ne ferait pas disparaître leur influence ; elle pourrait au contraire la libérer, souligne The Telegraph.

Le retrait de Jafari vers Qom montre que les personnalités écartées ne disparaissent pas simplement. Elles se réorganisent souvent autour de l’institution religieuse, seul centre de pouvoir que même le Guide suprême ne contrôle pas totalement.

Une position plus fragile

Mojtaba se trouve toutefois dans une position beaucoup plus fragile que celle de son père. Ali Khamenei a bénéficié de plusieurs années pour consolider son autorité, ainsi que du soutien du fondateur de la révolution et de son statut de révolutionnaire de première génération ayant connu les prisons du Shah.

Le nouveau Guide ne dispose d’aucun de ces atouts et doit composer avec des adversaires que la guerre a souvent rendus plus puissants et plus mécontents.

Sazegara cite notamment Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et chef de l’équipe de négociation iranienne, comme exemple d’une personnalité que Mojtaba pourrait devoir écarter. Cependant, cette tâche serait difficile, car Ghalibaf appartient à la première génération du CGRI, possède sa propre machine politique, ses intérêts financiers et ses réseaux de loyauté.

Pour sa part, l’analyste iranien chevronné Saeed Barzin estime que le pouvoir est actuellement exercé par une coalition de conservateurs pragmatiques et de réformateurs modérés, tandis que l’influence du CGRI continue de croître.

La plupart des observateurs s’accordent à considérer que la menace la plus urgente pour le nouveau système est d’ordre économique. Ses effets ne se sont pas encore pleinement manifestés, malgré une crise chronique aggravée par le conflit, alors que l’inflation approche désormais les 60 %.

La guerre, les sanctions et la fragilité de l’accord de paix ont créé de nouveaux risques, donnant naissance à ce que certains qualifient d’« économie de guerre à haut risque ».

Sazegara et Barzin s’accordent également à dire que les soixante prochains jours seront déterminants. Le cessez-le-feu pourrait encore s’effondrer.

Deux trajectoires s’offrent à l’Iran.

La première consisterait à normaliser les relations avec les États-Unis et à parvenir à un règlement avec Israël, une démarche qui, selon Sazegara, « changerait le destin du pays ». Toutefois, il estime qu’un tel choix exigerait « un dirigeant doté d’un courage exceptionnel, capable de dépasser les courants les plus radicaux », tout en exprimant des doutes quant à la capacité de Mojtaba à disposer du poids politique nécessaire.

La seconde trajectoire mène à une période d’instabilité marquée par les rivalités entre factions, l’insécurité croissante et, finalement, « l’émergence d’une personnalité issue de la base possédant suffisamment de pouvoir pour imposer l’ordre », selon les experts.

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