L’Allemagne face au risque des Frères musulmans : mises en garde contre l’approche d’Al-Qaradawi et activité suspecte de la branche tunisienne
Des éléments formés s’infiltrent dans la société et les institutions afin de mettre en œuvre la stratégie et les activités des Frères musulmans en Allemagne, dans le but de renforcer leur influence et de diffuser l’extrémisme.
Telle est la conclusion d’un nouveau rapport de l’Office de protection de la Constitution (service de renseignement intérieur) du Land allemand de Basse-Saxe, dont une copie a été consultée par Al Ain News. Le document met clairement en garde contre la menace représentée par le réseau des Frères musulmans et contient une référence rare aux activités du parti tunisien Ennahdha sur le territoire allemand.
Le rapport cite une ancienne déclaration de Yusuf al-Qaradawi, décédé en septembre 2022 et considéré comme l’un des principaux idéologues influents des Frères musulmans, dans laquelle il évoquait la possibilité de « conquérir l’Europe sans épée et sans combat ».
Selon le rapport, ces propos résument la stratégie des Frères musulmans en Europe : une infiltration par l’engagement ciblé, autrement dit une « islamisation par la base ».
Dans cette optique, l’organisation s’appuie sur une élite formée qui s’intègre dans la société. Celle-ci agit, d’une part, comme représentante des musulmans et de leurs intérêts auprès de l’État et de la société, et dispose, d’autre part, d’importantes capacités d’influence.
Certaines institutions publiques tombent dans ce piège, car l’influence exercée par les représentants des Frères musulmans au sein des communautés musulmanes les place dans une position de « partenaires » dans les domaines de l’éducation civique, de l’intégration et d’autres questions sociétales.
Selon le rapport, les Frères musulmans utilisent divers centres et associations comme points d’ancrage organisationnels afin de réaliser leurs objectifs.
La principale organisation chargée de diffuser l’idéologie des Frères musulmans en Allemagne est la Communauté musulmane allemande (DMG), anciennement connue sous le nom de Communauté islamique d’Allemagne (IGD) avant son changement d’appellation en 2018.
Outre son siège principal, la Communauté musulmane allemande dirige plusieurs centres et associations en Allemagne, dont l’Association du Cercle des musulmans de Brunswick, située en Basse-Saxe.
À titre d’exemple, les Frères musulmans poursuivent leur stratégie d’infiltration culturelle et idéologique en Basse-Saxe.
Dans ce cadre, le mouvement exerce une influence sur plusieurs mosquées situées dans les villes de Brunswick, Göttingen, Hanovre, Osnabrück et Wolfsburg, où les contenus idéologiques liés aux Frères musulmans sont diffusés à travers des programmes éducatifs, notamment des cours dispensés dans les mosquées.
Une influence croissante
De manière générale, le rapport constate une augmentation de l’influence de la Communauté musulmane allemande et de ses structures affiliées sur la société.
Cette évolution s’explique notamment par des activités visibles dépassant le cadre régional, ainsi que par une forte présence médiatique de l’organisation. Ses représentants cherchent à occuper des postes importants dans la société ou les occupent déjà, ce qui leur permet souvent de disposer de vastes réseaux relationnels.
Selon le rapport, les responsables des fédérations, associations et institutions affiliées à la Communauté musulmane allemande à travers tout le pays participent à la diffusion de l’idéologie des Frères musulmans dans la société.
Par ailleurs, certaines branches des Frères musulmans issues de pays arabes sont également actives en Allemagne et en particulier en Basse-Saxe. Le parti tunisien Ennahdha est cité à ce titre, certains de ses membres résidant dans ce Land.
Dans le même contexte, l’Office de protection de la Constitution de Basse-Saxe a tiré la sonnette d’alarme face à l’intensification de la coopération et des alliances entre différents courants de l’islam politique. Selon le rapport, « les lignes de démarcation autrefois relativement claires entre les différents courants extrémistes de l’islam politique s’estompent de plus en plus ».
Une stratégie jugée insidieuse
Il y a deux semaines, un rapport de l’Office de protection de la Constitution du Land de Brandebourg, également consulté par Al Ain News, accusait les Frères musulmans de s’infiltrer au cœur de la société à travers le dialogue, l’éducation et le bénévolat, tout en appliquant une stratégie double jugée particulièrement insidieuse.
Le rapport cite le ministre de l’Intérieur du Brandebourg, Jan Redmann, qui a déclaré : « Les Frères musulmans exploitent les libertés offertes par notre système juridique dans le but même d’abolir ces libertés et d’imposer leur idéologie totalitaire. »
Il a ajouté que l’organisation s’investit dans le travail social, s’introduit dans les instances politiques et trompe les sociétés civile et politique afin d’obtenir une acceptation sociale et d’accéder aux fonds publics pour servir son agenda contraire à la Constitution.
Il a poursuivi : « Dans les municipalités, les partis politiques et les associations, nous devons ouvrir les yeux et cesser de sous-estimer naïvement ces acteurs. »
Selon le rapport, les Frères musulmans agissent de manière conspirationniste et transgénérationnelle, cherchant à provoquer une transformation progressive des conditions politiques, sociales ainsi que des individus eux-mêmes.
L’organisation et ses réseaux de soutien concentrent particulièrement leurs activités dans les domaines de l’éducation, des affaires sociales et de la politique, conclut le rapport.
